« Squid game » : « Les scènes dures peuvent contribuer à banaliser la violence dans l’esprit des plus jeunes enfants »

INTERVIEW Jean-Luc Aubert, psychologue spécialiste de l’enfant et de l’adolescent, analyse pour « 20 Minutes » les réactions que peuvent avoir les enfants et adolescents devant la série évènement sud-coréenne

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Une scène de la série télévisée
Une scène de la série télévisée — YOUNGKYU PARK / Netflix / AFP
  • La série « Squid game » met en scène des personnages issus des franges les plus marginalisées de Corée du Sud, participant à des jeux d’enfants traditionnels afin de remporter une récompense financière. Les perdants sont tués.
  • Diffusée sur Netflix, elle est déconseillée en France aux moins de 16 ans, qui sont pourtant très nombreux à la regarder.
  • Jean-Luc Aubert, psychologue spécialiste de l’enfant et de l’adolescent, analyse les réactions que peuvent provoquer certaines scènes chez les plus petits et leurs aînés.

Le succès mondial de la série sud-coréenne Squid Game ne se dément pas en France. Diffusée sur Netflix, elle raconte l’histoire de personnes endettées jusqu’au cou, qui sont invitées à participer à des épreuves promettant une récompense financière aux gagnants. Les voilà qui se prêtent à des jeux d’enfants traditionnels, comme 1, 2, 3 soleil. Mais le jeu est dramatique, car les perdants sont tués.

La série est déconseillée aux moins de 16 ans en France, mais elle est pourtant regardée par beaucoup d’entre eux. Au point que certains simulent des scènes en récréation. 20 Minutes a interrogé le psychologue et spécialiste de l’enfant et de l’adolescent Jean-Luc Aubert, fondateur de la chaîne YouTube Questions de psy, pour évaluer avec lui les risques que représente une telle série pour les jeunes générations.

Le fait que des enfants de moins de 16 ans regardent « Squid Game » est-il problématique ? Quelles réactions peuvent entraîner les scènes violentes chez eux ?

Les effets ne sont pas les mêmes selon l’âge des enfants. A partir du collège, les adolescents peuvent avoir du recul et analyser des images violentes. Ils ont aussi conscience qu’une série sert à se divertir, se défouler par rapport à des frustrations ou des interdits. Certes, ils s’identifient aux personnages de films, mais dans un cadre précis et dans un temps donné.

Mais lorsqu’ils sont plus petits, en primaire, les enfants sont en voie d’intellectualisation. L’idée de la fiction est très abstraite pour eux. Ils ne sont pas toujours en capacité de prendre du recul face aux images. Ils peuvent être très impressionnés et être sujets ensuite à des troubles du sommeil. Ce n’est pas pour rien qu’une signalétique jeunesse existe pour indiquer l’âge à partir duquel un programme peut être regardé (10, 12, 16 ou 18 ans).

Le fait que cette série mêle les jeux d’enfants et la mort peut-il particulièrement troubler les enfants ?

Le fait que cette série utilise des jeux de cours de récréation pour mettre en concurrence les participants et que les perdants soient tués est assez pervers. Car cela crée une confusion des genres chez les plus jeunes enfants qui la regardent. On utilise leurs jeux à des fins cruelles. Ils peuvent encore plus facilement s’identifier aux participants.

C’est encore plus vrai pour ceux qui étaient déjà fragiles, qui auront encore plus de mal à faire la distinction entre la fiction et le réel. Les scènes dures qu’ils vont voir peuvent contribuer à banaliser la violence dans l’esprit des plus jeunes. Cela peut induire chez eux des comportements violents, comme on a pu le voir dans une école où les enfants ont tenté de rejouer l’une des scènes de Squid Game, ce qui a abouti à des coups.

Quels conseils donneriez-vous aux parents ?

Tout d’abord de respecter la signalétique jeunesse et de ne pas autoriser les moins de 16 ans à regarder cette série. Avec un bémol toutefois : pour les parents d’adolescents qui savent que leurs enfants contourneront facilement l’interdiction en allant voir la série chez un copain par exemple, je leur conseillerai alors de regarder la série avec eux. Pour remettre les images en perspectives, leur donner une lecture au second degré…