Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes : Un an après, les habitants de Breil-sur-Roya attendent toujours « le renouveau »

INTEMPERIES Depuis le 2 octobre 2020, certains Breillois ont l’impression de vivre « dans un chantier constant »

Elise Martin
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Le lac de Breil-sur-Roya qui vient d'être rempli
Le lac de Breil-sur-Roya qui vient d'être rempli — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Il y a un an, la tempête Alex dévastait les vallées des Alpes-Maritimes.
  • A Breil-sur-Roya, dans l’arrière-pays mentonnais, les cicatrices restent encore ouvertes malgré les avancées des travaux.
  • Des habitants ont décidé de faire un trait sur leurs souvenirs pour aller de l’avant.

De la boue jusqu’à 3,50 m de hauteur, des voitures empilées les unes sur les autres, les ponts et les routes complètement dévastés et des habitants désespérés. Le 2 octobre 2020, la tempête Alex ravageait les vallées des Alpes-Maritimes et prenait tout sur son passage. 20 Minutes s’était rendu à Breil-sur-Roya, dans l’arrière-pays mentonnais, au lendemain de la catastrophe. Un an après, les Breillois (qu’il reste) se sont confiés sur la vie qu’ils mènent depuis ces inondations.

On pourrait croire que l’eau a coulé sous les ponts, littéralement, puisque le lac est de nouveau rempli. Pourtant, certains des habitants de Breil-sur-Roya vivent toujours avec « la crainte que ça ne recommence ». « On rentre dans la saison des intempéries. Ce week-end, quand le ciel est devenu tout noir, on a eu un peu peur, raconte Nicolas, originaire d’Italie et Breillois depuis vingt-deux ans. Le plus impressionnant, c’est le bruit. Ce sont des souvenirs qui se stockent dans la mémoire. Je me souviens encore entendre les rochers glisser dans la rivière. »

Le restaurant Le Biancheri en octobre 2020
Le restaurant Le Biancheri en octobre 2020 - Le Biancheri

Six mois d’administratif, six mois de travaux pour une réouverture un an après

Sur la place du village, l’Italien est devant le restaurant Le Biancheri, qui existe depuis quatre-vingts ans et qui est un des plus anciens de la vallée. Il y travaille depuis dix ans avec les gérants, Guillaume et Clara. Ces derniers vivaient à Nice avant de tomber amoureux de la vallée. Même s’ils se sont posé la question, « comme tout le monde », assure le restaurateur, ils ont décidé de rester.

« On vit différemment les événements en fonction de ce qui a été touché, commerce ou habitation principale, s’exclame Guillaume. Au lendemain des événements, la façade du restaurant était totalement détruite. La tempête a tout emporté, c’était très impressionnant. Les seules affaires qui restaient étaient irrécupérables. Le limon de la rivière, c’est pire que de la boue. Il y a des vêtements que j’ai dû laver pendant trois mois avant que ça ne parte. »

Nicolas (à gauche) et Guillaume devant le restaurant Le Biancheri un an après la tempête Alex qui avait dévasté la façade
Nicolas (à gauche) et Guillaume devant le restaurant Le Biancheri un an après la tempête Alex qui avait dévasté la façade - E. Martin / ANP / 20 Minutes

D’ici la fin de la semaine prochaine, Le Biancheri pourra rouvrir « après six mois d’administratif et six mois de travaux », souffle le couple. Ils reconnaissent les changements qui ont été effectués depuis un an mais s’impatientent des finitions qui « marqueront vraiment le renouveau ».

On en a eu pour 400.000 euros de réparations mais on a des problèmes dans les sanitaires à cause de la terre de la tempête toujours présente dans les canalisations. On va rouvrir mais dans quelles conditions ? On vit aussi des touristes et toutes les voies de communication ne sont pas optimisées. Il reste encore de gros points d’interrogation ».

Il conclut avec un sourire triste : « On a un peu la scoumoune ici, entre le confinement, la tempête et la longue reconstruction ».

Même s’ils sont un peu plus loin, de l’autre côté de la route, un groupe d’amis qui se surnomment « les vieux de la vieille », partagent l’avis de Guillaume. « On a tout vécu, il ne manquerait plus qu’un tremblement de terre ! », plaisantent-ils à moitié. Devant le lac, ils affirment : « C’est symbolique mais ça fait du bien de revoir l’eau. A vrai dire, n’importe quelle avancée fait du bien parce qu’on ne peut pas aller pire qu’il y a un an », lâche Claude même s’il estime vivre dans « un chantier permanent ».

Dans le village de Breil-sur-Roya qui se reconstruit petit à petit un an après la tempête Alex
Dans le village de Breil-sur-Roya qui se reconstruit petit à petit un an après la tempête Alex - E. Martin / ANP / 20 Minutes

« On essaie de ne plus trop penser à la tempête »

Ce Breillois est né ici. Tout comme Germaine et Antoine. Ils sont allés à l’école ensemble. Dans leur voix et leurs regards, la nostalgie se perçoit. « Il ne faut plus imaginer le Breil d’avant, ni la vallée. Ça ne sera plus jamais comme dans nos souvenirs », s’exclament-ils. La seule femme du groupe ajoute : « On peut dire qu’on survit tranquillement après toutes les choses qu’on a vues. Mais on essaie de ne plus trop penser à la tempête. »

Au fil du temps, et des événements entre le Covid-19 et la catastrophe naturelle, Breil-sur-Roya semble avoir perdu des habitants. « Ça fait 73 ans que je vis ici, c’est mon village, mais je le vois se vider, lâche Claude. A l’époque, il y avait une trentaine de commerces, maintenant il n’y a même plus un bistrot qui est le symbole de chaque village ».

L'eau coule à nouveau dans la Roya
L'eau coule à nouveau dans la Roya - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Quand certains ont été obligés de fermer à cause d’Alex, d’autres ont dû ouvrir, notamment l’antenne du Secours populaire. « Je m’étais installée seulement deux mois avant les intempéries, indique Lyuba, la responsable. Je ne pensais pas rester mais avec ce qu’il s’est passé, j’ai envie d’aider et de participer à relancer le village. » Petit à petit, la vie « reprend à la normale » selon elle, même si « la plus grosse préoccupation reste les indemnisations des sinistrés ».

D’autres questions restent en suspens pour la femme de 35 ans : « Le 3 octobre, la ligne de train redeviendra payante, est-ce qu’on aura autant de personnes pour venir nous voir ? Comment va se passer l’hiver ? Comment vont avancer les travaux ? » Alain, 70 ans, dont le domicile a été entièrement emporté, et qui promène son chien le long de la rivière, heureux d’y voir de l’eau, conclut : « L’anniversaire nous fait replonger dans l’horreur. Mais ça nous rappelle que, même si on a tout perdu, on est encore là. »

Dimanche aura d’ailleurs lieu une cérémonie commémorative pour les victimes et les sinistrés de la tempête Alex à Breil-sur-Roya avec la présence du président du département, Charles Ange Ginésy, pour un dévoilement de plaque et un dépôt de gerbes.