Montpellier : L’incroyable sauvetage d’une famille afghane, exfiltrée en France via l’avion des handballeurs du MHB

HUMANITAIRE Menacé de mort, l'ex-maire d'une commune afghane et sa famille ont été exfiltrés grâce à l'action des élus de la ville de Montpellier, qui l'avaient fait citoyen d'honneur en 2003

Jérôme Diesnis
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Hakimullah Ghazniwal, sa femme, leurs sept enfants et la femme de l'aîné de la fratrie, devaient arriver sains et saufs en France dans la nuit de mercredi à jeudi.
Hakimullah Ghazniwal, sa femme, leurs sept enfants et la femme de l'aîné de la fratrie, devaient arriver sains et saufs en France dans la nuit de mercredi à jeudi. — Ville de Montpellier
  • En août, la mairie de Montpellier reçoit presque miraculeusement l’appel à l’aide de l’ancien maire de Ghazni, fait citoyen d’honneur de la ville en 2003.
  • Depuis cinquante jours, le cabinet de Michaël Delafosse, les autorités françaises et une ONG américaine ont multiplié les démarches pour exfiltrer cette famille de dix personnes, qui n’avait pu bénéficier du pont aérien à Kaboul.
  • Ils devaient être rapatriés en France dans la nuit de mercredi à jeudi, dans l’avion privé des joueurs du Montpellier Handball. Ils ont été récupérés à Skopje, où les handballeurs disputaient un match de ligue des champions.

C’est une histoire extraordinaire au dénouement heureux. Menacée de mort dans son pays, une famille afghane d’une dizaine de personnes a été exfiltrée et sauvée au prix d’une incroyable chaîne de solidarité.

Tout est parti d’un mail reçu le samedi 21 août à 19h51. Dans ce message, un homme expliquait être en danger de mort imminente. Ce mail, écrit au cœur de l’été, envoyé sur la messagerie générale, aurait pu prendre la direction de la corbeille. Il a pourtant été aiguillé jusqu’à Grégory Bozonnet, le directeur de cabinet de Michaël Delafosse, le maire de Montpellier.

Fait citoyen d'honneur de la ville par Georges Frêche en 2003

Dans ce message, Hakimullah Ghazniwal expliquait être l’ancien maire de la commune de Ghazni, avec lequel la préfecture de l’Hérault avait noué des échanges en 2002, après la chute du premier régime taliban. Un an plus tard, Georges Frêche, alors maire socialiste de Montpellier, recevait avec tous les égards son homologue et en faisait un citoyen d’honneur de la ville.

« Immédiatement, on a tenté de tout mettre en place pour répondre à l’appel à l’aide de cet homme et sa famille. Ils ont fait partie des civils afghans qui n’ont malheureusement pas pu profiter du pont aérien pour quitter le pays », détaille le conseiller municipal Christian Assaf. Est alors mise sur pied une opération pour les aider à rejoindre la France, en collaboration avec le ministère des affaires étrangères, le ministère de l’Intérieur et l’ONG américaine Open Society Fondations.

Rapatriés par l’avion privé du MHB au retour d’un match de Ligue des champions

Après moult rebondissements et l’accord des autorités talibanes, l’évacuation sera réussie le 7 octobre pour Hakimullah Ghazniwal, sa femme, leurs sept enfants et la femme de l’aîné de la fratrie, pour laquelle la délivrance du laissez-passer fut la plus compliquée. Une exfiltration via Tbilissi, en Géorgie, avant un nouveau départ et une prise en charge par la Croix-Rouge à Skopje. Ce mercredi, c’est dans la capitale de la Macédoine que Christian Assaf et la délégation montpelliéraine les ont récupérés. Le lieu est tout sauf le fruit d’un hasard. « L’équipe de handball du MHB s’y rendait en avion privé pour y disputer un match de ligue des champions, reprend Christian Assaf. On en a profité pour les récupérer et les ramener avec nous. »

Le handball, comme un incroyable fil rouge. Celui qui fut le directeur de cabinet de Georges Frêche au début des années 2000 se remémore très bien cette visite. « Nous avions notamment assisté à un match de handball du MHB. Il m’a dit qu’il se souvenait de l’ambiance de Bougnol. Je suis investi dans la politique depuis des années. Je pense beaucoup à cette phrase que prononcent les Juifs pour les Justes, « qui sauve une vie, sauve l’humanité entière ». Ce sont lors de moments comme celui-ci qu’on se sent vraiment utiles. » Dans leur départ, Hakimullah Ghazniwal et ses proches ont quasiment tout abandonné sur place. « Mais parmi leurs rares effets personnels figure cette médaille d’honneur, qui représente pour lui un sauf-conduit ».

Chaîne de solidarité à Montpellier

La ville de Montpellier et son maire, Michaël Delafosse, vont se charger de leur hébergement. Le doyen de la faculté de droit s’est proposé de permettre aux enfants de poursuivre leur cursus universitaire et d’apprendre le français. L’Association des Afghans de Montpellier devrait les aider à s’intégrer dans la vie montpelliéraine. « Une chaîne de solidarité extraordinaire s’est mise en place à Montpellier. »