Pédocriminalité dans l'Eglise : Mgr de Moulins-Beaufort convoqué par Darmanin pour ses propos sur le secret de la confession

RELIGION Le président de la Conférence des évêques de France a affirmé que le secret de la confession était « plus fort que les lois de la République »

M.F
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Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF) est convoqué au ministère de l'Intérieur en début de semaine prochaine, après ses propos sur le secret de la confession en réaction au rapport Sauvé sur les abus sexuel au sein de l'Eglise.
Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF) est convoqué au ministère de l'Intérieur en début de semaine prochaine, après ses propos sur le secret de la confession en réaction au rapport Sauvé sur les abus sexuel au sein de l'Eglise. — Thomas Coex/AP/SIPA

Quand la loi de l’Eglise est incompatible avec la loi de la République. Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France va être reçu par Gérald Darmanin « en début de semaine prochaine » afin de « s’expliquer sur ses propos », a affirmé son entourage. Cette convocation fait suite aux déclarations de celui qui est aussi l’archevêque de Reims à propos de la publication du rapport Sauvé rapportant des milliers d’abus sexuels sur des mineurs au sein de l’Eglise catholique depuis 1950.

Mercredi, il a affirmé que le secret de la confession « s’imposait » aux prêtres et était « plus fort que les lois de la République ». Une déclaration qui laisse sous-entendre que même si un homme d’Eglise vient confesser être l’auteur d’une agression sexuelle sur un enfant, le prêtre recevant ces aveux est tenu au secret par la loi de l’Eglise et ne peut le dénoncer à la police.

« Il n’y a rien de plus fort que les lois de la République »

Sans grande surprise, la déclaration de Mgr de Moulins-Beaufort a fait polémique et suscité de vives réactions dans la classe politique. « Il n’y a rien de plus fort que les lois de la République dans notre pays, ça tient en une phrase, et c’est très clair », a réagi jeudi Gabriel Attal à l’issue du Conseil des ministres. « Le président de la République a demandé au ministre de l’Intérieur de recevoir le président de la Conférence des évêques de France pour que les choses soient claires », a-t-il assuré, confirmant l’information de l’entourage de Gérald Darmanin.

Dans un communiqué publié jeudi, Eric de Moulins-Beaufort a affirmé qu’il acceptait « l’invitation » du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin et qu’il le rencontrera mardi à 14 heures. « Ce sera pour lui l’occasion de rappeler qu’aujourd’hui, le secret de la confession, imposé aux prêtres par le droit canonique, n’est pas contraire au droit pénal français, comme le souligne la circulaire de la chancellerie du 11 août 2004 » (sur le secret professionnel des ministres du culte), indique le communiqué. Selon le président de la CEF, « le secret de la confession a toujours été respecté par la République française. C’est l’honneur de la République française que de respecter ainsi la dignité de la conscience de chacun ».

« Il faut que nous trouvions un moyen de le faire autrement »

Il précise également dans ce communiqué que « la confession est aussi un moment durant lequel une personne victime, par exemple un enfant, peut évoquer ce qu’elle a subi et être rassurée sur son innocence… Parce que la certitude du secret lui permet de livrer ce qui lui est le plus difficile. Ce temps peut être alors, sur les encouragements du prêtre qui reçoit cette confession, une première étape dans la libération de la parole, en dehors du sacrement ».

Malgré ces déclarations, Eric de Moulins-Beaufort a assuré être à la recherche d’une alternative à la levée de ce secret. « Il faut que nous trouvions un moyen de le faire autrement », a-t-il expliqué, précisant que la Conférence des évêques de France (CEF) regarderait « de très près la recommandation de la Ciase » (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église).

Cette dernière a préconisé mardi aux autorités de l’Eglise de relayer un message clair aux confesseurs et aux fidèles, sur l’obligation du confesseur de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable. « Il ne faut pas opposer le secret de la confession aux lois de la République puisque celles-ci n’imposent pas sa levée, estime le président du CEF. Le droit canonique qui impose aux prêtres le secret de confession comme absolu et inviolable (…) n’est donc pas contraire au droit pénal français », a-t-il précisé dans un communiqué publié mercredi soir.