Neige en montagne : « Du bon sens » ou « du n’importe quoi », les équipements hivernaux obligatoires font débat

VOTRE VIE VOTRE AVIS A compter du 1er novembre, pour circuler dans certaines zones de montagne l’hiver, il faudra avoir des équipements pneumatiques adaptés. Une obligation, non verbalisée la première année, qui a ses militants et ses opposants parmi nos lecteurs

Béatrice Colin
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Les équipements hivernaux deviennent obligatoires dans certaines zones de montagne à compter du 1er novembre.
Les équipements hivernaux deviennent obligatoires dans certaines zones de montagne à compter du 1er novembre. — HARALD SCHNEIDER / APA / AFP
  • Les équipements hivernaux deviennent obligatoires dans certaines zones de montagne de 48 départements à compter du 1er novembre. Les habitants, les vacanciers ou les automobilistes qui traversent ces territoires devront avoir des pneus neiges, ou des dispositifs amovibles bien rangés dans leur coffre.
  • Il n’y aura pas de sanction cet hiver, ce qui n’empêche pas certains lecteurs de 20 Minutes de critiquer cette mesure que certains d’entre eux n’appliqueront pas.
  • Chers ou non nécessaires, pour des Internautes, c’est « du n’importe quoi » quand pour d’autres, c’est une mesure qui permet de sécuriser les routes et sauver des vies.

Tic-Tac… Il ne reste plus que quelques jours aux automobilistes qui habitent en zone montagneuse, ou à ceux qui comptent s’y rendre, pour se doter de pneus neiges, de chaînes ou des chaussettes antidérapantes à avoir toujours dans son coffre. A compter du 1er novembre, les équipements hivernaux obligatoires deviennent en effet obligatoires dans 48 départements français, dont les Hautes-Alpes, les Pyrénées-Atlantiques, la Savoie ou encore le Jura. Une mesure mise en place pour réduire les accidents sur les voies enneigées et verglacées, mais qui est loin de réunir une belle unanimité.

Même si ce sera une année à blanc puisque le ministère de l’Intérieur a annoncé que les resquilleurs ne seront pas verbalisés jusqu’au 31 mars. Un sursis qui n’est pas tombé dans l’oreille de sourds. Catherine, une lectrice de 20 Minutes, a pris au mot les autorités, pour elle « ce sera l’année prochaine ». En revanche pour Thomas, délais ou pas, ce sera non. « C’est de la vente forcée. On n’a quasiment jamais de neige donc je n’achèterai rien de tout ça », explique ce trentenaire. Ils sont nombreux comme lui à ne pas comprendre que certains départements, que ce soit en plaine ou à 1.800 m, soient touchés de manière unilatérale.

Prix, écologie… De nombreux arguments contre

« C’est quoi cette blague encore, pour les cols et les montagnes, les pneus neige ou les chaînes ont toujours été obligatoires. Mais les imposer pour les départements entiers où, comme moi, on a vu cinq jours de neige en dix ans et où on a qu’une semaine par an de température inférieure à 5 °C. C’est juste n’importe quoi, encore une loi pour nous faire raquer. Les pneus neige coûtent beaucoup plus cher et en plus avec les jantes, je ne vous explique pas. Ils font consommer plus d’essence et avec la hausse à venir, ça va être sympathique pour votre budget essence… Et en plus, les pneus neige sont plus bruyants », commente Bobby sur notre site, qui voit « niveau écologie, un zéro pointé ». Le coût de ces équipements hivernaux fait monter de nombreux internautes sur leurs ergots.

Michel habite à Figeac dans le Lot, un département frontalier de la Corrèze ou encore du Cantal, au pied du Massif Central. Ce conducteur de 74 ans a fait ses comptes pour sa 308 et il ne compte pas franchir le pas. « Cela m’oblige à acheter quatre jantes et quatre pneus neige, un coût trop important, environ 600 € », explique le retraité. Même constat pour Marie-Laure, une habitante du Vaucluse, qui n’en a qu’un usage ponctuel, lorsqu’elle va chercher son petit-fils dans le Haut Var lors des vacances scolaires. « Je n’irai pas le chercher quand il neige c’est encore du pognon pour les équipementiers et l’Etat ! », tacle-t-elle. « Forcer les gens à mettre quatre pneus neige, alors que deux suffisent, ça démontre une volonté de mettre une » taxe pneus « », réagi Durandil.

Marion habite dans le Doubs, une zone soumise à cette nouvelle réglementation. Mais elle a décidé de s’en affranchir. D’une part parce qu’elle ne se voit pas investir alors qu’elle a une voiture en leasing qu’elle rendra dans un an. Et si jamais elle doit être contrôlée, elle a déjà sorti sa calculette : « Dans tous les cas, même deux amendes par an sont rentables plutôt que d’acheter des pneus spéciaux pour un véhicule qui ne m’appartient pas. On a toujours roulé sans pneus spéciaux, cette loi n’a pas de sens », peste-t-elle dans son témoignage.

Pour la sécurité et limiter les naufragés de la route

Mais là où certains pointent une obligation contraignante et chère, d’autres y voient une bonne solution pour réduire l’accidentologie. Rémy habite dans le Nord, qui est loin d’être une zone de montagne. Aucun arrêté ne l’oblige donc à s’équiper. « Mais ma femme a eu un accident matériel seule il y a quelques années sur une autoroute enneigée dans la région. Depuis j’ai équipé nos deux voitures d’un jeu de roues montées en pneus hiver que je laisse de novembre à avril. Par ailleurs, même sans neige, on sent une nette amélioration avec les pneus hiver dès que les températures approchent zéro degré, donc c’est un investissement, certes, mais la vie de sa famille n’a pas de prix », avance ce quadragénaire, qui par sécurité, a aussi des chaînes dans son coffre lorsqu’il va aux sports d’hiver.

Yves, les cols de montagne sont son quotidien. Ce professionnel de santé applaudit des deux mains cette mesure. « Combien de fois ai-je trouvé des irresponsables à 1.200 m d’altitude sur des routes enneigées en difficulté et avec des enfants à bord. Ces gens-là n’avaient aucune conscience du danger, aucun équipement et souvent des pneumatiques limite lisses. Il arrivait aussi que les gens chaînent dans des endroits extrêmement dangereux en plein milieu de pont ou de virage », se rappelle ce sexagénaire, pour qui « il faut aussi éduquer les gens sur ces dangers ».

Reviennent alors en mémoire à certains les images de ces naufragés de la route, bloqués sur les autoroutes après des chutes de neige. Ou encore des bouchons interminables les samedis pour accéder à certaines stations de ski, dont les accès sont bloqués à cause des routes verglaçantes où des voitures s’échouent dans les ravins. Pour Alexandre, « c’est juste du bon sens. Monter une montagne sans équipement adapté est très dangereux pour soi et les autres. Trop de gens prennent des risques inconsidérés, les touristes en particulier. Les habitants locaux, eux, sont bien souvent déjà équipés depuis des années », assure-t-il.

On va laisser Claude, 86 ans, et de nombreuses heures de conduite au compteur, conclure. « Il y a belle lurette que je suis équipé "neige", ne serait-ce que par » un bas instinct de conservation «, sinon par respect envers les autres étant susceptible de les empêcher de circuler de par mon égoïsme - la route appartient à tout le monde - et aussi afin de permettre aux secours éventuels d’accéder aux naufragés accidentels ou pas ». C’est dit.