Lyon : Quand la Maison de la Danse fait bouger les lycéens de Colbert

INITIATION Le lycée Colbert, à Lyon, propose des options obligatoires pour initier ses élèves au monde de la culture. Cette année, une classe de 1ère techno a noué un partenariat privilégié avec la Maison de la Danse et la Compagnie Relevant, issus comme eux du 8e arrondissement

Jennifer Lesieur
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La Cie Relevant au lycée Colbert, le 11 octobre.
La Cie Relevant au lycée Colbert, le 11 octobre. — J.L. / 20 MINUTES
  • Le lycée technologique Colbert, dans le 8e arrondissement de Lyon, propose des options culturelles obligatoires.
  • Cette année, une classe de 1ère techno pourra suivre la Compagnie Relevant à la Maison de la Danse.
  • Une manière efficace d’amener la culture et le spectacle vivant à des lycéens en les débarrassant de leurs préjugés.

Assis en tailleur dans la cour du lycée Colbert, des élèves observent cinq hommes aux gestes étranges. Poings levés, mains ouvertes, ils tournent en rond. Les lycéens, perplexes, rient, s’agitent. Puis la musique résonne et les danseurs entament une chorégraphie guerrière. Pendant vingt minutes, les visages sont captivés. Viennent ensuite des applaudissements nourris, des questions précises.

La Compagnie Relevant est venue présenter un extrait d’Upshot, leur première création originale. Dans quelques jours, les élèves de 1ère techno suivront un atelier pratique avec les danseurs, assisteront au spectacle Urgences, à l’issue duquel ils pourront échanger avec les artistes. Un projet proposé en partenariat avec la Maison de la Danse, dans le cadre de ses interventions solidaires et d’éducation culturelle, et cofinancé par la fondation Diagonale.

Des expériences hors les murs

« A la Maison de la Danse, on essaie au maximum de sortir de nos murs et d’aller à la rencontre des publics dans les lycées, les universités, les Ehpad », explique Marion Coutel, chargée des relations avec les publics. « On a choisi le lycée Colbert parce qu’on est soucieux d’avoir une implantation dans le 8e, c’est notre quartier ! » C’est aussi celui de la Cie Relevant, composée de six garçons qui ont découvert la danse dans une MJC du 8e, devenus professionnels depuis.

Pour Séverine Allorent, professeur de français à Colbert et professeur relais à la Maison de la Danse, « l’éducation par l’art est extrêmement importante en termes d’ouverture, surtout pour des élèves qui ne fréquentent pas du tout les lieux culturels » Les projets sont obligatoires pour forcer un peu la main des ados, pas toujours enthousiastes à l’idée de sortir le soir, de devoir rédiger des comptes rendus… « Chaque fois que je propose un spectacle en début d’année, je me heurte à des réactions assez négatives. Et au fil du projet, je les vois évoluer… »

S’émanciper par la culture

Séverine Allorent a pris soin de choisir un spectacle et des artistes qui puissent parler directement à ses 23 élèves de 1ère techno. « J’ai vu le spectacle Urgences, où figurent trois danseurs de Relevant, et je me suis que pour eux, c’était parfait. C’est une pièce sur des parcours d’émancipation, sur la façon dont on peut devenir danseur quand on est issu d’un milieu défavorisé, peu tourné vers l’art. Nous voulons dire aux lycéens qu’on peut lutter contre le déterminisme social, et que l’art peut être vecteur d’émancipation. »

Pour cela, les ados sont invités à sortir de leur zone de confort. Les premières minutes de la démonstration dans la cour relèvent plus de la danse contemporaine que du hip-hop auquel ils s’attendaient ; pendant l’atelier, ils pourront apprendre quelques mouvements pour mieux les comprendre. « Ça leur demande un effort », reconnaît leur professeur, « ce n’est pas facile, à cause du regard des autres… » Sortir le soir au spectacle n’est pas évident non plus : « Ils sont des préjugés, ils n’iront pas spontanément. Mais l’idée, c’est de leur prouver que cette ouverture est possible, qu’ils ne croient pas que le monde du spectacle vivant, et de la culture en général, n’est pas pour eux. »

Les élèves sont évalués sur leur présence, leur concentration et leur investissement. « Ce projet, c’est plus pour valoriser que pour sanctionner », rappelle Séverine Allorant. Avec peut-être, à la clé, l’éveil d’une vocation.

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