Côte Atlantique : Un message d’alerte diffusé l'été en cas de fortes baïnes, sur le modèle des avalanches

PREVENTION DES NOYADES Un modèle mathématique a été mis au point par Eric Tellier, médecin urgentiste au CHU de Bordeaux, pour prévoir le risque de baïnes

Elsa Provenzano
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Juillet 2019, hélicoptère de la Sécurité civile Dragon 33, sur la plage de Soulac-sur-Mer (Gironde)
Juillet 2019, hélicoptère de la Sécurité civile Dragon 33, sur la plage de Soulac-sur-Mer (Gironde) —
  • Un dispositif d’alerte sur le risque de baïnes, ces courants marins très dangereux, va être généralisé à partir de l’été 2022 sur la façade Atlantique.
  • Il se base sur un modèle mathématique élaboré par un chercheur bordelais, Eric Tellier, médecin urgentiste au CHU.
  • Il est paramétré pour être déclenché en moyenne une dizaine de jours dans l’été, où se produiraient environ 80 % des noyades.

« Les plages de Nouvelle-Aquitaine sont marquées par des courants marins qui peuvent être dangereux. Chaque année, des nageurs sont emportés et se noient. Aujourd’hui, ces courants sont particulièrement forts et pourraient facilement vous entraîner vers le large. Pour votre sécurité, baignez vous entre les drapeaux des postes surveillés. »

C’est un message qui sera diffusé à partir de l’été 2022 via les médias, les communes concernées etc. sur toute la façade Atlantique, en cas de fortes baïnes, a annoncé ce mardi Martin Guespereau, préfet délégué pour la défense et la sécurité, à l’occasion de la présentation du bilan estival de la sécurité des loisirs nautiques. Ce dispositif d’alerte a été testé cinq jours cet été et va être généralisé la saison prochaine.

Prévenir des noyades

Sur le littoral néoaquitain, on déplore en moyenne entre 20 à 30 personnes qui se noient à cause des baïnes, selon les années. Pendant l’été 2021, ce nombre a été un peu en deçà, grâce à la météo et 13 baigneurs ont perdu la vie. « A chaque fois, aucun ne se baignait entre les drapeaux ni pendant les heures de surveillance », souligne Martin Guespereau. Cet été, les secours (123 maîtres nageurs sauveteurs appuyés par six hélicoptères) ont sauvé 1.055 baigneurs en difficulté dans l’eau.

Les côtes sableuses de Nouvelle-Aquitaine sont propices à la formation de baïnes. Des cordons de sables peuvent constituer une bassine en se refermant sur la côte « qui se remplit avec les vagues et se vide en un point, en créant un énorme courant d’arrachement vers le large, le baigneur est attiré par la baïne parce qu’elle a moins de vagues que le cordon dunaire », explique le préfet délégué pour la défense et la sécurité. Si tous les habitants de la région ne connaissent pas encore ce risque, les touristes qui viennent en nombre sur le littoral en ont encore moins conscience.

Dix jours d’alerte par an en moyenne

La thèse d’un chercheur bordelais, Eric Tellier, médecin urgentiste au CHU de Bordeaux, a attiré l’attention des autorités, jusque-là assez dépourvues dans l’exercice d’anticipation des baïnes. Il a basé son modèle avec les données recueillies entre 2011 et 2014 et il a ensuite été étayé avec celles allant jusqu’à 2018. Son rapport a été publié en 2020. « On a un début de puissance statistique et on en sait trop pour ne pas l’utiliser », commente le préfet délégué pour la défense et la sécurité.

Un comité scientifique a été formé, associant des chercheurs de Météo-France, comprenant notamment des spécialistes du risque maritime et de la vague pour mener une sorte de contre-expertise. Le modèle, également soumis aux maîtres nageurs qui connaissent bien les plages, sera affiné au fil des étés. « On a calé les paramètres pour que ce dispositif soit déclenché une dizaine de jours par an, où se produisent 80 % des noyades », précise Martin Guespereau.

D’autres pays, dont les côtes sont soumises à des risques de baïnes, se sont déjà montrés intéressés par le travail statistique d’Eric Tellier.