Nouvelle-Aquitaine : Volfa, un exercice militaire « de haute intensité » depuis la base de Mont-de-Marsan

DEFENSE L’armée de l’Air et de l’Espace organise depuis la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan de nombreux raids aériens dans le cadre de l'exercice Volfa. Il simule l'annexion d'un territoire en Auvergne par un ennemi

Mickaël Bosredon
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Nouvelle-Aquitaine : Volfa, un exercice militaire de grande ampleur à la base aérienne de Mont-de-Marsan — 20 Minutes
  • L’exercice Volfa simule un conflit entre deux pays, avec un territoire annexé par l’ennemi, en Auvergne.
  • Une cinquantaine d’aéronefs et 850 aviateurs sont mobilisés pour cette opération, notamment sur les bases de Mont-de-Marsan dans les Landes et Cazaux en Gironde.
  • Le scénario, évolutif en fonction des changements de contexte, se veut le plus réaliste possible.

La base aérienne 118 de Mont-de-Marsan (Landes) est en alerte, ce jeudi. Vingt-quatre heures après avoir essuyé une riposte ennemie, elle poursuit son offensive débutée quelques jours plus tôt. Dans un bruit assourdissant, Eurofighter, Mirage 2000, Rafale, enchaînent les décollages depuis les pistes landaises. Leur mission du jour sera de détruire un site sol-air adversaire du côté d’Aurillac (Cantal), de dénicher un convoi militaire et parallèlement d’organiser des frappes sur des sites de stockage.

Un avion de combat Rafale au décollage de la base de Mont-de-Marsan (Landes)
Un avion de combat Rafale au décollage de la base de Mont-de-Marsan (Landes) - Mickaël Bosredon/20Minutes

La veille, « l’ennemi avait lancé sur notre base de Mont-de-Marsan un raid massif à base de F-18 espagnols partis de la frontière ibérique, et d’hélicoptères qui arrivaient de la base de Cazaux (Gironde), raconte le colonel Gilles. Pendant plus de deux heures, nous avons dû contrer cette menace avec nos avions de chasse que nous avions placés en alerte, et en utilisant notre système de défense sol-air mamba qui protège la base. »

Rassurez-vous, il n’y a pas eu de dégâts, si ce n’est pour les oreilles du voisinage de la base, puisqu’il ne s’agit là que d’un exercice. Mais un exercice de très grande ampleur. Sur un territoire de 240 km sur 200 km, l’édition 2021 de Volfa doit permettre aux forces de l’armée de l’Air et de l’Espace de s’entraîner « à la haute intensité. »

Un scénario qui se veut le plus réaliste possible

Si les tirs de missile ne restent que des points sur un écran, l’exercice Volfa mobilise pour de vrai une cinquantaine d’aéronefs, et quelque 850 aviateurs. L’armée de l’Air a déployé sur les bases de Mont-de-Marsan et de Cazaux avions de chasse, avions de transport, hélicoptères, un drone et un Awacs… « Nous avons aussi les commandos parachutistes, et les contrôleurs aériens qui sont les yeux et les oreilles des pilotes de chasse, poursuit le colonel Gilles. L’idée est vraiment de s’entraîner comme à la guerre », insiste le directeur de cet exercice Volfa qui a démarré le 25 septembre et qui doit s’achever le 14 octobre.

Un Mirage 2000
Un Mirage 2000 - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Pour cela, un scénario, qui se veut le plus réaliste possible, a été établi par les forces armées. Un envahisseur – les rouges – a annexé un territoire au sein de l’Auvergne. La mission des « gentils » – les bleus – sera de le récupérer d’ici à la fin de l’exercice.

Logique de l’Entry Force

De retour de mission jeudi midi, le commandant Florent, pilote de Mirage 2000 D à la base aérienne de Nancy, raconte que « tout ne se passe pas toujours comme prévu. » « Aujourd’hui par exemple, un drone était programmé, c’est lui qui devait rechercher le convoi militaire au sol. Mais il s’est fait détruire par un système sol-air, nous avons donc dû le remplacer avec nos Mirage 2000 D, ce qui est plus compliqué, puisque notre mission c’est l’attaque au sol. Il faut s’adapter, et c’est à cela que sert l’exercice. Nous tirerons des leçons de tout cela lors du débriefing. »

L’offensive des bleus avait démarré lundi. Dans la logique de l'Entry Force, la capacité à entrer en premier dans un territoire où l’on n’a pas la supériorité aérienne, « l’objectif est de pénétrer la zone ennemie pour détruire son système sol-air afin de briser sa bulle de protection, et reprendre cette supériorité aérienne », explique le colonel Gilles.

Le lendemain mardi, « nous avons commencé à taper dans la profondeur vers les centres de commandement pour réduire leurs capacités de coordination et de défense, puis nous avons parachuté des troupes pour commencer à occuper le terrain, avec des avions de transport et des hélicoptères. » Parallèlement, un commando de parachutistes a été déployé du côté d’Aurillac jeudi soir, pour réaliser cette fois-ci une évacuation de ressortissants européens.

« Un stock limité de missiles, ce n’est pas "open bar" »

La mobilisation des troupes ne se fait pas que dans les airs. Dans la salle du centre expert du combat collaboratif (CECC), le commandant Yann pilote Jeannette, « un outil de soutien aux forces armées, connecté aux radars, et aux radios des avions » grâce auquel il peut « tout voir » dans les aéronefs, du niveau de carburant restant au nombre de missiles tirés. « Je peux aussi placer de faux avions en l’air pour créer beaucoup de menace face à l’ennemi, simuler des vols supersoniques au-dessus du territoire français » (ce qui est interdit dans l’exercice, les vols supersoniques "en vrai" étant réalisés au-dessus de l’Atlantique).

Dans une autre salle à côté, plusieurs experts, un côté rouge, un côté bleu, accompagnent les équipages en l’air dans l’animation de leurs missions, qu’ils peuvent faire évoluer en fonction des changements de contexte. Quand un équipage est touché et considéré comme mort, un petit cercueil se matérialise à l’écran. « Il doit alors rentrer à la base, même si cela survient au bout de trois minutes de mission, indique le commandant Yann. Je peux vous dire que les pilotes font très attention à ce que cela ne se produise pas. Et que ce soit pour l’attaque ou la riposte, nous ne leur donnons qu’un stock limité de missiles, ce n’est pas "open bar", précisément pour se rapprocher au plus près de la réalité… »

« Le scénario établi évolue au gré de ce que l’on réussit ou pas »

« Nous présentons les missions aux pilotes la veille ou l’avant-veille, c’est à eux ensuite de mettre en œuvre la tactique, avec un rythme de deux missions par jour, et trois missions les mardis et jeudis », indique le colonel Gilles. « Chaque mission dure en tout plus d’une journée, complète le commandant Florent, mais ce sont surtout les préparations qui sont longues, la durée des vols étant de l’ordre de 3 heures environ. » Sachant qu’il faut rentrer sans perte, sinon c’est « mission failed ».

L’exercice Volfa existe depuis 2016. Mais c’est la première année qu’il est déployé sous cette forme. « Ce qui est nouveau est d’avoir une cohérence et une continuité tout le long de l’exercice, insiste le colonel Gilles. On a voulu placer nos équipages dans des situations très réalistes, et chaque jour le scénario établi évolue au gré de ce que l’on réussit ou pas. »

« Le plus haut niveau d’entraînement »

Il s’agit par ailleurs d’un exercice à l’échelle internationale, insiste son responsable, même si tous les pays invités n’ont pas répondu. La Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, s’est déplacée avec quatre avions de combat Eurofighter, le Canada avec trois hélicoptères et un C-130 (Hercules), tandis que les Suisses avec leurs F-18 et les Espagnols avec des F-18 également et un A400M, jouent depuis leurs domiciles respectifs.

L’objectif est de « s’entraîner aux conflits de demain, affirme le colonel Gilles, parce que dans les conflits récents type Afghanistan ou Mali, nous n’avons travaillé qu’avec une petite partie de nos matériels, par rapport à ce qu’on est capable de déployer ». « Cela nous apporte le plus haut niveau d’entraînement pour un conflit qui se déroulerait contre des forces équivalentes aux nôtres », complète le commandant Florent. Des procédures complexes « auxquelles on ne s’entraîne pas souvent. C’est cela la haute intensité ».