Commission Bronner : Oui, le professeur Guy Vallancien a bien tenu des propos controversés sur les examens gynécologiques

FAKE OFF Des propos tenus en 2015 par le professeur de médecine, nommé membre de la commission contre l'emprise des théories complotistes dans le débat public la semaine dernière, ont refait surface

A.O.
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Un service de gynécologie (illustration).
Un service de gynécologie (illustration). — SYSPEO/SIPA
  • La présence du professeur de médecine Guy Vallancien au sein de la commission chargée de lutter contre l’emprise des théories complotistes et de la désinformation dans le débat public fait polémique depuis plusieurs jours.
  • Outre certaines prises de position polémiques, une citation controversée sur les examens gynécologiques lui est attribuée sur les réseaux sociaux : « Personnellement, je pense que nous pouvons parfois utiliser le corps du patient pour s’entraîner. »
  • Guy Vallancien a bien tenu ces propos en 2015 sur l’antenne de la BBC, dans la foulée d’un scandale sur les examens intimes réalisés sur des patientes sous anesthésie dans certains hôpitaux.

Edit du vendredi 8 octobre 2021 : Le professeur Guy Vallancien a annoncé sa démission de la commission le 7 octobre, se disant victime d’une « ignoble campagne de dénigrement ».

La présence de Guy Vallancien au sein de la commission installée par Emmanuel Macron afin de lutter contre l’emprise des théories complotistes et de la désinformation dans le débat public ne passe décidément pas inaperçue.

La désignation de ce professeur de médecine fait en effet polémique pour plusieurs raisons. Accusé par la pneumologue Irène Frachon, d’avoir minimisé le « drame humain » de l’affaire Mediator, Guy Vallancien est également mentionné dans le scandale du « charnier » de l’université Paris-Descartes, dont le centre du don des corps aurait conservé des cadavres pendant des années dans des conditions déplorables.

Si la présence de Guy Vallancien – qui a en outre reçu il y a peu un blâme de l’Ordre des médecins pour un certificat médical jugé « mensonger » – a finalement été confirmée au sein de la commission par son président, le sociologue Gérald Bronner, et que le professeur dit faire l’objet de « désinformation », une citation controversée sur ses pratiques médicales lui est attribuée sur les réseaux sociaux.


A en croire ce visuel viral, il aurait affirmé sur la BBC : « Mes chefs m’ont appris à m’entraîner à pratiquer des examens rectaux et vaginaux à des personnes sous anesthésie, sans aucun consentement du patient. Nous pensions à l’époque que les patients avaient confiance dans le chirurgien, et c’était un but louable. […] Personnellement, je pense que nous pouvons parfois utiliser le corps du patient pour s’entraîner. C’est normal, c’est comme ça qu’on apprend. Doit-on avoir un formulaire de consentement, un de plus ? Pourquoi pas ? Je ne pense pas que ce soit important, mais si les gens ont besoin, nous le ferons. »

FAKE OFF

Guy Vallancien a bien tenu ces propos en octobre 2015, au cours d’une émission de la BBC – encore disponible à l'écoute – consacré à la question des violences gynécologiques. Un sujet qui s’était retrouvé, à l’époque, sur le devant de la scène médiatique, dans la foulée de la révélation d’examens vaginaux pratiqués sur des patientes endormies – notamment par des externes de Lyon-Sud.

Guy Vallancien était invité sur l’antenne de la BBC pour illustrer le point de vue des professionnels de santé jugeant cette polémique excessive. C’est dans ce contexte qu’il a tenu (en anglais, à partir de 10’04) les propos qui lui sont prêtés sur le visuel… et qui ont fait l’objet d’une réactop, immédiate de la part du journaliste en plateau (à 10’49) : « Je ne pense pas que beaucoup de gens sont d’accord avec lui. […] La plupart d’entre nous, dans cette situation, voudraient être prévenus à l’avance. »

Des propos dénoncés par la conférence des doyens de faculté de médecine

Quelques semaines plus tard, la conférence des doyens de faculté de médecine avait en outre fustigé les propos de Guy Vallancien et des autres professionnels défendant la même position.

« Nous ne saurions en aucune façon cautionner ces déclarations, totalement contraires aux principes de l’éthique que nous défendons. Quelles que soient les modalités de pratique médicale (en cabinet de consultation, en établissement de soins, au bloc opératoire…), aucun geste, examen clinique, acte de diagnostic ou de traitement, ne saurait être réalisé sans l’information et le consentement du patient, conformément à la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des patients », estimait-elle alors, comme le rapportait Le Quotidien du médecin.