Violences conjugales : Le ministère de la Justice teste la réalité virtuelle pour éviter les récidives

EXPERIMENTATION Des hommes déjà condamnés vont utiliser la réalité virtuelle pour appréhender les émotions ressenties par les victimes

20 Minutes avec AFP
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Illustration d'un homme utilisant la réalité virtuelle.
Illustration d'un homme utilisant la réalité virtuelle. — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

Se mettre à la place de la victime pour éviter la récidive des violences conjugales ? C’est la philosophie d’une nouvelle expérimentation lancée ce jeudi par le ministère de la Justice. Une trentaine d’hommes déjà condamnés vont utiliser la réalité virtuelle pour se plonger dans l’histoire d’une famille.

Le dispositif, déjà testé en Espagne, prévoit une « immersion totale » grâce à un casque de réalité virtuelle dans l’histoire d’une famille, divisée en sept séquences, sur plusieurs années. Le spectateur se met tour à tour dans la peau de l’homme, de la femme, puis de leur enfant, dans différentes scènes de vie quotidienne.

« Une sorte de machine à empathie »

Le scénario a été élaboré en lien avec des experts spécialisés en violence conjugale pour aborder différentes thématiques : emprise, violence psychologique, violence physique…

« C’est une sorte de machine à empathie », qui permet de faire vivre les émotions ressenties par les victimes, et notamment « de faire comprendre la peur » à des hommes qui sont souvent dans le déni, explique Guillaume Clere, fondateur de la start-up Reverto, qui a collaboré avec le ministère pour ce projet.

L’expérimentation doit commencer début octobre et durer un an à Lyon, Meaux (avec des personnes condamnées et suivies en milieu ouvert) et Villepinte (avec des détenus).

« Un moyen d’ouvrir le dialogue »

« C’est un outil, un moyen d’ouvrir le dialogue », qui sera utilisé dans le cadre du travail fait avec les services d’insertion pénitentiaire qui suivent ces personnes, précise la Chancellerie.

Les hommes choisis, six à Villepinte, dix à Lyon et douze à Meaux, sont volontaires. « On a privilégié les profils qui ont le plus de chance de récidiver », précise la Chancellerie.

Le projet sera évalué de manière indépendante, avant son éventuelle pérennisation. Il pourra également être utilisé comme outil pour former notamment magistrats et policiers à mieux appréhender les violences conjugales.

Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti présentera ce projet dans la matinée à la cour d’appel de Poitiers, où il se rend à l’occasion du premier anniversaire du déploiement des bracelets anti-rapprochements en France.

Le dispositif fait partie des mesures mises en place pour tenter d’enrayer la progression des féminicides (90 en 2020, après 146 en 2019).

Le bracelet électronique s’accroche à la cheville et permet de géolocaliser les conjoints ou ex-conjoints violents. Un système d’alerte se déclenche lorsque ces derniers s’approchent trop de la victime, qui garde toujours un boîtier avec elle, et les autorités sont immédiatement prévenues.

Selon les derniers chiffres de la Chancellerie au 13 septembre, 290 hommes en étaient équipés.