Villes à 30 km/h : Un an après, les résultats ne sautent pas aux yeux à Nantes et à Rennes

CIRCULATION Les villes de Rennes et Nantes ont étendu il y a un an la limitation à 30 km/h. Malgré la difficulté de l’évaluation en période Covid, l’abaissement réel de la vitesse semble peu spectaculaire

Camille Allain et Frédéric Brenon
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La zone limitée à 30 km/h est largement étendue à Nantes.
La zone limitée à 30 km/h est largement étendue à Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • A Nantes, 80 % de la voirie interdit de dépasser les 30 km/h. A Rennes, 75 % des rues sont concernées.
  • Un an après, les mairies peinent à évaluer les bénéfices de la mesure. Les piétons et cyclistes interrogés, eux, semblent convaincus que la limitation à 30 km/h n’est pas respectée.

C’était l’un des sujets incontournables du mois de septembre : le passage effectif ou annoncé de plusieurs grandes villes (Paris, Montpellier Bordeaux, Lyon, Toulouse…) à la limitation de vitesse généralisée à 30 km/h. La mesure, motivée par le besoin de renforcer la sécurité routière, de diminuer le bruit ou de réduire la pollution atmosphérique, cristallise à chaque fois des débats passionnés entre usagers sur sa pertinence réelle. Difficile d’y voir clair sans choisir son camp. Mais quel est le bilan dans les villes ayant un temps d’avance ? A Nantes et à Rennes, la zone 30 a ainsi été largement étendue il y a pile un an. Près de 80 % de la voirie est concernée par la mesure, affichée par de nouveaux panneaux et un marquage au sol. Pour autant, l’abaissement de la vitesse est-il respecté ?

Les municipalités sont les mieux placées pour répondre à cette question, sauf que la crise sanitaire a modifié les habitudes de déplacements en 2020 et 2021. « Les comparaisons avant-après ne sont pas probantes, voilà pourquoi nous n’avons pas d’évaluation statistique », regrette Bassem Asseh, premier adjoint au maire de Nantes. « L’évaluation du dispositif est en cours », indique-t-on pour les mêmes raisons à la mairie de Rennes, laquelle ajoute que « plusieurs zones sont en cours de transformation ». A Grenoble, ville pionnière sur la généralisation des 30 km/h, l’évaluation avait duré trois ans. Pour aller plus loin, le premier adjoint au maire de Nantes confie toutefois que les retours des administrés depuis un an sont « globalement positifs ». « Nous sommes persuadés d’être dans le vrai sur la sécurité, ajoute-t-il. On l’avait déjà testé précédemment sur des zones pilotes, les citoyens et commerçants nous avaient dit que ça fonctionnait. »

« Je ne vois aucune différence »

Quand on interroge directement les habitants des rues concernés, en revanche, les avis sont moins enthousiastes. A la sortie de l’école Lamoricière, quartier Canclaux à Nantes, la plupart des parents sollicités voient d’un bon œil la limitation de vitesse mais ont le « sentiment que ça roule aussi vite qu’avant ». « On devrait se sentir rassuré quand on traverse avec les enfants mais, non, on ne l’est pas davantage », s’alarme Emeline.

Une nouvelle zone limitée à 30 km/h à Nantes.
Une nouvelle zone limitée à 30 km/h à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

Même ressenti un peu plus loin, quartier Procé. « Franchement, il y a beau avoir un gros 30 peint au sol, je ne vois aucune différence. Ce sont des petites rues et les conducteurs poussent allègrement au-delà du 50 km/h », estime Franck. Quant au bruit de la circulation, « je ne connais aucun voisin qui trouverait que ça s’est amélioré », ajoute ce riverain. L’association de cyclistes nantais Place au vélo se montre plus sévère encore. « La ville 30 était une excellente idée mais, malheureusement, ce n’est pour l’instant qu’un effet d’affichage, déplore Annie-Claude Thiolat, la présidente. La limitation de vitesse n’est absolument pas respectée. Nos adhérents sont unanimes. Il faudrait de véritables opérations de contrôles pour que ça marche. »

« Il ne suffit pas de mettre des panneaux, il faut adapter la rue »

A y regarder de plus près, la police municipale nantaise a relevé sur les six premiers mois de l’année 2021 autant de verbalisations pour excès de vitesse que sur les douze mois de 2020. « C’est comme si c’était multiplié par deux. Mais n’oublions pas qu’en 2020 on avait eu deux confinements », pondère Bassem Asseh. Le premier adjoint au maire de Nantes précise avoir « surtout fait le choix de la pédagogie pour la première année ».

« Quand on réduit la vitesse, il ne suffit pas de mettre des panneaux, insiste Florian Le Villain, vice-président de l’association de cyclistes rennais Rayons d’Action​. Il faut adapter la rue en plantant des arbres, créer une ambiance et essayer de désaxer la circulation pour obliger les automobilistes à ralentir. On voit encore trop de routes qui sont refaites à 30 mais qui restent trop routières. Une rue, ce n’est pas que de la mobilité. C’est aussi une ambiance, un lieu de jeu pour les enfants… »

De son côté, l’Automobile club de l’ouest (ACO) ne remonte pas de « retour significatif des automobilistes » sur la vitesse, si ce n’est « les nombreux travaux et la reprise des embouteillages qui obligent déjà à rouler au ralenti ». L’association s’inquiète toutefois d’un possible « effet pervers de l’abaissement de vitesse » qui se traduirait par un renforcement des mauvais comportements de vélos ou de trottinettes. « Ils coupent les sens interdits, les stops, les feux rouges… C’est un danger », considère Emmanuel Danais, délégué de l’ACO. « Bien sûr, il y a une marge de progression, conclut l’élu nantais Bassem Asseh. L’adaptation va se faire progressivement. Partager l’espace public est une nécessité. Ça va rentrer dans les mœurs partout en France et en Europe. »