Lyon : Comment réussir la ZFE sans pénaliser un maximum de citoyens ?

MOBILITES La première réunion publique se tiendra ce lundi de 18h30 à 20h30 avec déjà un lot important de questions à résoudre

Caroline Girardon
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Au 1er janvier 2026, tous les véhicules diesel ne disposant pas de vignettes Crit'Air 0 et 1 seront interdites de circulation à Lyon.
Au 1er janvier 2026, tous les véhicules diesel ne disposant pas de vignettes Crit'Air 0 et 1 seront interdites de circulation à Lyon. — Jean-Pierre Clatot/AFP
  • Les écologistes ont décidé d’élargir la zone à faibles émissions : au 1er janvier 2026, tous les véhicules diesel n’ayant pas de vignettes Crit’Air 0 ou 1 seront interdits à la circulation.
  • Une concertation de cinq mois a été lancée, la première réunion publique sur le sujet est prévue ce lundi, de 18h30 à 20h30.
  • Quels accompagnements ? Quelles alternatives à la voiture individuelle ? Quelle solution pour remplacer le diesel ? Autant de questions sur lesquelles la majorité est attendue.

Dans moins de cinq ans, environ 80 % des véhicules du parc automobile en circulation dans l’agglomération lyonnaise seront interdits. Une conséquence directe du renforcement de la ZFE (zone à faibles émissions) acté par les élus écologistes. Au 1er janvier 2026, tous les véhicules diesel ne disposant pas d’une vignette Crit’Air 0 ou 1 seront ainsi bannis.

Le sujet est délicat, les enjeux énormes. La métropole de Lyon a lancé une concertation publique de cinq mois pour « définir les modalités de mise en œuvre et les mesures d’accompagnement de ce projet », jugé « trop excluant », « trop rapide », « brutal » ou « rigide » par la plupart des habitants ayant déjà donné leurs avis sur le site jeparticipe.grandlyon.com. Une première réunion publique sur le sujet se tiendra ce lundi, de 18h30 à 20h30. L’occasion de soulever les questions qu’il faudra résoudre pour réussir cette ZFE et mécontenter un minimum de citoyens.

Quelles alternatives au diesel ?

Selon des études menées par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, sur l’ensemble des émissions annuelles de dioxyde d’azote émises sur le territoire de la métropole de Lyon, « 66 % sont liées aux émissions du trafic routier, dont 96 % proviennent des véhicules diesel », rappelle la collectivité pour justifier son choix. Mais que proposer à la place ?

L’électrique est en plein essor mais reste encore marginal. Si plus de 185.000 véhicules électriques et hybrides rechargeables ont été immatriculés en 2020 en France (soit une progression de 300 % par rapport à l’année précédente), ils ne représentent que 11 % du marché. Réussir la transition écologique ne sera pas chose aisée, la filière automobile ayant déjà réclamé une aide de 17 milliards d’euros à l’Etat pour passer au moteur électrique. Faute de quoi, elle pourrait manquer le rendez-vous.

« A Lyon, on relève un problème : il n’y a aucun plan de développement de bornes électriques prévu pour l’instant sur la ville ou son agglomération », souligne par ailleurs Louis Pelaez, le président du groupe d’opposition Inventer la Métropole de demain ayant demandé que la ZFE soit soumise à un référendum local. « Depuis leur arrivée au pouvoir, les écologistes n’ont rien lancé, accuse-t-il. Or si l’on veut développer cette filière et lever les freins, il faut anticiper. »

Quelles solutions à la voiture individuelle ?

La ZFE telle que prévue par les écologistes lyonnais devrait concerner 369.000 voitures en 2026, soit près de 70 % des ménages. Le groupe communiste de la métropole a rappelé la nécessité de développer les transports en commun, réclamant un nouveau plan de déplacements urbains. Si le centre-ville de Lyon est plutôt bien desservi par le réseau TCL, il n’en est pas de même dans tous les arrondissements, ni dans les autres communes limitrophes. Le Val de Saône, constamment embouteillé, reste le parent pauvre. Il n’est toujours prévu aucune ligne forte dans le prochain plan de mandat du Sytral courant jusqu’en 2026. L’ouest lyonnais pourrait se contenter d’une ligne de téléphérique, fortement controversée, qui ne réglerait en rien les problèmes de circulation du secteur Point du Jour-Montée de Choulans, véritables points noirs du 5e arrondissement.

Par ailleurs, plusieurs citoyens ont déjà fait part de leur souhait de voir la fréquence de bus renforcée dans les secteurs non desservis par le métro ou le tramway. Notamment en soirée, où il s’avère difficile de se passer d’une voiture, faute de solutions pratiques. Le Sytral devra rapidement se pencher sur la question puisque actuellement 60 % des déplacements de moins de 3 km dans la métropole sont faits en voiture.

Parmi les solutions de « nouvelle mobilité » défendues par la majorité, l’autopartage peine à décoller. « C’est une fausse bonne idée. Ce service n’arrive pas encore à trouver son mode de fonctionnement à Lyon, comme partout ailleurs », rappelle Louis Pelaez. « En l’absence de partenariat mis en place avec les maires des communes concernées, ça ne prendra pas, prévient Gérard Collomb, ancien président de l’agglomération. La métropole a décidé de garder cette compétence et de gérer seule le problème pour gagner du temps. Mais si elle n’implique pas les maires, ça ne sera pas efficace. »

Quel accompagnement proposer ?

C’est l’un des points d’alerte de l’ensemble des groupes politiques de la métropole. « Sans accompagnement, cette ZFE risque bien de devenir un outil de destruction », redoute le centriste Christophe Geourjon. « Trouver un véhicule d’occasion postérieur à 2011 éligible au Crit’Air 1 coûte plus de 9.000 euros pour une citadine. Ce budget est bien au-delà des possibilités des classes populaires », se sont inquiétés les élus France Insoumise à l’annonce de la mesure. « Cette mesure va accroître la fracture sociale, économique de l’agglomération pour devenir une zone de forte exclusion », alerte encore Louis Pelaez.

Un accompagnement financier pour les ménages les plus modestes, comme suggéré dans le questionnaire mis en ligne, pourrait être envisagé. Mais quid des autres familles ou personnes seules issues de la classe moyenne, contraintes elles aussi de changer leurs véhicules ? Sans oublier les artisans. « Si on ne règle pas le problème de la livraison en ville, on ne pourra pas réussir cette ZFE, analyse Louis Pelaez. Les vélos cargos, c’est très bien mais ça reste à la marge et cela ne résout pas le problème de volumes. »

« Les aides existent pour les véhicules professionnels déjà concernés. La métropole aide jusqu’à 10.000 euros pour un poids lourd et 5.000 euros pour un utilitaire, a indiqué le président de la métropole Bruno Bernard. En parallèle, il y a les aides de l’Etat. »