Abus sexuels dans l'Eglise: L'archevêque de Rennes a reçu une vingtaine de victimes et leur a demandé pardon

RELIGION Les conclusions de l'enquête menée par la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise seront connues le 5 octobre

C.A. avec AFP
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L'archevêque de Rennes Mgr Pierre d'Ornellas a recueilli une vingtaine de témoignages d'enfants victimes d'abus sexuels au sein de l'Eglise.
L'archevêque de Rennes Mgr Pierre d'Ornellas a recueilli une vingtaine de témoignages d'enfants victimes d'abus sexuels au sein de l'Eglise. — E. Dessons/SIPA
  • Mgr d’Ornellas, qui a rencontré certaines de ces victimes à leur demande, a souligné l’importance pour les personnes ayant subi des abus sexuels de prêtres ou de religieux, souvent dans l’enfance, d’être « reconnues comme victimes ».
  • En Ille-et-Vilaine, Mgr d’Ornellas a indiqué avoir eu connaissance de « 45 situations » dont 25 ont été le fait de « prêtres du diocèse » entre 1950 et 2020.
  • Pierre d’Ornellas qui préfère parler de « contribution fraternelle » plutôt que de réparation a indiqué avoir demandé « pardon » lors de ces rencontres « oralement et en tête à tête » avec les victimes.

Les témoignages sont bouleversants. A Rennes, l’archevêque a expliqué avoir rencontré et écouté 22 victimes d’abus sexuels depuis 2014. Un chiffre concret dévoilé par Mgr Pierre d’Ornellas lors d’une rencontre avec la presse, alors que le nombre potentiel de victimes d’abus sexuels dans l’Eglise est toujours difficile à appréhender.

Les témoignages recueillis par l’archevêque ont été versés au dossier de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) dont les conclusions sont attendues le 5 octobre. Présidée par Jean-Marc Sauvé, la Ciase a étudié quelque 3.500 témoignages sur 70 ans. Lors d’un point d’étape, son président avait estimé à « au moins 10.000 » le nombre de victimes de pédocriminalité depuis les années 1950.

« L’enfant se sent coupable »

Evoquant « un moment très long, très douloureux » avec ces personnes, Mgr d’Ornellas, qui a rencontré certaines de ces victimes à leur demande, a souligné l’importance pour les personnes ayant subi des abus sexuels de prêtres ou de religieux, souvent dans l’enfance, d’être « reconnues comme victimes ». Il a relevé les difficultés pour elles de « prendre la parole » pour décrire ce qu’elles ont subi. « L’enfant se sent coupable, coupable d’avoir laissé faire l’abuseur », a-t-il rappelé. En Ille-et-Vilaine, Mgr d’Ornellas a indiqué avoir eu connaissance de « 45 situations » dont 25 ont été le fait de « prêtres du diocèse » entre 1950 et 2020.

« Dans mon expérience d’écoute, pour qu’une victime parle il faut qu’elle soit en confiance, pour qu’elle soit reconnue et ne soit pas une deuxième fois victime », a souligné l’archevêque de Rennes. « L’abus sexuel c’est quelque chose qui peut tuer l’enfant, il y a des paroles qui tuent, des gestes qui tuent. C’est ce commandement-là qui a été trahi », estime Mgr d’Ornellas. Pierre d’Ornellas qui préfère parler de « contribution fraternelle » plutôt que de réparation a indiqué avoir demandé « pardon » lors de ces rencontres « oralement et en tête à tête » avec les victimes.