Lyon : A la manif des commerçants de la Guillotière, « c'est le début d’une révolte qui veut vraiment des actes »

QUARTIER SENSIBLE Les commerçants du cours Gambetta ont fermé boutique, ce jeudi après-midi, pour manifester en traversant la Guillotière. Ils réclament des actions concrètes des élus lyonnais pour endiguer l’insécurité croissante du quartier

Jennifer Lesieur
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La manifestation des commerçants du cours Gambetta, jeudi 21 octobre à Lyon.
La manifestation des commerçants du cours Gambetta, jeudi 21 octobre à Lyon. — J.L. / 20 MINUTES
  • Une manifestation regroupant une centaine de personnes a été initiée par l'association des commerçants du cours Gambetta, à Lyon, jeudi 21 octobre.
  • Les commerçants déplorent les incivilités et l'insécurité récurrentes à la Guillotière, qui font fuir leur clientèle.
  • Le cortège a voulu lancer un « cri d'alarme » et de « désespoir » envers les élus lyonnais dont les mesures d'aménagements légers n'ont pas convaincu. 

« Et ils sont où les élus ? » « Commerçants en colère ! » Rideau baissé, poing levé, les commerçants du cours Gambetta ont fermé boutique pour manifester ce jeudi après-midi et brandir leur exaspération sur pancartes et slogans. En cause : l’insécurité grandissante à la Guillotière, maintes fois dénoncée par ses commerçants et ses riverains, qui déplorent l’inertie des élus lyonnais.

Depuis quelques jours, une affiche jaune en devanture de plusieurs boutiques de la rue donnait le ton : « Commerçants abandonnés ! On veut des actes ! », pouvait-on lire. Le cortège, parti de la place Victor-Basch, est bon enfant, mais la colère réelle. La jeune employée d’une boulangerie, qui souhaite garder l’anonymat, confie que « les incivilités, c’est tous les jours. Les crachats devant la boutique, les bandes qui se bagarrent jusqu’à l’intérieur du magasin… J’ai souvent peur ».

Des clients échaudés, agressés

Julien Deschamps, opticien, est président de l’association des commerçants du cours Gambetta, à l’initiative de cette manifestation « totalement inédite », reconnaît-il. « Depuis quelque temps, on était à la limite de l’explosion, et la goutte d’eau a été ce règlement de comptes à l’arme blanche, il y a quelques semaines (le 16 septembre, ndlr.) » Si le parcours remonte le cours Gambetta, c’est aussi parce que le phénomène ne doit pas être réduit à la place Gabriel-Péri : « Le phénomène fait tache d’huile, et maintenant les vendeurs à la sauvette maintenant sont présents sur tout le cours Gambetta ».

Bruno Dupuis, gérant d’une pizzeria depuis 2018, explique que « les revendeurs à la sauvette se sont installés ici pendant le confinement. Nous nous sommes efforcés de les chasser du seuil nos commerces. Mais depuis juin, certains clients n’hésitent plus à me dire qu’ils appréhendent de venir le soir, parce qu’ils supportent de moins en moins ces attroupements et ces sollicitations permanentes. J’ai eu des clients qui se sont fait voler leur portable à la porte de mon restaurant, une autre s’est fait arracher son collier en pleine rue il y a 15 jours. »

Les réaménagements légers ne sont pas une solution

Alors, comme les collectifs de riverains, l’association des commerçants a demandé à rencontrer les maires, pour les sommer d’agir. « Cela donne des concertations en groupe sur des aménagements, sur la gestion de la circulation, l’embellissement, quoi, mais pas de traitement de fond ! » déplore Bruno Dupuis. « On sait très bien qu’ils sont démunis et ne trouvent pas de solution. C’est un front commun entre l’Etat, la justice et la ville, et là, les volontés politiques divergent… »

Les riverains, concernés, ont rejoint la centaine de manifestants du cortège, qui s’est déroulé dans le calme même si les policiers présents ont été tantôt félicités, tantôt raillés. « Cette manifestation, c’est un cri d’alarme, de désespoir aussi », poursuit Bruno Dupuis. « Peut-être que ce sera le début d’une révolte qui veut vraiment des actes, pas des mesurettes ou des ‘réaménagements légers’. Ce n’est pas en plantant des arbres ou en piétonnisant une rue qu’on va régler le problème de la délinquance. »