Rentrée 2021 : Pourquoi la précarité étudiante est encore une réalité en ce début d’année universitaire

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR La reprise économique n’a pas mis fin aux problèmes financiers de certains étudiants, qui ont du mal à se loger et parfois à se nourrir

Delphine Bancaud
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Beaucoup d'étudiants sont dans une situation précaire à cette rentrée.
Beaucoup d'étudiants sont dans une situation précaire à cette rentrée. — pixabay
  • La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a tenu sa conférence de presse de rentrée ce jeudi. 
  • La précarité étudiante et la politique sociale du ministère de l’Enseignement supérieur y ont été abordées, car les organisations étudiantes alertent sur la situation financière délicate de nombreux jeunes.
  • Elles réclament notamment une réforme des bourses, promise par le gouvernement mais toujours pas mise en place.

Les effets de la crise sanitaire ne sont pas derrière eux. Au plus fort de la pandémie, les images des étudiants dans les distributions alimentaires avaient marqué les esprits. Si l’activité économique a repris ces derniers mois en France, la situation financière de nombreux étudiants, elle, ne s’est pas améliorée, comme l’observe Dominique Laureau, porte-parole de l’association Linkee, qui organise des distributions alimentaires pour les étudiants : « Nous disposons de 20 lieux de distributions dans toute l’Ile-de-France et nous offrons entre 150.000 et 200.000 repas aux étudiants chaque mois. Mais cela ne suffit pas, car depuis la rentrée, nous avons plus de demandes qu’en juin. Nous allons donc ouvrir de nouveaux lieux de distribution bientôt ».

Même constat fait par Paul Mayaux, président de la Fage : « Nous enregistrons une plus forte demande d’inscriptions d’étudiants désireux de bénéficier de nos épiceries solidaires à cette rentrée. Exemple à Valenciennes : l’épicerie solidaire enregistrait une centaine de bénéficiaires avant la crise sanitaire. A cette rentrée, elle doit répondre à 500 demandes d’inscriptions ». Ce sujet de la précarité étudiante a d’ailleurs été évoqué ce jeudi lors de la conférence de presse de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. La ministre a rappelé notamment que les bourses avaient été revalorisées de 1 % cette année, que le fond d’aides d’urgence avait été renforcé, que les frais d’inscription et les loyers des logements du Crous avaient été gelés…

Moins de revenus et d’aides familiales

Plusieurs facteurs expliquent les finances peu florissantes de nombreux étudiants. D’abord, la solidarité familiale joue moins le rôle de rempart qu’avant la crise sanitaire : « Beaucoup de parents ont subi des pertes de revenus depuis la crise du Covid-19 et peuvent moins aider leurs enfants », confirme Paul Mayaux.

Et même si la source de jobs étudiants, qui s’était totalement tarie au plus fort de la crise sanitaire, coule à nouveau, elle n’est pas suffisante, observe Dominique Laureau : « Il y a, par exemple, moins d’offres de baby-sitting ou de soutien scolaire qu’avant, car les parents télétravaillent davantage. Par ailleurs, beaucoup d’étudiants ont accumulé des dettes de depuis deux ans car ils ne trouvaient pas de job ».

Pas assez de logements étudiants

Les premières victimes de cette précarité étudiante sont « les jeunes de la classe moyenne inférieure, ceux qui n’ont pas droit aux bourses », souligne Mélanie Luce, présidente de l’Unef. D’autant que l’extension du dispositif des repas à 1 euro aux étudiants non boursiers, décidée en janvier 2021, est supprimée à cette rentrée. « Cela participe au fait que le coût de la vie étudiante va augmenter de 2,5 % cette année par rapport à 2020 », indique Mélanie Luce. L’Unef a d’ailleurs lancé une pétition en juillet pour réclamer le retour de ce repas à 1 euro pour tous les étudiants non boursiers. « Elle a déjà recueilli 23.000 signatures », poursuit la présidente du syndicat étudiant.

Dans de nombreuses villes universitaires, les loyers ont encore augmenté et les étudiants ont du mal à se loger. « Le coût moyen d’un logement est de 500 euros par mois en région et de 674 euros en Ile-de-France », indique Paul Mayaux. Et les places en résidences universitaires sont encore trop rares, selon lui : « Il y a 700.000 étudiants boursiers et seulement 175.000 logements Crous. Et la demande a encore progressé avec la hausse démographique des étudiants », poursuit-il. Mélanie Luce déplore aussi ce manque de places en résidence universitaire : « Pour l’heure, 40.000 logements étudiants ont été construits, alors que le gouvernement en avait promis 60.000 sur le quinquennat ».

La réforme des bourses toujours pas engagée

Quant aux bourses, les organisations étudiantes sont unanimes : leur montant n’est pas suffisant et elles ne bénéficient pas à suffisamment d’étudiants. Même si le ministère de l’Enseignement les a revalorisées de 1 % cette année et a gelé les frais d’inscriptions. « Jean Castex avait promis une réforme des bourses pour septembre 2021, mais elle n’a pas eu lieu. Il faut rappeler que 74 % des étudiants n’y ont pas accès. Idem pour l’aide d’urgence de 150 euros promise aux étudiants précaires en janvier dernier, qui n’a jamais été versée », fustige Mélanie Luce.

« Il faut aussi mettre en place un guichet unique pour éviter le non-recours aux aides sociales, qui est un fléau. Le gouvernement a augmenté les aides d’urgences pendant la crise sanitaire, mais beaucoup d’étudiants ne les demandent pas, car ils ne savent pas qu’elles existent », recommande Paul Mayaux. La Fage prône aussi la mise en place d’une allocation de rentrée étudiante (ARE) d’un montant de 275 euros. Des revendications qui devraient imposer la politique sociale étudiante comme un sujet de fin de quinquennat pour le gouvernement, et comme un thème de campagne pour les candidats à la présidentielle.