Coronavirus à Marseille : « Ce n’est pas du tout les antivax, juste des gens méfiants »… Dans les quartiers Nord, un centre éphémère de vaccination s’installe à l’Assurance maladie

COVID-19 L’Assurance maladie a lancé une opération de vaccination exceptionnelle, sans rendez-vous, dans son agence du 14e arrondissement, pour rattraper le retard dans le secteur

Caroline Delabroy
— 
L'agence CPAM Saint-Louis, devenue centre de vaccination éphémère, le 18 octobre.
L'agence CPAM Saint-Louis, devenue centre de vaccination éphémère, le 18 octobre. — C.Delabroy/20 Minutes
  • Une opération exceptionnelle de vaccination contre le Covid-19 a été menée lundi dans les locaux de la CPAM, dans les quartiers Nord de Marseille, en présence de l’élue municipale Michèle Rubirola, venue elle-même vacciner.
  • La couverture vaccinale dans les quartiers Nord se situe aux alentours de 40 % de la population, contre 70 % en moyenne pour la ville.
  • « On n’est pas du tout dans la philosophie d’un vaccinodrome, mais presque dans de la vaccination sur mesure », présentent les marins-pompiers.
  • L’association SEPT (Santé environnement pour tous) mène, sur le terrain, un gros travail de pédagogie et d’accompagnement.

Une tente rouge est dressée devant l’agence Saint-Louis de l’Assurance maladie, dans les quartiers nord de Marseille. Avec d’autres médiatrices, Karima Djelat y officie pour l’association SEPT (Santé environnement pour tous), qui a préparé en amont l’opération du jour menée avec la ville : une vaccination sans rendez-vous, dans les locaux mêmes de la CPAM. Pas question pour Karima de rester derrière la table, où s’alignent tracts et bouteilles de gel hydroalcoolique distribuées gratuitement. Elle va au contact, retrouve des personnes déjà rencontrées, comme cette femme, croisée au McDo, qui lui lance : « Je suis cardiaque, je ne l’ai pas fait, j’ai peur. »

« Vous pouvez poser toutes les questions que vous avez au médecin », lui répond la médiatrice, en l’accompagnant à l’intérieur de l’agence. Plus tard, c’est Habi, 32 ans, qui est descendue du bus en voyant le panneau de cette « opération exceptionnelle ». « Je suis intéressée pour me faire vacciner pour aller travailler, je suis ASH [agent des services hospitaliers], confie-t-elle. Question de journaliste : pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? « J’ai peur, j’ai entendu beaucoup de choses sur le vaccin, des filles qui disaient ne plus avoir de règles, mais ce n’est pas vrai, hein ? J’ai plein de copines qui se sont vaccinées, tout va bien. »

Michèle Rubirola a vacciné elle-même des personnes pour cette journée spéciale à l'agence CPAM Saint-Louis, à Marseille
Michèle Rubirola a vacciné elle-même des personnes pour cette journée spéciale à l'agence CPAM Saint-Louis, à Marseille - C.Delabroy/20 Minutes

« Deux fois moins de personnes vaccinées »

« Ce n’est pas du tout les antivax, ce sont des gens qui sont juste méfiants, observe Yazid Attalah, le président de l’association. Dans ces quartiers, c’est souvent une population très éloignée des soins, de manière générale. Il y a eu un retard à l’allumage qui fait que les fake news ont pris plus de poids. Il faut écouter les gens, comprendre les réticences, les craintes liées à la vaccination. » Pour Gérard Bertuccelli, directeur de la caisse primaire des Bouches-du-Rhône, « le fait d’être dans un local de l’Assurance maladie, bien connu des usagers, peut être facilitateur ». « Les taux montrent qu’il y a parfois deux fois moins de personnes vaccinées dans les arrondissements des quartiers nord que dans ceux des quartiers sud », poursuit-il.

« A Marseille, on est en retard sur certains quartiers, où on a encore 40 % de couverture vaccinale [contre environ 70 % en moyenne sur la ville] », abonde Michèle Rubirola, première adjointe au maire. Elle est venue participer à l’opération aussi en tant que médecin, en vaccinant, pour la première fois elle-même, contre le Covid-19. Outre les fake news, elle attribue ce retard à la difficulté d’accès aux centres de vaccination, « par manque de transport en commun », et à la « fracture numérique ».

« Chaque vaccin compte »

« Avec ces opérations ponctuelles, on touche des personnes qui quittent très peu leur quartier, qui ont des a priori sur la vaccination », indique Thierry Zaveroni du bataillon des marins-pompiers de Marseille, et responsable des trois centres de vaccination de la ville, qui tournent aujourd’hui autour de 2.000 vaccinations par semaine. « On n’est pas du tout dans la même philosophie qu’un vaccinodrome, avec des populations convaincues des bienfaits de la vaccination, continue-t-il. Là, on est presque au cas par cas, sur une vaccination sur mesure, mais chaque vaccin compte. »

Pour cette journée, il avait prévu 200 doses. Au total, 43 ont été utilisées, dont 30 primo-vaccinations. « C’est le fruit du travail de sensibilisation de terrain », se félicite Thierry Zaveroni. Après ce test, une nouvelle opération pourrait ainsi être menée, dans une autre agence de l’Assurance maladie, cette fois.