Montpellier : Près d’un millier de personnes vivent dans une douzaine de bidonvilles

PRECARITE Le préfet de l’Hérault s’est engagé à résorber l’ensemble des campements de la métropole

Nicolas Bonzom
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Un bidonville, dans le quartier Port-Marianne, à Montpellier (illustration).
Un bidonville, dans le quartier Port-Marianne, à Montpellier (illustration). — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Il y a, dans la métropole de Montpellier, près d’un millier de personnes qui vivent dans des bidonvilles, selon le préfet, Hugues Moutouh. Entre 800 et 900, selon les associations, qui dénombrent environ une douzaine de campements.
  • Les associations, engagées dans un travail d’accompagnement de ces populations, mettent en avant l’insertion de ces familles, qui sont présentes, pour la plupart, depuis de longues années à Montpellier. Environ la moitié des enfants scolarisés sont nés en France, indique Damien Nantes, le responsable régional de Médecins du monde.
  • Le préfet, engagé dans une résorption de ces campements, pointe les conditions de vie indignes de ces personnes. La présence d’une économie souterraine, et de personnes connues de la police. Et une insertion pas si fréquente que ça.

Le nouveau préfet de l'Hérault, qui a pris ses fonctions cet été, n’a rien caché de ses intentions de résorber les bidonvilles dans la métropole de Montpellier. Le 8 septembre, Hugues Moutouh pointait des campements « organisés comme des favelas sud-américaines », peuplés par des personnes qui « vivent à nos portes de façon indigne ». « Ces bidonvilles s’accroissent au fil des ans, déplorait le préfet. Bon nombre ont connu une hausse de leurs surfaces, et de leurs habitants ».

Mais combien de personnes vivent-elles, dans la métropole, dans ces campements de fortune ? « Des centaines de personnes, pas loin d’un millier », selon le préfet. Entre 800 et 900, selon Damien Nantes, le coordinateur régional de Médecins du monde en Languedoc-Roussillon. Une population répartie sur une douzaine de camps dans la métropole, essentiellement dans la ville centre, dans des conditions de vie très précaires. « L’installation des bidonvilles à Montpellier remonte, à peu près, à 2004 », confiait Damien Nantes, le 8 septembre. Et contrairement à ce que déplore le préfet, « depuis une dizaine d’années, la situation ne se modifie pas beaucoup, en termes de nombre de personnes », notait le responsable régional de l’ONG médicale.

« Ce sont des familles qui se sont installées depuis, au moins, une dizaine d’années »

La plupart (82%), selon Damien Nantes, sont des citoyens européens. Dont, essentiellement, des Roumains, mais aussi des Italiens. « Depuis 2013, ces personnes ont un droit à l’installation et au séjour en France. Sur les enfants scolarisés entre 6 et 16 ans, 50 % sont nés en France. Cela donne une idée de la stabilité de ces familles. Nous ne sommes pas face à des vagues de personnes, qui seraient venues en grand nombre, récemment. Ce sont des familles qui se sont installées à Montpellier depuis, au moins, une dizaine d’années. » Et, « dans la majorité des cas, de façon régulière ».

Il y a, parmi ces habitants, des familles qui travaillent, et dont les enfants vont à l’école, et qui, le soir, rentrent au bidonville, indique Catherine Vassaux, directrice de l’association Area, qui œuvre dans ces campements. « Sur le bidonville du Mas Rouge, par exemple, 70 % des ménages étaient insérés professionnellement », confie-t-elle.

Un « calendrier raisonnable » pour la résorption des bidonvilles

De son côté, le préfet de l’Hérault ne dresse pas le même portrait des occupants de ces bidonvilles. Après le démantèlement du campement du Zénith, le 8 septembre, il avait pointé une population « sans aucune insertion, ni économique, ni culturelle, ni sociale ». Sur les 75 personnes présentes lors de l’évacuation du site, avait indiqué Hugues Moutouh, il y avait 18 mineurs, dont « sept en partie scolarisés ». Et « 11 adultes ont déclaré avoir travaillé ou travaillé encore aujourd’hui ». Et, énumérant les démêlés judiciaires de près d’une cinquantaine d’habitants, le représentant de l’Etat avait évoqué « une tendance au recours à une économie parallèle » et « à la multiplication de comportements délictuels ». « Ces gens sont arrivés en situation souvent illégale, et s’installent illégalement sur la propriété d’autrui », déplorait Hugues Moutouh.

Le préfet n’a pas précisé quand il voulait voir disparaître les bidonvilles. Ce sera, en tout cas, dans un « calendrier raisonnable », « pas pour dans dix ans ». Mais les évacuations ont déjà commencé : le 31 août, le campement du Mas Rouge, puis, le 8 septembre, celui du Zénith. Les services de l’Etat ont justifié ces opérations par le péril dans lequel vivent les habitants de ces bidonvilles, théâtres d’incendies réguliers.

Des démantèlements qui ont scandalisé les associations, d’autant qu’un travail avait été mis en œuvre, depuis des années, auprès des habitants des bidonvilles, pour les sortir de cette situation ultra-précaire. Ce dispositif a permis, selon les structures engagées dans ce projet, à de nombreuses familles ont trouvé un logement pérenne, et un travail.