Discrimination : Près d’une agence d’intérim sur deux prise en faute par SOS Racisme

DISCRIMINATION Face à un client demandeur, 45 % des agences acceptent de discriminer les candidats. SOS Racisme veut lutter contre les discriminations en montrant comment elles existent concrètement malgré les lois

X. R.
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Parmi les agences testées, 45% ont accepté de procédé à des discriminations.
Parmi les agences testées, 45% ont accepté de procédé à des discriminations. — LOIC VENANCE / AFP

C’est devenu une méthode d’action classique de SOS Racisme : le testing. Une approche à la fois très directe et pédagogique pour lutter contre les discriminations, en testant des individus ou des entreprises en conditions réelles. L’été, c’est par petits groupes, rassemblant des individus d’une même couleur de peau ou d’une même origine, que l’association envoie ses membres entrer dans un bar ou une discothèque, afin de tester la réaction des videurs. Une méthode reconnue et inscrite dans le code pénal depuis 15 ans.

Un scénario simple

L’association livre aujourd’hui le verdict d’un testing téléphonique effectué au mois de mai, visant les agences d’intérim du secteur du bâtiment. C’est l’un des secteurs où la proportion de travailleurs étrangers ou issus des minorités est la plus forte, et donc où il apparaît difficile de discriminer. Et pourtant… Sur les 69 agences franciliennes testées, appartenant aux neuf plus grandes enseignes du secteur, près de la moitié a accepté de procéder à des discriminations.

Le scénario était simple : se faire passer pour une entreprise de BTP fictive, et dire avoir des consignes. « On expliquait qu’on recherchait des profils uniquement de type européen, car il y avait déjà eu des problèmes avec des travailleurs de différentes communautés. On voulait savoir s’il était possible de filtrer les candidatures », explique à France Inter Sylia, une membre de SOS Racisme.

« On ne les a pas poussés. Si la réponse était non, alors on n’insistait pas », précise Marie Mescame responsable du pôle juridique de SOS Racisme. Des réactions naturelles donc, et qui révèlent un vrai dysfonctionnement. « C’est faisable, à condition que cette conversation reste confidentielle », ou bien « mieux vaut ne pas mettre ça par mail », voilà le genre de réponses qu’ont eu les membres de l’équipe de testing.

Seules les agences d’Adecco, renvoyées récemment en correctionnelle suite à une affaire de fichage ethnique il y a 20 ans, ont unanimement refusé de pratiquer une telle discrimination. Plus de la moitié des réponses ont en revanche été positives chez Proman, Ergalis et Morgan Service.