Précarité : « 1.600 euros par mois après dix-huit ans » d’ancienneté… Les Français aux petits salaires manifestent

MANIFESTATIONS Des milliers de manifestants ont formé des cortèges ce mardi dans différentes grandes villes de France pour défendre les salaires, les emplois et protester contre les reformes des retraites et de l’assurance-chômage

M.F avec AFP
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Ce mardi 5 octobre 2021, à Rennes, 2 000 manifestants ont rejoint le cortège pour défendre les salaires, les emplois et protester contre les reformes des retraites et de l'assurance-chômage.
Ce mardi 5 octobre 2021, à Rennes, 2 000 manifestants ont rejoint le cortège pour défendre les salaires, les emplois et protester contre les reformes des retraites et de l'assurance-chômage. — MATHIEU PATTIER/SIPA

À l’occasion de la journée nationale d’action interprofessionnelle, les Français mécontents de leurs bas salaires sont descendus dans la rue ce mardi. De Marseille à Paris, Grenoble, Toulouse ou Bordeaux, ils ont protesté contre l’effet « désastreux » des « petites » rémunérations. « Nos salaires sont gelés », rapporte Jean Vilaca, militant CGT à l’usine Stellantis (es-PSA) de Poissy dans les Yvelines. « On a fait une enquête il y a deux ans. Les salariés estiment qu’il leur manque 400 euros », précise ce salarié de 48 ans, qui gagne « 2.000 euros net » par mois avec « trente ans d’ancienneté ». « Les salariés n’ont pour l’instant pas confiance qu’ils peuvent gagner la bataille des salaires », regrette-t-il. « Mais il suffit d’une étincelle et ça peut changer. »

Chauffeur de bus pour Transdev en Île-de-France, Djamel est en grève avec ses collègues contre la dégradation de leurs conditions de travail et la baisse de leur rémunération. « Certains d’entre nous sont en grève depuis cinq semaines », raconte-t-il, en dénonçant une politique de « mise en concurrence [qui] nous tire vers le bas ». Conséquence chez Transdev : « 3.000 à 6.000 euros » de salaire par an.

« Nous perdons sans cesse du pouvoir d’achat »

Pour Richard, 49 ans, qui travaille dans les transports publics à Grenoble, « on perd sur tout et on n’a pas d’augmentation ». « Il y a nos conditions de travail, mais aussi l’augmentation des produits de base, l’électricité, le gaz. L’inflation ne reflète pas réellement ce qui se passe » et « nous perdons sans cesse du pouvoir d’achat », s’inquiète-t-il.

Éducateur de personnes handicapées, Ahamada Adjibou est l’un des « oubliés du Ségur » de la santé. Pourtant, « on n’a jamais cessé de travailler, même pendant le confinement ». Selon ce délégué FO, « plus personne ne veut venir travailler dans l’associatif médico-social vu les petits salaires », par exemple « 1.800 euros net pour un éducateur avec dix ans d’expérience ». « Résultat, on prend des intérimaires, ce qui est désastreux pour les patients suivis qui ont besoin de continuité », s’insurge-t-il.

« Un métier de chien pour 1.600 euros par mois après dix-huit ans »

À Bordeaux, Adrien Texier, également éducateur de personnes handicapées, note « un écart de plusieurs centaines d’euros entre le secteur médico-social et le secteur hospitalier ou des Ehpad » depuis la revalorisation des salaires du Ségur, ce qui, dit-il, entraîne un exode d’animateurs et éducateurs. « Des établissements fonctionnent avec 50 % des effectifs » et « on n’a plus les moyens d’assurer l’accompagnement de personnes fragiles », alerte-t-il.

Julien Terrier, délégué CGT au CHU de Toulouse, constate « beaucoup de démissions de gens qui en ont marre ». « Certains d’entre nous, comme les gens qui s’occupent du nettoyage, une tâche essentielle actuellement, ont eu zéro augmentation, contrairement aux promesses du gouvernement », dénonce-t-il. « Les gens partent. Ils font un métier de chien pour 1.600 euros par mois après dix-huit ans d’expérience, ils craquent et changent de boulot », rapporte Laure Privat, 42 ans, agent de service hospitalier à Martigues (Bouches-du-Rhône).

Cadre, quatre ans d’ancienneté, 1.550 euros par mois avec les tickets restos

« Les élèves sont mis face à des professeurs épuisés. On est nombreux à travailler sur plusieurs établissements à la fois. À titre personnel, je fais beaucoup de route » comme « remplaçante », explique Céline Thomasson, 30 ans, professeure d’espagnol à Castelnau-Médoc (Gironde). « S’il y avait de meilleures conditions de travail, les profs ne souligneraient pas autant la demande de hausse de salaire », remarque-t-elle.

À 28 ans, Félix Rosay n’a « jamais été augmenté depuis son recrutement il y a quatre ans » comme développeur informatique pour la multinationale canadienne CGI, à Bordeaux. « En comptant les tickets-restaurants, je suis à 1.550 euros par mois », détaille-t-il. « L’image des développeurs bien payés, c’était vrai avant, mais c’est un métier de cadre de plus en plus précaire », car ce secteur « recrute énormément des personnes en reconversion, ce qui fait baisser les salaires ».

« Les fins de mois arrivent le 15 »

Retraitée de 73 ans, Jacqueline Mornet « en a marre que les fins de mois arrivent le 15 ». « J’étais infirmière. Maintenant que je suis à la retraite, c’est vraiment trop juste. » Technicien en arts du spectacle en CDI à la mairie de Bordeaux, Antoine Hacquin, 44 ans, gagne « 1.500 euros ». « À la fin du mois, il ne me reste pas grand-chose : les prix pour se loger à Bordeaux, c’est devenu hyper difficile. »

La hausse du smic, « c’est toujours appréciable, mais ce n’est pas suffisant », estime celui qui ne va « pas au restaurant, ni au cinéma ». « Que les prix de l’immobilier ou de l’énergie augmentent, c’est mondial, ce n’est pas si grave, mais il faut que le niveau de vie augmente en même temps. »