New York : La statue de l’esclavagiste Thomas Jefferson va être retirée de la mairie

VALEURS Le Père fondateur des Etats-Unis possédait plus de 600 esclaves

20 Minutes avec agences
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Une statue de l'ancien président américain (et esclavagiste) Thomas Jefferson. (illustration)
Une statue de l'ancien président américain (et esclavagiste) Thomas Jefferson. (illustration) — ColleenConger / Pixabay

Thomas Jefferson, Père fondateur des Etats-Unis mais propriétaire d’esclaves, ne dominera plus les conseils municipaux de New York. Une commission municipale a voté ce lundi le retrait de la statue dans la chambre du conseil.

Sculptée en 1833 par le Français Pierre-Jean David d’Angers, la statue de deux mètres de haut trône depuis 1915 dans la grande salle du City Hall, où siègent les élus. La commission de l’aménagement public de New York a approuvé à l’unanimité le retrait de cette pièce, répondant à une demande de longue date d’élus noirs et latinos qui pointaient le passé esclavagiste de l’ancien président.

Une décision qui divise

« Cela me met dans une position profondément désagréable de savoir que nous siégeons en présence d’une statue rendant hommage à un propriétaire d’esclaves », a déclaré Adrienne Adams, élue afro-américaine du conseil municipal. « [Jefferson] croyait […] que les gens comme moi ne méritaient pas les mêmes droits et libertés que ceux qu’il désignait dans la Déclaration d’indépendance. »

La décision est loin de faire l’unanimité. David Greenberg, professeur d’histoire en université a déclaré que la statue n’avait pas été créée pour rendre hommage au propriétaire d’esclaves mais à « l’un des plus importants penseurs de la démocratie et de l’égalité dans l’histoire américaine ». Thomas Jefferson possédait tout de même plus de 600 esclaves et avait eu six enfants d’une d’entre elles.

De nombreuses statues vandalisées

Le débat sur les figures américaines est ancien. Les premiers appels à retirer cette statue de Jefferson remontent au début des années 2000. La polémique a pris en vigueur avec le mouvement Black Lives Matter et surtout après la flambée de manifestations aux Etats-Unis après la mort de George Floyd, homme noir tué par un policier blanc en mai 2020 à Minneapolis.

Plusieurs monuments représentant Thomas Jefferson ont été vandalisés depuis. Le mouvement a eu des répercussions jusque dans d’autres pays, où des figures historiques au passé colonial ont subi le même sort. En 2019, la propre ville de Jefferson, Charlottesville, a décidé de cesser de célébrer d’un jour férié l’anniversaire de l’homme politique.

Que faire de la statue ?

La commission de l’aménagement public de New York n’a pas décidé où recaser la statue, devenue encombrante. Une des options est un prêt « à long terme » à la Société historique de New York, « pour protéger l’œuvre et offrir la possibilité de l’exposer avec une remise en contexte historique et d’éducation ».

Une solution « gagnant-gagnant », selon l’historienne d’Harvard Annette Gordon-Reed, auteure de nombreux travaux sur Jefferson. Une exposition avec des explications historiques serait pour elle une solution positive, qui « servirait les besoins de l’Histoire ». Mais un groupe d’historiens demande que la statue ne quitte pas le City Hall et soit déménagée dans une autre salle.