Condé-sur-Sarthe : Le profil particulièrement inquiétant du preneur d’otages de deux surveillants

PRISE D'OTAGES L’auteur de la prise d’otages, Sofiane Rasmouk, avait été condamné en appel à la réclusion criminelle à perpétuité pour des viols et une tentative de meurtre, à Colombes

Caroline Politi
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Deux surveillants ont été pris en otage à Condé-sur-Sarthe
Deux surveillants ont été pris en otage à Condé-sur-Sarthe — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

« On a évité le pire. » Le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, n’a pas caché son soulagement ce mardi après-midi après le retour au calme dans la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne. « La prise d’otage est terminée. Le détenu s’est rendu. J’apporte mon soutien aux deux surveillants victimes et je félicite chaleureusement les personnels des Éris [équipes régionales d’intervention et de sécurité] et du Raid qui ont permis ce dénouement rapide », a-t-il déclaré en début d’après-midi sur Twitter, avant de se rendre sur place. 20 Minutes fait le point sur ce que l’on sait de cette prise d’otages.

Que s’est-il passé ?

L’alerte a été donnée vers 10h15 alors que le détenu, Sofiane Rasmouk, réintégrait sa cellule. Transféré le 17 septembre dans ce centre pénitentiaire – l’un des plus sécurisés de France – l’homme a pris en otage deux surveillants, en blessant un à l’œil avec une fourchette aiguisée par ses soins.

Des négociations ont rapidement été engagées par le personnel pénitentiaire, en attendant l’arrivée des équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS). Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme tenait des revendications confuses. Peu après midi, l’une des surveillantes a été libérée « volontairement ». Son collègue, blessé, l’a été après l’intervention du Raid, le preneur d’otage ayant alors « accepté volontairement de se rendre », a indiqué le procureur de la République d’Alençon, François Coudert. Le détenu n’est pas blessé. Le surveillant, lui, a été conduit aux urgences.

Qui est le preneur d’otages ?

Sofiane Rasmouk, 33 ans, présentait un profil particulièrement inquiétant : il avait été condamné en appel, en 2017, à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, pour viol, tentative de viol et tentative de meurtre. Alors âgé de 25 ans, cet homme, décrit comme un « psychopathe » par les experts, avait violé et frappé une femme de 19 ans en août 2013 dans la rue à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, juste après avoir sauvagement agressé une autre femme, âgée elle de 31 ans, la massacrant à coups de pied et de poing, la laissant handicapée à 60 %.

Selon le procureur de la République, l’homme avait par ailleurs « déjà dans le passé été condamné pour des faits de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique dans un lieu de détention précédent ». Interrogé par l’AFP, Me Francis Terquem, un des anciens avocats de Sofiane Rasmouk, a décrit « un taureau, une bête de la nature ». « C’est quelqu’un qui est incapable de gérer la moindre frustration. Il avait essayé de me frapper pendant l’audience, il avait cassé la vitre de sécurité du box à coups de poing », , a-t-il commenté.

Pourquoi la prison de Condé-sur-Sarthe est régulièrement le théâtre d’actes violents ?

Le centre pénitentiaire de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe, ouvert en janvier 2013, a connu plusieurs incidents graves alors qu’il est l’un des plus récents et modernes de France. En mars 2019, Michaël Chiolo, avait agressé deux surveillants avec un couteau en céramique. L’assaillant, qui purgeait une peine de trente ans et s’est radicalisé en prison, s’était ensuite retranché avec sa compagne pendant près de dix heures dans l’unité de vie familiale (UVF) de l’établissement. Après des tentatives de négociations, les forces d’élite de la police avaient lancé l’assaut, blessant l’assaillant et tuant sa compagne.

Trois mois plus tard, en juin 2019, deux personnels pénitentiaires avaient été pris en otage par le « champion de la prise d’otage carcérale », Francis Dorffer et les deux surveillants étaient sortis sains et saufs. « Sur le papier, Condé est ultra-sécurisée mais les moyens annoncés ne sont pas au rendez-vous », a déclaré Joseph Rousseau, secrétaire interrégional FO. « Nous attendons une arme incapacitante, des pistolets à impulsion électrique et la direction n’est pas du tout axée sur le sécuritaire ».