Le décrochage scolaire a-t-il diminué durant le quinquennat, comme le dit Blanquer ?

FAKE OFF Le ministre de l’Education nationale s’est exprimé cette semaine sur BFM Business au sujet du rapprochement entre les entreprises et l’école

Maïwenn Furic
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Jean-Michel Blanquer au Campus 2021 organisé par La République en marche.
Jean-Michel Blanquer au Campus 2021 organisé par La République en marche. — Jacques Witt/SIPA
  • Comme de nombreux ministres en ce début de campagne présidentielle, Jean-Michel Blanquer a vanté le bilan de l’exécutif au cours des cinq dernières années sur le plateau de BFM Business le 6 octobre.
  • Le ministre de l’Education nationale a expliqué qu’il y avait moins de décrochages scolaires en France qu’en 2017, y compris en tenant compte des périodes de confinement en 2020.
  • 20 Minutes fait le point.

Le France « plutôt bon élève » en matière de décrochage scolaire ? C’est ce qu’a affirmé Jean-Michel Blanquer sur le plateau de BFM Business le 6 octobre, alors qu’il était interrogé sur l’insertion des élèves sur le marché du travail. « Il y a des décrocheurs en France, mais il y en a moins qu’il y a quatre ans. Et même l’année 2020, qui était l’année du confinement, a vu moins de décrocheurs qu’en 2019. »

Dit-il vrai ? 20 Minutes fait le point sur ces données, qui semblent bien éloignées des ressentis durant la crise sanitaire.

FAKE OFF

Jusqu’en 2019, le décrochage scolaire a bel et bien diminué. Mais cela n’est pas propre au quinquennat d’Emmanuel Macron. Selon l'Insee, le taux de « sorties précoces du système scolaire » des 18-24 ans baisse depuis dix ans. Estimé entre 11 % et 12,4 % en 2009, il est passé à 8,2 % en 2019. Entre 2017 et 2019, sous la mandature d'Emmanuel Macron, la baisse est de 0,7 point.

En ce qui concerne 2020, année particulière en raison du confinement et de l’école à distance au printemps, aucun chiffre n’est encore disponible du côté de l’Insee. Le ministère de l'Education définit le décrochage comme le fait de « quitter le système de formation initiale sans avoir obtenu une qualification équivalente au baccalauréat ou un diplôme à finalité professionnelle, de type certificat d’aptitude professionnelle (CAP) ». Si l’on s’en tient à cette définition, les chiffres s’améliorent effectivement en 2020.

Pour la session du baccalauréat de juin 2020, la France a compté 95,7 % d’admis, contre seulement 88,1 % l’année précédente.  Le ministère de l'Enseignement supérieur mettait lui-même en avant un « taux de réussite exceptionnel au baccalauréat 2020, en lien avec les conditions de passation mises en place en raison du contexte de crise sanitaire ». C’est-à-dire, une notation basée sur le contrôle continu.

Une définition à relativiser

Thierry Thollot, auteur d’un ouvrage intitulé Covid-19 : le décrochage scolaire français (publié à compte d’auteur), appelle toutefois à relativiser la seule prise en compte d’un diplôme ou d’une qualification dans la définition du décrochage scolaire. « Il y a davantage de facteurs à prendre en compte », estime le professeur des écoles. « Avec mon collègue Pascal Dumas, nous nous sommes questionnés. Pourquoi il y a autant de moyens mis en place pour lutter contre le décrochage scolaire, alors que le phénomène est aussi minime, selon le gouvernement ? »

Selon lui, « il n’y a aucun chiffre qui permette de mesurer correctement le décrochage, c’est une question de ressenti sur le terrain. » Un constat que partage en creux le ministère de l’Education nationale, soulignant auprès de 20 Minutes que « ce qu’on appelle les "désinvestis" ne sont pas comptés [par l’administration], et il n’y a pas de chiffres les concernant ». Pour Thierry Thollot, « en 2020, tout le monde a décroché : les élèves, les parents, les professeurs… »