Nice : Médecin, juriste, étudiant en psycho… Qui sont les manifestants contre le pass sanitaire ?

REPORTAGE Pour certains, c’est la douzième fois qu’ils « sacrifient leur samedi » pour être présent lors du rassemblement

Elise Martin
— 
Le cortège anti-pass sanitaire et antivax ce samedi 2 octobre à Nice
Le cortège anti-pass sanitaire et antivax ce samedi 2 octobre à Nice — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Lors de la manifestation anti-pass sanitaire à Nice ce samedi, 20 Minutes est allé à la rencontre de certains militants pour comprendre leurs motivations.
  • Parmi ceux qui ont accepté de répondre, mais qui ont souhaité garder l’anonymat, il y avait une juriste, une médecin et un étudiant en psychologie à l’université de Nice.
  • Pour ces derniers, les raisons de la protestation allaient « de la protection des enfants » au refus de « ne pas avoir le choix ».

Juriste, médecin, étudiant en psychologie, « nous sommes des personnes issues de toutes les strates sociales, de tous les âges », clame une Niçoise lors du douzième week-end de manifestation contre le pass sanitaire et le vaccin contre le Covid-19. Carole*, comme toutes les personnes interrogées, préfère garder l’anonymat. Cette femme, qui a entre 30 et 40 ans, est juriste. Si elle est présente chaque samedi, c’est « parce que le vaccin est criminel et qu’on nous l’impose alors qu’il n’est qu’en phase expérimentale », affirme-t-elle. Une affirmation récurrente chez les « antivax » mais qui renvoie en réalité à la traditionnelle phase de pharmacovigilance mise en place pour tout médicament.

Le « déclic de sa révolte », c’est l’entrée en vigueur du pass sanitaire chez les mineurs. « On ne doit pas toucher pas aux enfants ! »​, s’indigne Carole. Un « pôle juridique », dont elle fait partie, s’est formé au sein du groupe azuréen des opposants au pass sanitaire. Elle explique « recevoir des dizaines d’e-mails où des personnes souhaitent porter plainte contre leur conjoint ou conjointe pour avoir fait vacciner leurs enfants sans leur consentement ». Elle réclame des « meilleures réponses sur les réelles chances de développer des formes graves du coronavirus en tant qu’enfant ou jeune. »

Les manifestants anti-pass sanitaire et antivax sont passés devant la permanence de Christian Estrosi, à Nice, ce samedi 2 octobre
Les manifestants anti-pass sanitaire et antivax sont passés devant la permanence de Christian Estrosi, à Nice, ce samedi 2 octobre - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Mais ce jour-là, la Niçoise fait surtout partie des « street medics » – ou « secouristes de rue », en français –, ces militants qui fournissent les premiers secours en manifestation. A ses côtés, un étudiant en psychologie. Luc* avoue être « le seul jeune aux manifestations de ce type ». Même s’il est là pour « soigner et aider les gens » et qu’il assure être là « sans revendication particulière », il profite de la marche pour coller quelques stickers avec des slogans contre les mesures sanitaires parce qu’il est « avant tout humain ». « A la fac, quand je discute avec les autres, ils me disent avoir besoin du pass pour voyager ou sortir. Ils se sentent moins concernés parce que, s’ils tombent malades du Covid-19, ils ont moins de risque de mourir, alors ils acceptent tout. Ils ne se rendent pas compte ! »

L’incohérence des lois comme déclencheur de ralliement

« Ils n’ont pas conscience ! », s’exclame une médecin qui « a déjà fait une longue carrière dans le domaine » en parlant de la « jeune génération ». Maria* n’avait jamais fait de manifestation dans sa vie auparavant. « En tant que médecin, ça me touche directement. Le pass sanitaire va à l’encontre de toutes les libertés. Je suis dans le respect de chacun, chacun fait ce qu’il veut, mais moi je veux pouvoir faire de même. » Elle ajoute : « Si je dois arrêter mon métier, je le ferai. Mais c’est hors de question que je me fasse vacciner. » D’ici le 15 octobre, l’ensemble des soignants devront justifier d'un schéma vaccinal complet.

Une autre manifestante explique, autour d’affiches qui conseillent « de ne pas faire confiance aux médias », que l’incohérence des lois a été le déclencheur de son ralliement aux manifestations. Nadia* « sacrifierait tous ses samedis pour la bonne cause » et conseille à « tous les individus de faire la même chose ». « Tant qu’il le faudra, tant qu’il n’y aura pas l’arrêt de l’obligation du pass sanitaire, je serai là. » Elle estime que « c’est nécessaire pour résister et informer ». Pour ça, Nadia s’en remet à « des scientifiques qui font des études dans des médias alternatifs » et pas « aux chaînes de propagande ».

Elle ajoute : « J’ai eu le Covid-19 et je n’ai rien eu. Même si je suis contrainte dans les activités que je veux faire, je ne me ferai pas vacciner ». Mère de trois enfants, « ils sont tous complètement d’accord avec moi et boycottent les restaurants, les bars et tous les événements où il est nécessaire d’avoir le pass. Ce sont des jeunes éveillés », sourit-elle fièrement. Elle sera donc au « rendez-vous la semaine prochaine », derrière sa table pour distribuer ses flyers.

*Le prénom a été modifié