Présidentielle 2022 : Deux millions d’immigrés et 50 milliards d’euros de fraude sociale ? On a fact-checké Eric Zemmour

FAKE OFF ​Lors du débat qui l’opposait à Jean-Luc Mélenchon, jeudi soir sur BFMTV, Eric Zemmour a donné des chiffres erronés

Maïwenn Furic
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Le débat en direct sur BFMTV opposait Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour. (Illustration)
Le débat en direct sur BFMTV opposait Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour. (Illustration) — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Jean-Luc Mélenchon, candidat insoumis à l’élection présidentielle de 2022, et Eric Zemmour, qui laisse planer le doute sur une éventuelle candidature, ont débattu jeudi soir sur BFMTV.
  • Eric Zemmour a affirmé qu’il y aurait 2 millions d’immigrés supplémentaires en France à l’issue du mandat d’Emmanuel Macron. Le polémiste a par ailleurs estimé à 50 milliards d’euros la fraude sociale dans l’Hexagone.
  • Ces chiffres sont-ils exacts ? 20 Minutes fait le point.

Lors de la confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour sur BFMTV jeudi soir, un sujet a, inévitablement, occupé une bonne part des échanges. Pour appuyer ses thèses anti- immigration, le polémiste l’a assuré : « Au bout du mandat d’Emmanuel Macron, il y aura deux millions d’immigrés légaux qui seront rentrés » dans l’Hexagone. Plus tard dans le débat, ce sont les questions de société qui ont été abordées par les deux hommes. Pour Eric Zemmour, la fraude sociale est évaluée à 50 milliards d’euros chaque année.

D’où viennent ces chiffres ? 20 Minutes a fact-checké ces deux déclarations d’Eric Zemmour.

FAKE OFF

Comme l'ont relevé nos confères de BFMTV au cours du débat, le nombre de personnes supplémentaires accueillies en France au cours des cinq dernières années est surévalué par le polémiste. Surtout, il ne tient pas compte des départs. « C’est ce qui permet à Eric Zemmour de créer la confusion », explique à 20 Minutes le démographe Hervé Le Bras.

Le nombre de nouveaux titres de séjours délivrés par la France devrait atteindre environ 1,3 million sur cinq ans en France. Un chiffre qui n’inclut pas les étudiants étrangers qui regagnent leur université d’origine, les expatriés qui rentrent chez eux ou encore les travailleurs détachés qui ont fini leur contrat.

Des données qui recoupent les chiffres établis par l’Insee à partir du recensement. Selon ces derniers, la France accueille chaque année environ 270.000 étrangers supplémentaires. A l’échelle des cinq ans du mandat d’Emmanuel Macron, le nombre d’étrangers arrivés en France devrait se situer au-dessous de 1,5 million d’étrangers accueillis. Là encore, il ne tient pas compte des départs, qui devraient, selon l’Insee s’établir autour de 200.000 en cinq ans – les données des dernières années ne sont pas encore connues. Dans ses propos, Eric Zemmour a donc approximativement doublé le nombre de personnes étrangères effectivement accueillies en France au cours du mandat du président de la République.

Hervé Le Bars ajoute : « Plus de la moitié des arrivants ne viennent pas des pays sous-entendus par Eric Zemmour, à savoir l’Afrique et plus particulièrement les pays musulmans. Il faut diviser les chiffres par deux environ ». En 2019, 31,9 % des arrivants viennent d’Europe, et 41 % d’Afrique, comme l’indique le tableau ci-dessous :

Tableau réalisé par L'insee sur l'origine géographique des immigrés arrivés en France en 2019.
Tableau réalisé par L'insee sur l'origine géographique des immigrés arrivés en France en 2019. - Capture d'écran

Fraude sociale : à mille lieues des chiffres officiels

Sur la question de la fraude sociale, Eric Zemmour a affirmé qu’elle était « évaluée par le magistrat Charles Prats à 50 milliards d’euros ». Sauf que les estimations du magistrat, publiées en décembre 2018 dans un billet de blog sur Mediapart, n’étaient que de 14 milliards d’euros. Or, ces estimations de la fraude sociale ont depuis été démenties par la caisse nationale d’assurance vieillesse dans un article de Libération. Et encore ce ne sont que des estimations, les fraudes détectées s’établissent à des montants bien plus faibles.

La Cour des comptes indiquait en septembre 2020, à la demande de la commission des Affaires sociales au Sénat sont bien inférieures : « En 2019, les principaux organismes sociaux ont détecté 1 milliard d’euros de préjudices subis et évités dans le cadre de la lutte contre les fraudes. »