Lyon : L’atelier vélo solidaire Bric à Bike connaît déjà un beau succès

SOLIDAIRE Ouvert cet été, l’atelier vélo du Foyer Notre-Dame des sans-abri est aussi un atelier d’insertion professionnelle

Jennifer Lesieur
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Les encadrants et employés en insertion du Bric à Bike dans leur nouvel atelier rue de Gerland.
Les encadrants et employés en insertion du Bric à Bike dans leur nouvel atelier rue de Gerland. — Sébastien Guth / FNDSA
  • Le Foyer Notre-dame des sans-abri a ouvert un nouvel atelier de vente et de réparation, le Bric à Bike, au 17, rue de Gerland (Lyon 7).
  • Cet atelier forme des personnes précaires à la réparation et à la vente de vélos d'occasion pour les aider à retrouver un emploi durable.
  • Le Bric à Bike connaît déjà un beau succès auprès de particuliers, d'entreprises et de collectivités.

Des roues, des pneus, des fourches, des clés à molette et un personnel tout sourire prêt à redresser les guidons tordus… Le Bric à Bike reflète une joyeuse envie de bricoler des vélos. Ce nouvel atelier-vente du 17, rue de Gerland est une initiative du Foyer Notre-Dame des sans-abri, qui œuvre depuis 70 ans à combattre la précarité. « Nous proposons des solutions d’accueil et d’hébergement, d’accompagnement social et d’insertion professionnelle », détaille Dominique Delmas, président de l’association, pour qui « l’insertion transmet les codes du monde du travail, retisse un lien social souvent cassé, encourage la confiance en soi, permet des ressources financières ». Le Bric à Bike en est l’outil parfait.

Seize personnes en insertion professionnelle

Cet atelier solidaire emploie quatre salariés en insertion professionnelle, sous contrat à durée déterminée, et 12 stagiaires AVA, en contrat d’Adaptation à la Vie Active, qui travaillent 12 à 15 heures par semaine et touchent la moitié du smic. « L’objectif est de leur apprendre la mécanique des vélos, la vente, la gestion du stock, tout ce qui pourra leur servir pour trouver un métier plus tard », explique Flora Sporer, encadrante technique d’insertion.

En 2016, un premier atelier vélo avait ouvert rue Chalopin, mais il va être remplacé par un projet immobilier. Ces nouveaux locaux, plus grands, mieux équipés, sont aussi plus professionnalisants : « Pour les réparations, ce sont les mécaniciens qui font les devis, qui assurent le suivi et encaissent. Ici, les personnes en insertion apprennent vraiment le métier de vendeur mécanicien cycles. »

Tous les vélos vendus ici sont d’occasion, réparés ou montés à partir de pièces de récupération. Prix moyen : 80 euros. « On marge peu à ce prix-là ! » concède Vincent Chevallier, responsable de l’Artillerie, le site qui trie et revalorise les objets donnés à l’association. « Mais ça fait partie de la philosophie du Foyer, d’équiper les gens à prix raisonnable, avec des coûts de réparation 30 % moins chers que dans un atelier de réparation classique. » Ces revenus permettent de financer les actions sociales de l’association. « On aimerait sortir d’une logique de dépendance vis-à-vis de subventions, et si à terme on peut faire tourner la boutique et la développer davantage, on sera ravis. »

Apprendre un métier en plein essor

Ravie, Seda l’est déjà. Cette ancienne militaire arménienne de 41 ans est arrivée en France en 2015 avec son fils, sans pouvoir trouver de travail faute de permis. Jusqu’à ce qu’elle arrive à Notre-Dame des sans-abri où elle est en contrat d’insertion à l’atelier. « Je suis très contente d’être ici car j’adore la mécanique ! », se réjouit-elle. « En 11 mois, j’ai appris à démonter, à réparer, à remonter n’importe quel vélo. Les électriques aussi, même si c’est plus compliqué, il faut connaître tout le câblage. »

Les tâches tournent pour apprendre un peu de tout : Charkane, jeune salarié de l’atelier, est chargé du tripoteur en ce moment. « Avec ça, je pars collecter des dons auprès de boutiques ou de particuliers, avec un système d’échange de caisses. Une fois remplies de petits objets, je les transporte sur le site de l’Artillerie pour qu’ils soient triés et réutilisés. Ça m’apprend aussi le métier de livreur, de collecteur… »

L’enthousiasme des équipes et le bouche-à-oreille ont lancé les mécanos du Bric à Bike avec succès, sur un secteur à forte demande. Des entreprises les ont déjà contactés pour leur confier leur flotte de cycles, et ils ont remporté un appel d’offres de la métropole, consistant à prêter 10.000 vélos à des jeunes en difficulté. Une belle reconnaissance pour un atelier qui « lie les éléments vertueux », selon Laurent Barraud, directeur de l’insertion professionnelle : « Les collectes, la seconde main sont destinées à être revendues au profit des missions menées par le Foyer, dans une dynamique qui concilie l’environnement et l’emploi. » Et à voir la fierté de Seda et la motivation de Charkane, il n’y a pas que les vélos que le Bric à Bike revalorise.