Rennes : Les Marie Rose tatouent pour cacher ou réparer les blessures de la vie

SOLIDARITE L’association rennaise propose un accompagnement post-traumatique par le biais du tatouage

Jérôme Gicquel
— 
Dans son salon solidaire, Marie Charuel pratique le tatouage thérapeutique.
Dans son salon solidaire, Marie Charuel pratique le tatouage thérapeutique. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • A Rennes, l’association Les Marie Rose pratique le tatouage thérapeutique.
  • La démarche permet à des personnes ayant vécu un traumatisme de se reconstruire en se réappropriant leur corps.
  • A l’étroit dans leur salon, les Marie Rose cherchent à déménager pour proposer un accompagnement post-traumatique global.

Quand elles se sont croisées pour la première fois, l’une sortait tout juste d’un cancer du sein quand l’autre suivait une formation pour devenir tatoueuse. De cette rencontre est née l’association Les Marie Rose, cofondée à l’été 2019 à Rennes par Marie Disserbo et Marie Charuel.

« Notre volonté de départ était de créer un lieu d’accompagnement post-traumatique pour des personnes touchées par un cancer du sein », souligne Marie Charuel, la tatoueuse du binôme. Mais très rapidement, le public de leur salon (lire encadré), installé rue Jean-Marie Duhamel tout près de la gare, s’est élargi. « On ne se voyait pas refuser des personnes ayant d’autres maladies graves », assure-t-elle.

Spécialisée dans le tatouage thérapeutique, Marie Charuel soigne ainsi tous les corps et les âmes meurtris. Pour ces personnes ayant vécu un traumatisme, physique ou psychique, ou subi des violences sexuelles ou conjugales, le tatouage représente bien plus qu’un dessin gravé sur la peau. « C’est une étape importante pour elles dans le chemin de la guérison, une forme de catharsis, souligne la tatoueuse. C’est une façon pour elles de se réapproprier leur corps, de s’affirmer et de retrouver confiance. »

Un tatouage pour faire le deuil

Quand certaines choisissent de recouvrir leurs cicatrices ou de les détourer, d’autres gravent dans leur chair le souvenir d’un être cher. C’est le cas de Sandrine qui a perdu au printemps son petit frère qui s’est suicidé. « On avait onze ans d’écart mais c’était mon ami et mon confident », raconte-t-elle. Pas très branchée tatouage, elle n’a pourtant pas mis bien longtemps à se décider. « C’était une évidence, il fallait qu’il soit ancré en moi afin qu’il m’accompagne pour le reste de la vie », souligne Marie.

Ancienne collègue de travail de Marie, c’est tout naturellement vers elle qu’elle s’est tournée pour se faire tatouer. « Je ne voulais pas aller dans un salon classique, indique-t-elle. J’avais besoin d’une personne bienveillante et à l’écoute pour m’accompagner dans cette démarche ».

Depuis juin, Sandrine arbore ainsi sur son bras gauche une montgolfière en souvenir de son frère qui aimait tant voyager. « Je le vois à travers ce dessin, il m’accompagne dans les bons comme les mauvais moments et cela me remplit de joie », assure-t-elle. Thérapeutique, la démarche des Marie Rose se veut aussi solidaire. Pour chaque tatouage réalisé, 10 % du prix est reversé dans un pot commun afin de financer des tatouages thérapeutiques pour des personnes n’en ayant pas les moyens.

Les Marie Rose cherchent un nouveau local

A l’étroit dans leur salon, les Marie Rose veulent déménager dans un local plus grand. Dans ce tiers-lieu, l’association souhaite proposer un accompagnement post-traumatique global en accueillant divers praticiens comme des sophrologues, des psychologues, des sexologues ou des diététiciens. Pour les aider dans leur démarche, les Marie Rose ont lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Helloasso. L’argent récolté leur servira à financer les travaux et à aménager ce nouveau lieu.