Pourquoi les personnes de petite taille rencontrent-elles tant de difficultés au quotidien ?

HANDICAP A l’occasion de la journée internationale du nanisme ce lundi, l’Association des personnes de petite taille (APPT) publie un plaidoyer pour faire changer les mentalités

Delphine Bancaud
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Othmane El Jamali, en 2017.
Othmane El Jamali, en 2017. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Aujourd’hui en France, 8.000 à 10.000 personnes sont atteintes d’une des 500 pathologies recensées susceptibles de causer un nanisme osseux.
  • Scolarité, démarches auprès des MDPH, image dans les médias… Des progrès sont à faire pour améliorer la prise en compte des personnes de petite taille.

Des moqueries dans la rue, l’impossibilité d’atteindre certains rayons au supermarché, la difficulté pour trouver sa place à l’école ou entreprise… Telles sont quelques-unes des difficultés que rencontrent les personnes de petite taille au quotidien, au-delà des complications médicales parfois sévères dont elles souffrent. Aujourd’hui en France, 8.000 à 10.000 personnes sont atteintes d’une des 500 pathologies recensées susceptibles de causer un nanisme osseux.

A l’occasion de la journée internationale du nanisme ce lundi, l’Association des personnes de petite taille (APPT) souhaite que le regard de la société change sur elles et publie un plaidoyer à destination des pouvoirs publics. « Car aujourd’hui encore, le nanisme est porteur de clichés dans l’inconscient collectif. Et il y a même une sorte d’handiphobie qui s’exprime : des personnes de petite taille sont prises en photo à la volée dans la rue et on poste leur image sur les réseaux sociaux pour se moquer d’elles », constate Othmane El Jamali, président de l’APPT. Pour que cela cesse, l’association souhaite que les réseaux sociaux s’engagent davantage dans la régulation des contenus haineux en ligne et qu’ils participent à une campagne de sensibilisation sur la question du harcèlement de rue.

« Les moqueries sont très fréquentes au quotidien »

« Le terme "nain" sonne toujours de manière péjorative. Car il est trop souvent employé comme une insulte dans les médias ou les films. Les moqueries sont très fréquentes au quotidien. A part Mimie Mathy et le personnage de Passe-Partout dans l’émission Fort Boyard, les personnes de petites tailles ne sont pas représentées dans l’espace public. Et quand elles le sont, ce sont dans des situations peu valorisantes », complète Violette Viannay, administratrice de l’APPT, membre du Conseil national consultatif des Personnes handicapées.

Si les enfants de petite taille sont scolarisés à l’école, tout n’est pas toujours rose dans leur quotidien : « Certains sont écartés des sorties scolaires, ou on leur propose de les mettre en poussette pour les y conduire, c’est stigmatisant. L’achondroplasie, la forme de nanisme la plus fréquente, requiert d’adapter certains sports aux personnes qui en sont atteintes, afin d’éviter que leur pratique ne soit trop douloureuse. Or, les profs d’EPS ne le savent pas. Ou certains enfants sont dispensés de sport, faute d’aménagements », note Cécile Rilhac députée LREM du Val-d’Oise. Selon elle, il faudrait prévoir « des formations avec l’intervention d’experts en milieu scolaire » pour les personnels de l’Education. Et systématiser le projet personnalisé de scolarisation, afin de faciliter les démarches des familles.

Une inégalité de traitement par les MDPH

Autre souci : le traitement par les Maisons départementales pour les personnes handicapées (MDPH) des dossiers des personnes atteintes de nanisme. Selon un sondage * réalisé par l’APPT auprès de ses membres, 96 % des personnes de petite taille affirment que les MDPH ne reconnaissent pas le nanisme comme un handicap, et 40 % attestent que les prestations obtenues le sont après au moins un recours. « Selon les MDPH, il y a une inégalité dans l’octroi de la prestation de compensation du handicap des aides pour aménager son véhicule ou son logement. Et les délais pour le traitement d’un dossier sont très variables », constate la députée LR des Alpes-Maritimes Laurence Trastour-Isnart.

« Nous souhaitons une harmonisation des critères d’attribution des aides financières, ou que les personnes de petite taille soient systématiquement éligibles à la prestation de compensation du handicap (PCH), à la prestation de compensation du handicap (PCH). Par ailleurs, il faudrait simplifier les démarches administratives, car certaines personnes n’arrivent pas à les effectuer sans l’aide d’une assistante sociale et finissent par y renoncer », poursuit la députée. Des revendications qui auront plus d’écho en cette année présidentielle, espère l’APPT…

* Chiffres provenant du sondage réalisé par l’APPT intitulé Mes démarches auprès de la MDPH.