Lyon : A la Guillotière, « c’est toujours le même bordel, c’est même de pire en pire »

QUARTIER Excédés par l’insécurité croissante de leur quartier, les collectifs de riverains de la Guillotière multiplient les appels à réagir. La mairie de Lyon et la préfecture du Rhône assurent prendre les mesures nécessaires pour résoudre une problématique ancienne

Jennifer Lesieur
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Les opérations policières sont fréquentes place Gabriel-Péri. Pas assez selon les riverains
Les opérations policières sont fréquentes place Gabriel-Péri. Pas assez selon les riverains — c. villemain / 20 minutes
  • Insécurité, insalubrité, intranquillité… Les riverains et les commerçants de la Guillotière signalent régulièrement leur exaspération.
  • Le collectif La Guillotière en colère reproche aux municipalités de ne pas réagir à ces problèmes qui s’aggravent depuis un an.
  • Mairie de Lyon et préfecture du Rhône assurent déployer les moyens nécessaires, pas seulement policiers.

Pour un peu, la colère virerait à la résignation. Mais la Guillotière, qui ne dort jamais, maintient en éveil l’exaspération de ses habitants. Le quartier est de longue date le lieu de rixes, trafics, vols et marchés sauvages. Depuis le Covid-19, la situation semble même avoir empiré, jusqu’à un blessé par balle le 16 septembre dernier.

Nathalie Balmat, présidente de La Guillotière en colère, association apolitique de riverains et de commerçants du quartier, désespère de voir ses alertes auprès des mairies rester sans réponse. « Les trois principaux sujets de l’association depuis sa création en septembre 2019, c’est insécurité, intranquillité, malpropreté. Eh bien, c’est toujours le même bordel, c’est même de pire en pire, déplore-t-elle. On a chaque jour des vols, et la saleté, l’intranquillité, le harcèlement de rue, ça ne change pas. Mais qu’on tire des coups de feu sur quelqu’un, ça ne s’était jamais vu. »

144 policiers de plus depuis avril

Le collectif pointe un manque d’effectifs policiers criant. Pourtant, 144 policiers sont arrivés en avril dernier sur la circonscription de sécurité publique de Lyon, et le ministère de l’Intérieur a annoncé 300 policiers supplémentaires sur trois ans. Cela ne convainc pas La Guillotière en colère. « Avant l’été 2020, il y avait des policiers présents place Gabriel Péri de 10 heures à 19 heures, rappelle Nathalie Balmat. « Maintenant, ils sont là de 17 heures à 19 heures, et encore… La seule nouveauté, c’est que la police municipale est embringuée avec la nationale. Il y a tous les jours une opération coup de poing : ils arrivent, embarquent des gens et repartent. Pour moi, ce n’est pas une présence policière. »

Mohamed Chihi, adjoint en charge de la sécurité à la mairie de Lyon, reconnaît « un ras-le-bol d’une situation qui donne l’impression qu’elle est figée. Nous agissons, mais ce n’est pas une problématique qui va se régler du jour au lendemain ».

Des médiateurs sociaux présents quotidiennement

Outre l’augmentation des effectifs policiers, la mairie a mis en place un protocole de sécurisation avec la préfecture et le parquet, « en travaillant autour de 3 axes : la lutte contre les rixes et le marché sauvage, la lutte contre la vente d’alcool en dehors des heures réglementées, et le renforcement de la réponse pénale contre les trafics et le port d’arme ». La mairie ajoute une approche préventive, avec des médiateurs sociaux présents quotidiennement sur les places Gabriel-Péri et Mazagran, principaux lieux de convergence des plaintes relevées dans le quartier.

« La problématique de la Guillotière est ancienne, ancrée, et ne trouvera pas toutes ses réponses sur le volet de la sécurité, rappelle-t-on à la préfecture du Rhône. Mettre des policiers en statique sur la place Gabriel-Péri, ça ne sert à rien, ça ne fera que déplacer le problème. Il faut aussi prendre en compte des faits d’urbanisme, de social, d’occupation de l’espace public. Et nous travaillons sur les commerces et les étrangers en situation irrégulière. » Restent à concilier les attentes des habitants, qui exigent des solutions rapides, et la résolution complexe de problèmes qui semblent résister au temps.