Gironde : « Maire oui, shérif non »… Pourquoi des parents d’élèves demandent la démission de l’édile ?

ECOLE Ils accusent l’élu de gestes déplacés voire violents vis-à-vis de certains enfants

Clément Carpentier
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Une banderole affichée par les parents d'élèves à Laruscade en Gironde.
Une banderole affichée par les parents d'élèves à Laruscade en Gironde. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • Après les plaintes, la manifestation pour les parents d’élèves de Laruscade en Gironde.
  • Ils demandent la démission du maire de la commune qu’ils accusent de comportement violent envers les élèves de l’école.
  • Après un premier rappel à la loi, l’édile se défend et dénonce un « climat délétère à cause de quelques éléments perturbateurs »

Une ambiance de western. Voilà comment on pourrait résumer le climat actuel entre certains parents d’élèves et le maire de Laruscade, petite bourgade du nord de la Gironde, depuis plusieurs mois. D’ailleurs, ce mercredi après-midi une banderole est là pour le rappeler devant la mairie : « Maire oui, shérif non » ! Celle-ci a été dressée par les premiers pour manifester leur colère alors que Jean-Paul Labeyrie tenait un conseil municipal à huis clos à l’intérieur. Ils sont en effet une vingtaine, avec le soutien de UNAAPE (Union nationale des associations autonomes de parents d’élèves), à dénoncer « les attitudes indignes » que l’édile aurait eues dans la cour de récréation de l’école maternelle.

Alors quelles sont précisément les raisons de ce courroux ? Depuis mai, trois plaintes ont été déposées par des parents d’élèves contre le maire pour des agissements supposés violents à l’encontre des élèves. Pour la première, elle faisait suite à la présence de l’élu dans l’école avec un couteau. Lui a toujours affirmé qu’il avait en réalité un décapsuleur dans la main. Mais ce sont surtout les deux dernières qui ont remis le feu aux poudres en ce début d’année scolaire. Jean-Paul Labeyrie, qui intervient sur les activités périscolaires à la mi-journée, aurait tiré l’oreille d’un petit garçon pour l’emmener au coin puis marché volontairement sur le pied d’une élève de CM1 pour savoir si ça faisait mal.

Créer un électrochoc

Au-delà de l’enquête de gendarmerie qui se poursuit, ces parents d’élèves ont décidé de manifester pour « essayer de créer un électrochoc » chez le maire selon Frédéric, le papa de la fillette. « Je suis inquiet aujourd’hui quand je laisse ma petite à l’école. On a peur comme les enfants. Il faut que ces intrusions cessent. Je ne veux plus que ça se reproduise. Je veux juste être serein. Tout le monde en a marre », explique-t-il. D’autres parents vont plus loin, ils demandent la démission du maire et de toute son équipe comme ils l’ont écrit sur une autre banderole. Un représentant de l’UNAAPE affirme également avoir recueilli des témoignages d’anciens élèves sur le comportement de l’édile.

Les parents d'élèves réclament la démission du maire.
Les parents d'élèves réclament la démission du maire. - Clément Carpentier / 20 Minutes

Face à ces accusations, Jean-Paul Labeyrie se défend. S’il reconnaît son côté autoritaire et certains faits, il en réfute d’autres comme celui sur la petite fille de 9 ans. Pour lui, « ce climat délétère à cause de quelques éléments perturbateurs alors que cela se passe très bien avec la très grande majorité des parents » ne date pas d’aujourd’hui : « Les problèmes sont antérieurs à ces faits avec des personnes qui tiennent une page Facebook contre moi et avec qui j’ai déjà eu d’autres soucis. » « Je ne pense pas que les enfants soient terrorisés par le maire », ajoute-t-il. Peu importe, le mal semble profond à Laruscade.

Le procureur gêné par « la réitération des faits dans un délai très court »

L’affaire fait en tout cas grand bruit depuis la rentrée. Elle inquiète aussi un peu les autorités à l’image du procureur de la République de Libourne, Olivier Kern : « Ce qui me gêne, c’est la réitération des faits dans un délai très court. Après ce premier rappel à la loi [fait au maire après la première plainte en mai dernier], j’attendais un autre comportement de la part d’un élu de la République. » Si pour le moment, il ne souhaite pas communiquer sur ses possibles décisions qu’il devrait rendre d’ici début octobre, le magistrat annonce qu’il va recevoir lui-même Jean-Paul Labeyrie. Cette fois-ci, il ne va pas déléguer. Ce qui montre bien à quel point il prend au sérieux cette histoire.

Les parents d'élèves ont manifesté devant la mairie de Laruscade.
Les parents d'élèves ont manifesté devant la mairie de Laruscade. - Clément Carpentier / 20 Minutes

Le maire, lui, affirme de son côté qu’il « va disparaître de la cour de récréation » très vite. En effet, sa présence dans l’école à la mi-journée était due à un manque de personnel pour encadrer les enfants. Un problème en passe d’être résolu, dixit Jean-Paul Labeyrie avec l’arrivée dans les prochains jours d’un nouvel encadrant. Mais cela suffira-t-il à mettre fin au conflit ? Pas si sûr…