Rentrée scolaire à Nice : Pour les étudiants et les institutions, « la crise n’est pas finie et ses effets non plus »

DIFFICULTÉS FINANCIÈRES D’après la Fédération des associations et corporations étudiantes des Alpes-Maritimes (FACE 06), le coût de la rentrée a augmenté de 3,47 % cette année

Elise Martin
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La rentrée 2020 à l'Université Côte d'Azur (Illustration)
La rentrée 2020 à l'Université Côte d'Azur (Illustration) — Sipa
  • Après une année encore très compliquée à cause du Covid-19 pour les étudiants, ils viennent de faire une rentrée 100 % présentiel.
  • Même s’ils peuvent se rendre en cours, une réalité n’a pas changé : celle de la précarité.
  • A Nice, elle est d’autant plus importante car le coût de la vie est cher.

Plus de 2.500 euros. C’est la somme que doit débourser en moyenne un étudiant pour faire sa rentrée au mois de septembre à Nice, d’après une étude de la Fédération des associations et corporations étudiantes des Alpes-Maritimes (Face 06). « Ce coût de rentrée a augmenté de 3,47 % par rapport à l’année précédente, précise son président Rémy Bruny. Rien que le prix des logements est plus cher de 4 %, avec, environ, 640 euros de loyer pour un studio. »

Une agente immobilière l’affirmait déjà au mois de juin à 20 Minutes : « Le soleil, ça se paie ». Et le mois de septembre est d’autant plus difficile car les étudiants attendent encore leurs bourses. « Heureusement que j’ai travaillé cet été, sinon, je ne sais pas comment je ferais », s’exclame Myriam*, en troisième année d’études de commerce. Malgré les aides sociales du Crous, elle devra tout de même travailler les week-ends comme hôtesse d’accueil et les matins comme baby-sitter avant de se rendre en cours. Une situation qui la gêne, surtout auprès de ses camarades de classe « qui ne vivent pas dans le même monde financier » qu’elle. « La précarité, c’est aussi social. J’évite de sortir exprès pour ne pas être embarrassée. »

Mathieu*, étudiant étranger confirme. « Si je sors avec d’autres amis, je n’achète rien ». Il a d’autres astuces pour éviter de dépenser. « Je suis actuellement en stage, alors je me prépare systématiquement à manger avant de partir pour ne pas aller au restaurant ou faire d’autres achats alimentaires. » A la fin du mois, après avoir payé son loyer, « en colocation car habiter seul ce n’est pas possible financièrement à Nice », et ses autres charges mensuelles, il ne lui reste plus rien des 550 euros de gratification qu’il obtient. « La bourse que je recevais de mon pays s’est arrêtée cette année », ajoute-t-il.

Une vie plus chère qu’ailleurs

Pour ne pas vivre « à la limite » de la pauvreté et ne pas être dans une situation compliquée en cas d’imprévus, l’étudiant en ingénierie mécanique a trouvé un travail, trois soirs par semaine. « C’était nécessaire mais maintenant, je n’ai plus du tout de vie sociale parce que je suis trop fatigué pour pouvoir profiter ». Il a fait le constat amer que le coût de la vie entre Orléans, où il a débuté son cursus, et Nice est vraiment différent. « Quand, là-bas, j’en avais pour 25 euros de courses, ici, c’est 35 ou 40 euros ». Myriam, originaire de Clermont-Ferrand, acquiesce : « Même en achetant la sous-marque de la sous-marque, j’ai du mal à en avoir pour moins de 50 euros par semaine. »

Face à cette réalité, la Face06 a créé la première Agoaré de France, une épicerie solidaire étudiante, il y a dix ans. « À la fin de l’année dernière, on était à 300 bénéficiaires. Là, en une semaine, on a déjà eu 100 dépôts de dossiers, un chiffre que nous avions mis un mois à atteindre en 2020 », indique Rémy Bruny. Pour aider à lutter contre cette précarité « qui existe toujours, même si nous ne sommes plus en confinement », la Face06 a publié un « Guide des aides sociales » pour les étudiants azuréens. Elle va également inaugurer en octobre, le premier restaurant solidaire de France. « Deux soirs par semaine, 50 étudiants qui auront réservé préalablement pourront bénéficier d’une entrée, d’un plat et d’un dessert gratuitement. »

Maintien des aides covid de l’Université Côte d’Azur

Contre l’isolement social « directement lié à la précarité », l’organisme propose également, pour les premières années, une « journée d’intégration entièrement gratuite avec un challenge intercampus et un concert ». Le président de la fédération étudiante précise que la ville de Nice, le Crous et l’Université Côte d’Azur (UCA) soutiennent leurs actions « sans qui ce ne serait pas réalisable ».

Cette dernière institution a précisé en conférence de presse de rentrée lundi, le maintien des aides développées lors des confinements, comme le prêt d’ordinateurs. « 70 % des actions covid ont été consacrées à lutter financièrement contre la fragilité de la vie étudiante, a affirmé le président de l’UCA, Jeanick Brisswalter. Tant en matière financière, que de santé physique, mentale, de fragilité numérique. »

Il a par ailleurs reconnu : « La Côte d’Azur offre des disponibilités pour se loger, se nourrir et pour la vie sociale mais elle reste chère. C’est un problème majeur. La crise n’est pas finie et ses effets non plus. Ce n’est surtout pas le moment de laisser tomber nos étudiants. »

* Les prénoms ont été modifiés.