Briançon : Les migrants afghans qui occupaient la gare, hébergés dans une église

MIGRATION L’évêque de Gap a apporté son soutien aux migrants en s’immisçant dans la polémique qui oppose une association d’accueil des réfugiés à la préfecture

M.F avec AFP
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Des migrants afghans, iraniens et africains prennent un repas au "Refuge solidaire" de Briançon, dans le sud-est de la France, le 29 septembre 2020. Dépassé pas le nombre de réfugiés, le lieu a fermé depuis.
Des migrants afghans, iraniens et africains prennent un repas au "Refuge solidaire" de Briançon, dans le sud-est de la France, le 29 septembre 2020. Dépassé pas le nombre de réfugiés, le lieu a fermé depuis. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

150 à 200 migrants qui dormaient à la gare de Briançon ( Hautes-Alpes) depuis dimanche ont finalement pu être hébergés. En majorité des hommes jeunes afghans et quelques familles, ils s’étaient retrouvés là après la fermeture d’un refuge. Selon la préfecture, « plusieurs dizaines » d’entre eux sont partis en « empruntant divers moyens de transport public » dans la journée de lundi, mais les autres occupaient encore la gare lundi soir et s’apprêtaient à y passer une deuxième nuit.

Ils ont finalement été accueillis dans une église « par le prêtre de Briançon », a annoncé le collectif de soutien Tous Migrants dans la nuit de lundi à mardi. L’évêque de Gap, Mgr Xavier Malle, a confirmé cet accueil, sans pouvoir dire combien de migrants ont rejoint l’église, propriété du diocèse. En début de soirée, l’évêque avait apporté son soutien aux migrants en s’immisçant dans la polémique qui oppose, depuis dimanche, une association d’accueil des réfugiés à la préfecture.

L’évêque de Gap demande à Darmanin d’intervenir

« Je demande aux représentants de l’État de regarder la réalité en face : ce n’est pas en rendant difficile l’accueil des réfugiés à Briançon que les problèmes immédiats et structurels seront résolus », a déclaré Mgr Malle dans un communiqué. Avant de demander au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, « d’intervenir, non pour envoyer les forces de l’ordre mais pour mobiliser la Sécurité Civile, la Croix-Rouge, accepter que le HCR intervienne ».

La situation s’est tendue ce week-end à Briançon, où l’association Refuges Solidaires inaugurait officiellement, samedi, un nouveau refuge pour les migrants arrivant d’Italie, plus grand qu’un précédent lieu d’accueil fermé durant l’été. Mais dimanche, l’association indiquait être « confrontée à des arrivées plus importantes, dépassant largement ses capacités d’accueil », limitées à 81 personnes. De ce fait, elle a décidé d'« interrompre totalement l’accueil » de nouveaux arrivants. « C’est une question de dignité et de sécurité mais avant tout de sécurité », a expliqué l’administrateur bénévole de l’association, Jean Gaboriau.

La préfecture des Hautes-Alpes tient l’association pour responsable

Une situation dont la préfecture des Hautes-Alpes tient Refuges Solidaires pour responsable. « En dehors de toute mission confiée par l’État, cette association s’est donné pour mission d’offrir un lieu d’accueil aux personnes ayant franchi illégalement la frontière de Montgenèvre », a affirmé la préfecture dans un communiqué lundi soir. Le nouveau refuge, baptisé Terrasses Solidaires, est « bien identifié des réseaux de passeurs » et « a provoqué une augmentation des flux », a ajouté la préfecture, pour qui nombre de ces arrivants sont en « situation irrégulière », faute d’avoir demandé l’asile dans leur pays d’entrée en Europe, l’Italie.

« Une gare n’est pas un lieu d’hébergement et les risques encourus par les personnes ne sont pas moindres qu’aux "Terrasses", au contraire. Cette politique du fait accompli menée par les associations est destinée à faire pression sur les pouvoirs publics, pour qu’ils se plient à leurs exigences, ce qui n’est pas acceptable », a cinglé la préfète Martine Clavel. L’association plaide, de son côté, pour « que des actions soient mises en place dans les plus brefs délais » et notamment que « d’autres opérateurs prennent en charge l’accueil d’urgence en complément de (son) action ».