Bretagne : La Coop des masques brade ses stocks pour tenter d’éviter le dépôt de bilan

ECONOMIE En grande difficulté financière, la société coopérative bretonne doit écouler un stock de six millions de masques pour retrouver un peu de trésorerie

Jérôme Gicquel
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A Grâces dans les Côtes-d'Armor, la Coop des masques produit en moyenne 350.000 à 400.000 unités par mois.
A Grâces dans les Côtes-d'Armor, la Coop des masques produit en moyenne 350.000 à 400.000 unités par mois. — Fred Tanneau / AFP
  • Lancée en début d’année en Bretagne, la Coop des masques croule aujourd’hui sous les stocks en raison de la concurrence asiatique.
  • En manque de trésorerie, la société coopérative est aujourd’hui menacée de dépôt de bilan.
  • Elle lance un appel à l’aide avec une grande opération de déstockage pour écouler six millions de masques.

« Tout le monde parle de relocalisation mais continue à acheter en Asie ». Au téléphone, Guy Hascoët ne cache pas son amertume. Car la Coop des masques, projet qu’il porte à bout de bras depuis plus d’un an, traverse actuellement une période très compliquée. En manque de trésorerie, l’usine de fabrication de masques chirurgicaux et FFP2 est même menacée de dépôt de bilan.

Guy Hascoët, président du conseil d'administration, lance un appel à l'aide.
Guy Hascoët, président du conseil d'administration, lance un appel à l'aide. - Fred Tanneau / AFP

« On arrive à un moment où on se retrouve en difficulté par rapport à nos fonds propres car cela ne sort pas assez », assure le président du conseil d’administration de la société coopérative. Dans le hangar de la Coop des masques, installée depuis fin 2020 dans la zone industrielle de Grâces près de Guingamp (Côtes-d’Armor), six millions de masques attendent en effet de trouver preneur.

Près de 98 % des masques viennent d’Asie

Comment en est-on arrivé là alors que le projet suscitait pourtant tellement d’espoir et d’enthousiasme quand la production a démarré courant janvier ? Le gouvernement poussait alors pour une production de masques « made in France » pour réduire notre dépendance. Si une filière française a rapidement vu le jour, les achats n’ont, eux, pas suivi avec près de 98 % des achats français de masques qui se font toujours vers l’Asie. « Dans plein d’endroits, public ou privé, les gens n’ont pas compris que relocaliser nécessitait aussi de changer les règles, déplore Guy Hascoët. Car si la règle est toujours celle du moins-disant, personne ici ne peut rivaliser avec les masques chinois à trois centimes ».

D’une situation de pénurie, avec seulement 3,5 millions d’unités produites par semaine avant la crise sanitaire, on se retrouve aussi désormais avec une profusion de masques et 100 millions d’unités produites aujourd’hui. Résultat, les stocks se sont largement reconstitués avec même du surstockage. « Il n’y a pas de besoin car tout le monde s’est doté de stocks pour quasiment plus d’un an », souligne l’ancien secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire du gouvernement Jospin.

Les promesses non tenues de certains

Désormais reconverti en chef d’entreprise, Guy Hascoët dénonce enfin les promesses non tenues de certains élus qui n’ont pas honoré leurs commandes auprès de la Coop des masques. Afin de sauver l’usine bretonne et ses 23 salariés de la faillite, il lance désormais un appel à l’aide. « Notre destin est dans les mains de tous ceux qui peuvent passer une commande, à la fois des grands comptes nationaux, des communes ou des professionnels de santé », indique-t-il.

Pour écouler sa marchandise, la Coop des masques a d’ailleurs lancé une grande opération de déstockage ces derniers jours avec des promos de 30 à 50 % sur les lots de masques. « Si on ne trouve pas de l’argent, on ne pourra pas poursuivre », lâche-t-il.