Coronavirus au Royaume-Uni : Londres a-t-elle connu le plus fort recul de l’espérance de vie ? Une affirmation de Didier Raoult discutable

FAKE OFF Le professeur avance que la capitale britannique « a eu la plus forte baisse de l’espérance de vie au monde » à cause du Covid-19

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Londres, le 23 juillet.
Londres, le 23 juillet. — SOPA Images/SIPA
  • Dans son livre Au-delà de l’affaire de la chloroquine, qui vient de paraître, Didier Raoult écrit que « la baisse de l’espérance de vie était de trois ans et demi en 2020 » à Londres.
  • Cette baisse ne concerne toutefois pas tous les Londoniens.
  • Aux Etats-Unis, les hommes hispaniques ont aussi connu une baisse importante de leur espérance de vie.

Quel prix Londres paye-t-elle au Covid-19 ? Elevé, selon Didier Raoult, qui affirme dans le prologue de son livre Au-delà de l’affaire de la chloroquine* que la capitale britannique « a eu la plus forte baisse de l’espérance de vie au monde » à cause du coronavirus.

Le professeur marseillais précise sa pensée au chapitre XII : « Il est notable que l’endroit où la mortalité a été la plus importante et la baisse de l’espérance de vie la plus significative soit Londres, qui fut le berceau de notre nouvelle civilisation au XIXe siècle, et où la baisse de l’espérance de vie était de trois ans et demi en 2020. » Didier Raoult continue : « Bien sûr, l’hydroxychloroquine n’y était pas prescrite. »

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Le chiffre avancé par Didier Raoult ne concerne pas tous les Londoniens : la baisse de 3,3 années, calculée par Public Health England (une agence dépendant du ministère de la Santé), touche les hommes les plus défavorisés. Leur espérance de vie à la naissance est passée de 77,9 ans en 2019 à 74,6 ans en 2020. L’espérance de vie à la naissance des hommes les plus favorisés a, elle, diminué d’un an et demi, de 84,5 à 83 ans.

En moyenne, l’espérance de vie des hommes en Angleterre a baissé de 1,3 an pour les hommes, et de neuf mois pour les femmes, souligne l’agence britannique.

Cette espérance de vie est valable à la naissance, c’est-à-dire pour les bébés nés en 2020. Elle est fondée sur le présupposé que le taux de décès reste le même pendant toute la vie de cet enfant. Toutefois, ce chiffre peut évoluer, 2020 ayant été une année marquée par la pandémie, rappelle le Bureau britannique de la statistique. L’organisme souligne qu' « il faudra plusieurs années avant de comprendre l’impact éventuel du coronavirus » sur l’espérance de vie.

Ces chiffres font-ils de la capitale britannique l’endroit qui a connu « la baisse la plus significative », comme l’écrit Didier Raoult ? Aux Etats-Unis, l’espérance de vie à la naissance des hommes est également en baisse en 2020 par rapport à l’année précédente, selon les calculs des CDC, les Centres de prévention et de lutte contre les maladies. Ce sont les hommes hispaniques qui ont le plus perdu d’espérance de vie à la naissance, avec 3,7 ans. En moyenne, les hommes américains ont perdu 1,8 an d’espérance de vie et les femmes, 1,2 an.

Quels sont les facteurs qui ont causé ces baisses ? Est-ce parce qu’à Londres, « l’hydroxychloroquine n’y était pas prescrite », comme le laisse entendre le professeur ? Un groupe de chercheurs britanniques s'est penché sur la mortalité liée au Covid-19 : ils pointent que les conditions socio-économiques (conditions de logement, type de travail…), ainsi que le grand âge ou certains facteurs de comorbidité (obésité…), augmentent le risque de mortalité.

* Au-delà de l’affaire de la chloroquine, paru le 14 octobre aux éditions Michel Lafon.