Peine de mort : Le docu « Vraies gueules d’assassins » retrace l’histoire de son abolition

40 ANS L’Ordre des avocats de Lille a produit lui-même un documentaire de 90 minutes pour célébrer le 40e anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France

Gilles Durand
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L'ancien avocat et garde des Sceaux, Robert Badinter, qui a permis l'abolition de la peine de mort en France, le 30 septembre 1981.
L'ancien avocat et garde des Sceaux, Robert Badinter, qui a permis l'abolition de la peine de mort en France, le 30 septembre 1981. — Capture d'ecran
  • A l’occasion du 40e anniversaire de l’abolition de la peine de mort, un documentaire atypique de 90 minutes a été produit par l’Ordre des avocats de Lille.
  • En attendant une diffusion nationale, plusieurs projections sont prévues au sein de collèges dans la métropole de Lille.
  • Le film retrace l’histoire du combat contre la peine de mort à travers de nombreux témoignages, dont celui de l’ancien président François Hollande.

« C’était fini. Fini, c’est un joli mot quand il s’agit de la peine de mort », lance Robert Badinter. Devant la caméra, l’ancien garde des Sceaux esquisse un sourire. Le 30 septembre 1981, le Sénat venait de voter l’abolition du châtiment suprême par 161 votes pour et 126 contre. Pour le célèbre avocat, le combat d’une vie connaissait son épilogue.

« Il était 12h20 » se souvient Robert Badinter qui raconte cette journée dans un documentaire atypique de 90 minutes, Vraies gueules d’assassins, produit par l’Ordre des avocats de Lille. « Quand nous avons proposé ce sujet à des producteurs en début d’année, tous nous ont dit que c’était trop tard pour coller avec les 40 ans de l’abolition de la peine de mort, qui tombe ce jeudi », explique la bâtonnière de Lille et initiatrice du projet, Me Marie-Christine Dutat.

L’histoire du combat contre la guillotine

C’est donc le barreau de Lille qui a réuni les fonds de quelques partenaires pour financer le tournage. La fille d’un avocat lillois, Alexia Hanicotte, s’est alors chargée de la réalisation. « A titre gracieux », souligne Me Dutat. Et le résultat est assez bluffant, grâce, notamment, à de belles idées de mise en scène et à un montage efficace.

A travers de nombreux témoignages, notamment de l’ancien président François Hollande ou d’avocats généraux qui ont plaidé la peine de mort, le film s’infiltre brillamment dans l’histoire de la guillotine. Il retrace des affaires célèbres, comme celle du tueur d’enfant, Patrick Henry. « La France a peur », commentait alors le journaliste de télé, Roger Gicquel. Avant de conclure, « c’est un sentiment qu’il faut combattre. »

Ce documentaire commence par un autre meurtre d’enfant qui s’est télescopé avec l’affaire Patrick Henry : celui de la petite Cathy par Jérôme Carrein, près de Douai. L’assassin sera l’avant-dernier condamné à mort exécuté en France, en 1977. Le verdict des assises du Nord avait été applaudi par la salle.

« Les mentalités n’avaient pas changé depuis 40 ans »

« J’ai voulu monter un événement quand j’ai vu passer, l’an dernier un sondage montrant que 55 % des Français étaient favorables au rétablissement de la peine de mort. Cela signifiait que les mentalités n’avaient pas changé depuis 40 ans », indique Marie-Christine Dutat à 20 Minutes.

L’idée du documentaire ne s’est pas imposée de suite. « Au début, je pensais à une expo photos ou un court-métrage », glisse-t-elle. Ce sera finalement ce documentaire foisonnant qui milite pour l’abolition universelle en affichant une parole rare : celle des victimes qui refusent la vengeance.

Une diffusion sur Netflix ?

Pour l’instant, aucune chaîne de télévision n’a montré d’intérêt pour une éventuelle diffusion. « Seul Netflix est sur les rangs », indique Marie-Christine Dutat. Dommage, car le propos mérite d’enrichir un débat qui est loin d’être clos. La diffusion se fera donc via des réseaux alternatifs.

Des conventions sont en cours avec d’autres barreaux pour organiser une diffusion la plus large possible dans toute la France, via le réseau des avocats. En attendant, quatre villes partenaires (Lille, Villeneuve-d’Ascq, Marcq-en-Barœul et Faches-Thumesnil) vont proposer des retransmissions publiques, notamment dans les collèges.