Suicide : Au lancement du 3114, numéro de prévention et d’intervention, des appels déjà nombreux

SANTE MENTALE Disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, le 3114 est dédié aux personnes ayant des idées suicidaires mais aussi à leurs proches et à celles endeuillées par un suicide

20 Minutes avec AFP
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Suicide : Au cœur du centre de prévention et d'intervention à Lille — 20 Minutes

« Je suis quand même très inquiète pour vous. » « Votre psychiatre s’appelle comment ? » « A nous deux, on va y arriver. » Casques sur les oreilles, quatre « répondantes » réceptionnent les appels reçus au 3114. A peine mis en service, vendredi à 9 heures, le numéro national de prévention du suicide, lancé depuis Lille, a reçu ses premiers appels.

Disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, ce nouveau numéro gratuit est dédié aux personnes ayant des idées suicidaires mais aussi à leurs proches et à celles endeuillées par un suicide.

Un centre dans chaque région d’ici 2022

Le projet est coordonné depuis le CHU de Lille. « On a déjà 10 à 15 appels », constate vers 11 heures le docteur Pierre Grandgenevre, psychiatre chargé de former les « répondants », qui seront à terme 300 à l’échelle nationale. Des centres similaires ont ouvert dans plusieurs régions vendredi. Chaque région devrait avoir le sien début 2022.

La stratégie nationale de prévention du suicide a pour objectif d'« arriver à une cassure de la courbe des décès par suicide », explique le professeur Pierre Thomas, chef du pôle psychiatrie du CHU de Lille et coordinateur national du projet. « Ce sont des décès évitables », insiste-t-il.

Une logique d’intervention et d’action

Le nouveau numéro vient compléter des dispositifs antérieurs, comme VigilanS, créé en 2015, qui suit les personnes ayant fait une tentative de suicide. Par rapport aux autres lignes d’écoute, souvent bénévoles, celle-ci « a davantage une logique d’intervention et d’action, notamment dans le secours grâce à une collaboration très étroite avec le Samu », explique le psychiatre.

Les personnes qui appellent peuvent rester anonymes si elles le souhaitent mais « puisqu’il s’agit d’avoir des actions d’accompagnement concret, on s’efforcera de lever l’anonymat ».

« Tout était prêt, elle savait où, quand et comment (passer à l’acte) »

Le lancement de cette ligne intervient quelques jours après les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie, au cours desquelles le président Emmanuel Macron a annoncé des mesures pour un secteur qui s’était dit « au bord de l’implosion », sans en satisfaire complètement les acteurs.

Dès la première matinée du 3114, Nancy Roque, infirmière formée comme « répondante », a reçu l’appel très lourd d’une dame « en détresse ». « Tout était prêt, elle savait où, quand, comment (passer à l’acte) », explique la soignante. « Ce n’est pas facile parce que les gens ont du mal à nous donner les informations comme leur adresse. Et on n’a pas le physique, seulement les intonations de la voix, les mots qu’on utilise, pour les garder en ligne, en sécurité, et en même temps trouver une solution pour la prise en charge ». Les répondants, infirmiers ou psychologues, peuvent travailler en doublon pour les appels particulièrement compliqués.

Bientôt un service de tchat

« On est vraiment heureux de l’arrivée de ce dispositif parce que c’était une des pierres manquantes », se réjouit Patrick Goldstein, le patron du Samu du Nord, qui accueille ce nouveau service dans ses locaux. « Aujourd’hui arrivent dans les Samu beaucoup d’appels de ce type-là : "Je vais passer à l’acte", "j’ai des idées noires". Et on ne sait pas faire. C’est un métier et on n’a pas le temps. Ce qu’on veut, c’est ne pas intervenir : quand on intervient (…) c’est qu’on a manqué quelque chose », explique-t-il.

En 2022, le 3114 devrait s’enrichir d’un service de « chat ». Ses créateurs veulent aussi le rendre accessible aux personnes en situation de handicap et aux détenus, en incluant ce numéro parmi ceux autorisés à l’intérieur des prisons.

Avec environ 9.000 suicides par an, la France présente « un des taux les plus élevés d’Europe », selon Santé Publique France.