Pédocriminalité dans l’Eglise : « On a étouffé des affaires, compté sur le silence des victimes », admet l’évêque de Nantes

ABUS SEXUELS Monseigneur Laurent Percerou, l'évêque de Nantes, a réagi à la publication du rapport Sauvé sur la pédocriminalité dans l'Eglise

Julie Urbach
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Monseigneur Laurent Percerou, Evêque de Nantes, le 5 octobre 2021
Monseigneur Laurent Percerou, Evêque de Nantes, le 5 octobre 2021 — J. Urbach/ 20 Minutes
  • L’évêque de Nantes a tenu à adresser ses pensées aux « très nombreuses victimes », quelques heures après la parution du rapport Sauvé.
  • Dans les Pays-de-la-Loire, 71 victimes ont été recensées, mais « nous savons bien qu’il y en a beaucoup plus », réagit le référent de la cellule d’écoute.

« Je voulais d’abord exprimer ma très grande honte devant ce que nous avons entendu, et qui dépasse de loin ce que nous attendions… » Quelques heures après la publication du rapport Sauvé, fruit de deux ans et demi d’enquête sur les actes de pédocriminalité dans l’Eglise française, le ton est grave au diocèse de Nantes. L’évêque Monseigneur Laurent Percerou a tenu à se présenter en personne devant la presse ce mardi après-midi pour adresser ses pensées aux « très nombreuses victimes ». « Nous entendons leurs cris », poursuit-il, alors que 330.000 personnes auraient été abusées sexuellement dans leur enfance de la part de clercs, de religieux, ou de laïcs, selon ce rapport.

Si l’évêque regrette que « le péché de quelques-uns retombe sur tout le monde », l’homme admet une responsabilité collective. « Ces faits ont été minimisés, on a déplacé les prêtres de poste en poste quand il y avait des rumeurs… On a étouffé des affaires et compté sur le silence des victimes. Il nous faut le reconnaître aujourd’hui. » Il remet aussi en cause « l’abus de pouvoir et l’abus d’autorité qui conduit parfois les plus pervers à des abus sexuels ». Une position parfois provoquée par la façon « dont les prêtres et les évêques vivent leurs responsabilités », selon lui.

Une cellule régionale d’écoute

Mais l’Eglise n’est pas restée totalement les bras croisés ces dernières années, veut croire Monseigneur Laurent Percerou. En témoigne cette  cellule régionale d’accueil et d’écoute, mise en place dans les Pays-de-la-Loire il y a plusieurs années. Composée de six personnes, elle a récolté le témoignage de 71 victimes depuis 2016. « Nous savons bien qu’il y en a beaucoup plus. Rien qu’en Vendée, il y en a plusieurs dizaines », rapporte Jean-Louis Pilet, le référent de cette cellule qui a pour but d’orienter les victimes, sur les volets psychologique et juridique, et de signaler systématiquement les faits au procureur de la République. Au total, 65 agresseurs ont été identifiés dans la région, la grande majorité étant décédée, selon la cellule.

Des personnes qui ne pourront donc pas être jugées et apporter la réparation difficile mais nécessaire attendue aujourd’hui par les victimes. « Un forfait pour une aide psychologique pourra être décidé, donne comme première piste Monseigneur Laurent Percerou. Ce ne sera pas facile mais un appel aux dons pourra être lancé aux fidèles. Il ne s’agira pas de leur faire les poches mais de porter tous ensemble le péché de quelques-uns. »