Avortement : La république de Saint-Marin légalise l’IVG après la victoire du « oui » au référendum

DROITS HUMAINS 77,3 % des votants ont dit « oui » à l’option de donner aux femmes le libre choix d’avoir recours à l’IVG jusqu’à douze semaines de grossesse

M.F avec AFP
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Les habitants de la République de Saint-Marin, Etat voisin de l'Italie, on largement voté "oui" au référendum pour légaliser l'avortement.
Les habitants de la République de Saint-Marin, Etat voisin de l'Italie, on largement voté "oui" au référendum pour légaliser l'avortement. — Brigitte HAGEMANN / AFP

Un tournant historique pour le micro-Etat européen à forte tradition catholique. A l’issue d’un référendum ce dimanche, la république de Saint-Marin, minuscule enclave montagneuse dans le centre du territoire italien, a légalisé l’avortement. Cet Etat était l’un des derniers d’Europe, avec Malte, l’Andorre et le Vatican, à entièrement interdire l’interruption volontaire de grossesse (IVG), même en cas de viol, d’inceste, de maladie du fœtus ou de danger pour la mère.

A ce référendum organisé à l’initiative de l’Union des femmes saint-marinaises (UDS), 77,3 % des votants ont dit « oui » à l’option de donner aux femmes le libre choix d’avoir recours à l’IVG jusqu’à douze semaines de grossesse, selon les résultats définitifs. Après ce délai, l’avortement ne serait autorisé qu’en cas de menace pour la vie de la mère ou lorsque des anomalies ou des malformations détectées chez le fœtus « comportent un grave risque pour la santé physique ou psychique de la femme ».

Un crime passible de trois ans de prison

« C’est la victoire de toutes les femmes de Saint-Marin, sur les conservateurs et réactionnaires qui croient que les femmes n’ont pas de droits ! », a jubilé Karen Pruccoli, présidente de l’UDS. Et « c’est une victoire sur l’Eglise catholique, qui était notre adversaire, et a tout tenté pour empêcher ce résultat », a-t-elle déclaré. « On respecte la démocratie, on prend acte de ce résultat, mais l’avortement doit vraiment rester l’ultime option », a réagi Antonella Mularoni, du comité contre la légalisation de l’IVG, reconnaissant la défaite de son camp.

Actuellement, l’avortement est un crime passible d’une peine de prison allant jusqu’à trois ans pour la femme et six ans pour le médecin qui le pratique. Mais, dans les faits, il n’y a jamais eu de condamnations car les Saint-Marinaises se rendent en Italie pour avorter, contournant ainsi la loi. Les résistances à la légalisation de l’avortement étaient fortes, à commencer par celle du Parti démocrate-chrétien (PDCS) au pouvoir, qui avait appelé à voter « non » pour « défendre le droit à la vie ».

De nombreux croyants en faveur du libre choix

Si les consignes de vote du PDCS, qui dispose d’un peu plus d’un tiers des sièges de députés au Parlement, étaient claires, ce sujet de société transcende les traditionnels clivages politiques, car de nombreux croyants étaient en faveur du libre choix. « C’est une défaite pour ce pays qui a toujours défendu la vie », a réagi auprès le secrétaire adjoint du PDCS, Manuel Ciavatta. Mais « on respectera la voix des électeurs » et « le gouvernement présentera un projet de loi d’ici six mois » qui sera ensuite soumis au Parlement, a-t-il assuré. « Notre parti fera tout pour aider les femmes enceintes pour faire en sorte qu’elles ne restent pas seules », a-t-il ajouté.

La victoire du « oui » constitue un changement radical pour Saint-Marin, car l’interdiction de l’IVG date de 1865 et a été confirmée sous le régime fasciste (1923 à 1943) et par le Code pénal de 1974. A en croire les chiffres de l’Institut des statistiques de l’Italie (Istat), cités par le comité opposé à l’avortement, le recours des Saint-Marinaises à l’IVG a été cependant assez limité. Entre 2005 et 2019, une vingtaine d’entre elles l’ont pratiqué chaque année en Italie et la tendance a nettement diminué en 2018 (12) et 2019 (sept).