Méditerranée : « Amateurisme », « comportements dangereux »… les autorités font le bilan d’un été (malheureusement) record en mer

ACCIDENTS Le volume des opérations de sauvetage a augmenté de 37 % par rapport à 2019, selon la préfecture maritime de la Méditerranée

Fabien Binacchi
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Un contrôle en mer par des gendarmes (Illustration)
Un contrôle en mer par des gendarmes (Illustration) — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Le record du nombre d’interventions en Méditerranée, qui s’établit à 3.151 entre le 1er mai et le 30 septembre, a encore été battu.
  • « Il y a plus de monde et encore davantage de comportements dangereux et surtout d’amateurisme », observe-t-on à la préfecture maritime de la Méditerranée.

Les nombreux vacanciers français en Méditerranée ont donné du fil à retordre aux sauveteurs en mer. Après un été 2020 déjà très agité, juste après le premier déconfinement, celui qui vient de s’achever vient de repousser encore le record du nombre d’interventions, qui s’établit à 3.151 entre le 1er mai et le 30 septembre. « Le volume des opérations a augmenté de 16 % par rapport à 2020 et de 37 % par rapport à 2019 », pointent les services de l’Etat, qui évoquent « des comportements à risques "post-Covid" ».

« Les gens sont allés massivement décompresser du côté des plages après les confinements, notamment dans le Var qui est le département le plus touristique de France, avance le capitaine de vaisseau Thibault Levernhe, porte-parole de la préfecture maritime de la Méditerranée, qui englobe les départements littoraux de Paca, d’Occitanie et de la Corse. Il y a plus de monde et encore davantage de comportements dangereux et surtout d’amateurisme. »

Avec des conséquences dramatiques. Selon les chiffres du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) Méditerranée, 26 personnes ont encore perdu la vie cet été en mer et 1.316 ont dû être secourues, dont 196 nécessitant une prise en charge médicale. Au début de la saison, la Société nautique de sauvetage en mer (SNSM) s’était déjà inquiétée d’une hausse du nombre de ses interventions à Marseille.

« Un vrai défaut de préparation et une certaine inconscience »

En dehors des accidents de baignade, également en hausse (112 cet été contre 61 en 2020), c’est l’activité plaisance qui a surtout mobilisé les équipes de sauvetage. « Avec les plateformes de location en ligne, l’accès a des navires a été très facilité, poursuit le capitaine de vaisseau Thibault Levernhe. Et nous avons eu beaucoup d’accidents liés à des défauts de maîtrise. C’est le reflet direct d’un amateurisme de gens qui veulent consommer avec un vrai défaut de préparation et une certaine inconscience. »

« Il faudrait aussi sans doute durcir les exigences du permis, avance le porte-parole de la préfecture. Certains sont passés sur des canaux sans aucune connaissance de la mer. Et des titulaires du permis louent des voiliers sans jamais en avoir utilisé. »

« Le grand nombre d’interventions s’explique notamment par un défaut de maintenance des embarcations et du matériel de sécurité manquant ou défectueux », note également les services de l’Etat. Avec, à la clé, 1.165 interventions pour des avaries contre, déjà, 1.103 en 2020.

Au final, les plaisances à moteur (48 %) et à voile (27 %) ont ainsi représenté les trois-quarts des opérations du Cross cette saison, et le département du Var en a concentré le plus, et de loin (27 %) sur l’ensemble de Paca, de l’Occitanie et de la Corse. En septembre, au Lavandou, un semi-rigide est par exemple venu taper de plein fouet un voilier au mouillage. Avec, à la clé, deux blessés évacués en urgence absolue.

Une proposition de loi « sur la tranquillité publique en mer »

Les autorités ont été également mobilisées pour mettre fin à des rodéos de jet-ski, qui se sont multipliés au large des côtes. « Il y a eu 24 opérations de sécurité en mer cet été et le prochain, ce sera encore plus », anticipe Thibault Levernhe.

Mais pour faire baisser le nombre de morts, de blessés et d’intervention, la préfecture maritime se positionne aussi pour un durcissement de la législation. Elle dit « soutenir » la proposition de loi « sur la tranquillité publique en mer » portée par la députée LREM des Bouches-du-Rhône Claire Pittolat.

Elle prévoit notamment que, comme sur les routes, le véhicule maritime puisse être immobilisé en cas d’infraction et de lourdes peines en cas de « conduite répétant de façon intentionnelle des manœuvres constituant des violations d’obligations particulières de sécurité ou de prudence ».