Pédocriminalité dans l'Eglise : Le très attendu rapport Sauvé bientôt dévoilé

ENQUETE La tonalité du rapport mené par Jean-Marc Sauvé s’annonce dure contre l’Eglise française

20 Minutes avec AFP
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Jean-Marc Sauvé est le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase).
Jean-Marc Sauvé est le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase). — JOEL SAGET / AFP

Combien de victimes, combien de prédateurs ? Comment l’institution s’est-elle comportée ? Quelles leçons faut-il en tirer ? Une commission indépendante rendra, le 5 octobre, son verdict, inédit et très attendu, sur la pédocriminalité dans l’Eglise catholique de France. Un « rapport général » de plus de 300 pages, un abondant recueil de verbatims de victimes, des annexes fournies : c’est une somme de plus de 1.300 pages que s’apprête à remettre la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) depuis 1950, présidée par Jean-Marc Sauvé, conclusion de deux ans et demi de travaux.

Elle sera publiquement remise à la Conférence des évêques de France (CEF) et à la Conférence des religieuses et religieux des instituts et congrégations (Corref), qui la lui avaient commandée. La tonalité du rapport s’annonce sévère. « Il ne va pas être complaisant », assure le sociologue Philippe Portier, un des membres de la Ciase, qui promet des « recommandations très exigeantes ». Ça va « taper fort », anticipe un autre membre. « Il va se passer quelque chose qui marquera l’histoire de l’Eglise », prédit lui aussi François Devaux, cofondateur de l’association de victimes La parole libérée, aujourd’hui dissoute.

Une plongée dans les archives

Le rapport va d’abord faire un état des lieux quantitatif du phénomène. Lors d’un point d’étape en mars, Jean-Marc Sauvé avait estimé à « au moins 10.000 » le nombre de victimes d’agressions sexuelles commises par des clercs sur des mineurs ou des personnes majeures vulnérables (en situation d’emprise spirituelle ou victimes d’abus d’autorité…) depuis 1950. Ce chiffre « va être fortement revu à la hausse » dans les conclusions finales, selon une source proche du dossier. La Ciase comparera en outre la prévalence des violences sexuelles dans l’Eglise à celle identifiée dans d’autres institutions (associations sportives, école…) et dans le cercle familial.

Poids du cléricalisme ? Omerta sur ces phénomènes d’emprise ? La commission, qui a aussi creusé les archives, évaluera par ailleurs les « mécanismes, notamment institutionnels et culturels » qui ont pu favoriser la pédocriminalité. Le diagnostic fait, la Commission doit énumérer une quarantaine de préconisations, afin que l’Eglise catholique soit « sûre ». Pour ses travaux, la Ciase a fait de la parole et du vécu des victimes « la matrice de son travail », selon Jean-Marc Sauvé. D’abord avec un appel à témoignages ouvert dix-sept mois, qui a recueilli 6.500 appels de victimes ou de proches. Puis en procédant à quelque 250 auditions longues ou entretiens de recherche.

« Ce sont des écrits qui vont rester et on ne pourra plus dire que ce n’était pas vrai »

« Pour beaucoup de victimes, notre rôle c’était de publier ce qu’a été leur vie gâchée, leur vie empêchée, parfois de parler de copains qui se sont suicidés », explique le magistrat Antoine Garapon, membre de la Ciase. « Ce sont des écrits qui vont rester et on ne pourra plus dire que ce n’était pas vrai », se félicite Eric Boone, victime d’un frère dominicain quand il était adolescent. Une fois le rapport publié, quelles suites l’Eglise lui donnera-t-elle ? 

L’épiscopat a pris les devants en promettant non pas des réparations mais des « contributions » financières, versées aux victimes à partir de 2022, dont les montants restent à préciser. « Le rapport va être un travail très utile. Mais quel pouvoir contraignant aura-t-il ? », interroge Stéphane Joulain, prêtre et psychothérapeute, qui sensibilise sur la pédocriminalité dans les séminaires. Les premières réponses de la CEF et de la Corref sont attendues en novembre, à l’occasion de leurs assemblées générales.