Vaccination : Oui, le président de Moderna a bien évoqué l'idée d'un rappel annuel contre le Covid-19

FAKE OFF L'extrait d'une interview du président de Moderna est relayé sur les réseaux sociaux pour affirmer que les rappels de vaccination anti-Covid-19 sont destinés à devenir permanents

A.O.
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Le vaccin Moderna contre le Covid-19 (illustration).
Le vaccin Moderna contre le Covid-19 (illustration). — Debbie Hill/UPI/Shutterstock/SIPA
  • Et si le nombre de doses de rappel du vaccin contre le Covid-19 allait finalement bien au-delà de la troisième dose actuellement en vigueur pour les personnes les plus fragiles ?
  • Un tweet viral soutient qu'elles sont destinées à durer « tout le reste de [notre] vie », en citant pour preuve l'extrait d'une interview du président du laboratoire Moderna, Stéphane Bancel.
  • Si celui-ci y défend effectivement l'idée d'un rappel annuel de vaccination contre le Covid-19, conformément à la position adoptée de longue date par son entreprise, cette hypothèse scientifique reste envisagée parmi d'autres, selon l'évolution future du virus. 

« Vous êtes tous prêts à recevoir vos doses de rappel anti-Covid tout le reste de votre vie ? Le directeur général de Moderna, Stéphane Bancel, veut vous finir à petit feu en s’enrichissant ! »

Pour cet utilisateur de Twitter opposé aux mesures sanitaires contre le Covid-19 - dont la vaccination –, c’est une évidence : le patron de l’un des laboratoires pharmaceutiques concernés a prévu de longue date de « rentabiliser » son produit en maximisant le nombre de rappels d’injections. Il en veut pour preuve l’extrait vidéo d’une interview de Stéphane Bancel par un journaliste québecois, relayée dans son tweet.

Dans cette séquence, le président français du groupe américain Moderna affirme notamment : « Il faut voir que [le] Covid ne va pas disparaître, c’est un virus avec lequel nous allons devoir vivre. Mais en faisant des rappels régulièrement, ce sera comme la grippe, on va vivre avec et très peu de gens seront hospitalisés. […] C’est l’engagement de Moderna : on va continuer à faire des rappels adaptés aux variants jusqu’à ce que cette pandémie devienne endémique et donc ce serait juste vivre avec un rappel par an. »

Et Stéphane Bancel d’ajouter : « Je pense qu’on va devoir avoir des rappels régulièrement tout le reste de notre vie, comme la grippe. […] Je pense que si on veut passer un bon hiver […] une troisième dose, à commencer par les personnes les plus à risque, qui ont été vaccinées il y a le plus longtemps, c’est vraiment important pour protéger un maximum de personnes. »

FAKE OF F

Cet extrait est authentique : il a été diffusé sur la chaîne québecoise LCN le 24 août 2021, au moment où Moderna annonçait le lancement d’une usine au Canada.

Si les inquiétudes autour du variant Delta et d’une possible relance de l’épidémie de Covid-19 étaient alors omniprésentes dans le monde, l’évocation par Stéphane Bancel d’un potentiel rappel annuel de vaccin n’avait alors rien d’inédit ni d’étonnant au vu des dernières connaissances scientifiques sur le virus.

Le président de Moderna évoquait en effet un tel scénario dès le mois de mai 2021 sur l’antenne de BFMTV : « Il faut qu’on vive avec comme la grippe, on sait très bien faire ça. Alors il y a une période d’un an ou deux qui va être un peu compliquée parce qu’on n’est pas capables de vacciner toute la planète. […] On est dans un monde interconnecté aujourd’hui […], et donc nous anticipons des variants qui vont revenir vers l’hémisphère nord à l’automne et l’hiver prochain et donc on sait que les rappels seront bien sûr très importants ».

L’hypothèse d’une maladie qui deviendrait saisonnière

A l’époque, des chercheurs de l’université de l’Utah, aux Etats-Unis, estimaient justement dans une étude que le Covid-19 pourrait devenir une maladie saisonnière d’ici dix ans, en raison de l’évolution de l’immunité collective – l’hypothèse d’une « banalisation » du virus ayant été évoquée  dès mars 2021.

Le 25 août 2021, au lendemain de l’intervention de Stéphane Bancel sur LCN, la directrice commerciale de Moderna, Corinne Le Goff, précisait pour sa part sur BFMTV : « Il y a un scénario dans lequel le virus continue d’évoluer et dont le niveau de transmissibilité est de plus en plus important. Et dans ce cas-là, on peut envisager un rappel tous les ans, comme le vaccin contre la grippe. »

Une généralisation de la troisième dose qui fait encore débat

Le 6 octobre, la Haute Autorité de santé (HAS) a recommandé une troisième dose de vaccin pour les « soignants, transports sanitaires et professionnels du secteur médico-social » ainsi que pour l’entourage des personnes immunodéprimées, alors qu’une campagne de rappel était déjà en cours depuis septembre pour les plus de 65 ans et les personnes à risque, comme les diabétiques. Objectif : lutter contre la perte d’efficacité des vaccins anti-Covid au cours du temps, malgré une protection toujours élevée contre les formes graves de la maladie.

Même si les circonstances ne « justifient pas, à ce stade, de recommander l’administration d’une dose supplémentaire en population générale, (…) la HAS soulignait alors dans son avis, que l’administration d’une dose de rappel deviendra probablement nécessaire au cours des mois qui viennent ».

L’Autorité européenne du médicament y a ouvert la voie le 6 octobre en autorisant la généralisation d’un rappel à tous les adultes, laissant aux autorités de chaque pays de l’Union européenne le choix précis des personnes concernées. La nécessité d’une telle dose de rappel fait toutefois encore l’objet de nombreux débats dans le monde scientifique, son intérêt restant à évaluer pour l’ensemble de la population.

Par ailleurs, cette dose de rappel doit pour l’heure forcément venir d’un vaccin Pfizer/BioNTech, basé sur la technologie de l’ARN messager. Alors qu’elle préconisait jusqu’ici indifféremment de recourir aux vaccins Pfizer ou Moderna pour les doses de rappel du vaccin anti-Covid-19, la Haute Autorité de santé recommande temporairement, par principe de précaution, de ne plus recourir à Moderna en raison des cas de péricardites et de myocardites qui pourraient être plus importants, notamment chez les personnes les plus jeunes, comme le rapporte Le Parisien.