Rennes : « On ne va quand même pas remonter des tentes ! »… Quelles solutions pour les migrants des Gayeulles ?

HEBERGEMENT Une soixantaine de personnes ont trouvé refuge dans un centre des Éclaireuses et Éclaireurs de France, à Thorigné-Fouillard, mais un arrêté municipal ordonne l’évacuation des lieux d’ici à la fin de semaine

Jérôme Gicquel
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Le campement des Gayeulles, à Rennes, a été démonté le 18 octobre après le relogement des migrants qui l'occupaient.
Le campement des Gayeulles, à Rennes, a été démonté le 18 octobre après le relogement des migrants qui l'occupaient. — Un toit c'est un droit
  • Après avoir quitté le camp des Gayeulles, à Rennes, environ 70 migrants ont trouvé refuge dans un centre géré par une association de scoutisme, à Thorigné-Fouillard.
  • Mais le maire de la commune a pris un arrêté de fermeture du lieu et ordonné son évacuation d’ici à la fin de la semaine.
  • Une trentaine de maires de la métropole rennaise appellent, dans une tribune, l’Etat à « prendre ses responsabilités » afin d’accueillir et de mettre à l’abri ces migrants.

C’est lundi que débutera la trêve hivernale, partout en France. Mais, à Rennes​, personne ne sait encore où seront accueillis les migrants qui ont occupé pendant plusieurs semaines un campement de fortune dans le parc des Gayeulles. Vidé de ses occupants depuis plusieurs jours déjà, le camp n’a pas nécessité d’évacuation comme l’ordonnait une décision du tribunal administratif en date du 22 octobre. Entre-temps, des associations de soutien aux personnes exilées ont tenté d’occuper l’ancienne école Faux-Pont, il y a dix jours, pour y loger des familles, mais l’évacuation n’a pas traîné.

D’autres personnes ont également trouvé refuge depuis le début du mois dans un centre mis à disposition par les Éclaireuses et les Éclaireurs de France, à Thorigné-Fouillard, dans la périphérie rennaise. Elles sont aujourd’hui 70 à être hébergées dans ce centre forestier appartenant à cette association de scoutisme. Mais pour combien de temps ? Vendredi, le maire de la commune a pris un arrêté de fermeture des lieux « après l’avis défavorable de la commission de sécurité ». En conséquence, les migrants devront quitter les lieux « d’ici à la fin de la semaine » sous peine d’être évacués par la force.

Un centre de loisirs bientôt réquisitionné ?

Une décision qui a suscité la colère dans les rangs de l’association. « Par cet arrêté municipal, le maire contrevient à la liberté d’un acteur associatif d’exercer son droit le plus simple et le plus fondamental de répondre à une urgence humaine », indique-t-elle dans un communiqué. Sur le terrain, les militants ne cachent pas non plus leur agacement. « Si le centre est évacué, il se passe quoi derrière ? », interroge Camille, bénévole de l’association Un toit c’est un droit. « On ne va quand même pas remonter des tentes ! », s’indigne-t-elle.

La solution pourrait passer par la réquisition par l’État du centre de loisirs Robert-Launay mis à disposition par la ville de Rennes. « Mais on n’en sait pas plus, le dossier traîne et on doit bricoler des solutions en attendant », souligne la bénévole. Contactée par 20 Minutes, la préfecture d’Ille-et-Vilaine n’a pas souhaité faire de commentaires.

« Une situation intenable », selon une trentaine d’élus de la métropole

C’est dans ce contexte qu’une trentaine de maires de la métropole, très majoritairement socialistes, ont signé une tribune, mardi, pour demander à l’État « de prendre ses responsabilités ». « Depuis de trop nombreuses années, la question de l’accueil, de la mise à l’abri et du traitement de la situation administrative et sociale des migrants sur le territoire de la métropole rennaise, comme ailleurs dans notre pays, heurte nos principes humanistes », indiquent-ils, estimant que les derniers événements « sont malheureusement une nouvelle illustration d’une situation intenable ».

Bien que cela relève des compétences « exclusives » de l’État, les élus assurent avoir pris leur part pour mettre à l’abri de nombreuses familles. Mais « nous ne pouvons nous substituer à l’État en matière de politique migratoire, poursuivent-ils. Lui seul peut agir mais il a choisi d’adopter une position attentiste ».

Ils réclament, en conclusion de leur tribune, « l’application de la circulaire Valls de 2012 afin de régulariser immédiatement les personnes et familles qui vivent sur nos communes et dont nous, élus, pouvons témoigner de l’intégration dans le tissu social ». Les élus appellent l’État « à organiser et à prendre en charge l’hébergement d’urgence des personnes exilées, en tenant compte de leur vulnérabilité réelle, conformément aux lois de notre République ».