Rentrée scolaire 2021 : Pourquoi la vaccination dans les collèges et lycées ne prend pas ?

EDUCATION Peu de parents ont demandé que leurs enfants participent à une opération de vaccination organisée par les établissements scolaires

Delphine Bancaud
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Première séance de vaccination dans un établissement scolaire au lycée Guillaume Apollinaire de Nice.
Première séance de vaccination dans un établissement scolaire au lycée Guillaume Apollinaire de Nice. — SYSPEO/SIPA
  • Le ministère de l’Education a promis que chaque collège et lycée proposeront une offre de vaccination à partir de septembre.
  • Mais pour l’heure, le premier syndicat des chefs d’établissement affirme que seulement « 2 % à 8 % » des élèves ont reçu une première dose dans l’enceinte des établissements scolaires.
  • Certes beaucoup d’élèves sont déjà vaccinés, mais cela n’explique pas tout…

Les caméras filmeront des collégiens et de lycéens en train de se faire vacciner, mais cela suffira-t-il à lever toutes les réticences ? Ce lundi Jean-Michel Blanquer, se déplacera dans l’académie d’Amiens sur le thème de la vaccination des 12-17 ans. Il assistera à des séances de vaccination d’élèves et rappellera l’installation de centres de vaccination dans les établissements ou à proximité d’ici à la fin septembre, ainsi que la campagne de communication prévue sur le sujet.

Un exercice de pédagogie autour de la seringue que le ministre juge nécessaire, car les premiers retours sur les centres de vaccination dans les établissements montrent qu’ils sont loin d’être pris d’assaut. « Le taux d’adhésion des élèves à la vaccination au sein des établissements scolaires est de 2 % dans les académies de métropole et de 8 % sur les Dom-Tom », explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du principal syndicat des chefs d’établissement (SNPDEN). Dans son établissement, la cité scolaire Berlioz à Vincennes, sur 1.800 élèves, seulement 26 élèves ont voulu se faire vacciner. Même constat pour Laurence Colin, proviseure du lycée des métiers Condorcet d’Arcachon : « Sur 700 élèves 11 familles ont demandé que leur enfant soit vacciné ».

« A peine 10 % des établissements proposent un dispositif vaccinal »

Interrogé par 20 Minutes sur le démarrage poussif de la vaccination scolaire, l’entourage de Jean-Michel Blanquer explique « qu’une solution vaccinale n’est pas encore proposée dans tous les établissements » et que ce sera le cas d’ici la fin septembre. Car pour l’heure, seulement 1.314. des 10.700 collèges et lycées proposent un parcours vaccinal aux élèves. « Il est trop tôt pour tirer des conclusions », poursuit-on Rue de Grenelle.

Selon Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat enseignant du secondaire, il y a eu un retard à l’allumage dans ce dossier : « A peine 10 % des établissements proposent un dispositif vaccinal, près de trois semaines après la rentrée. Par ailleurs, les parents ont été mal informés, certains vaccinodromes à proximité des collèges et des lycées ne réservaient pas de créneaux aux élèves… Bref, il n’y a pas vraiment eu d’organisation de la vaccination scolaire », fustige-t-elle.

68,6 % des 12-17 ans ont reçu une dose de vaccin

Bruno Bobkiewicz avance une autre explication : « Les familles ne reconnaissent pas la compétence de l’école dans le domaine médical. On l’a vu avec les tests antigéniques en décembre dernier, les autotests en mai et maintenant avec la vaccination. Les familles ont considéré que ce n’était pas notre rôle. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles rejettent la vaccination ». Un avis partagé par Stéphane Crochet, secrétaire général du Se-Unsa : « Les parents ont généralement envie d’accompagner leurs enfants lors des gestes médicaux. »

Et les derniers chiffres de Santé publique France semblent leur donner raison car les taux de vaccinés chez les 12-17 ans progressent ces dernières semaines : au 14 septembre, 68,6 % d’entre eux avaient reçu une dose de vaccin et 56,4 % ont reçu deux doses. « Le fait que le protocole prévoit qu’en cas de contamination au collège ou au lycée, les élèves cas contacts non vaccinés doivent s’isoler une semaine, a mis un coup de pression aux familles », explique Sophie Vénétitay.

Des familles récalcitrantes ici où là

Il n’empêche qu’il reste des trous dans la raquette : « Le taux de vaccination est très disparate selon les régions, car on sait que dans les Landes le taux de 12-17 ans ayant eu une dose monte à 98 % quand il n’est que de 53 % en Seine-Saint-Denis », souligne ainsi Bruno Bobkiewicz. « C’est inquiétant de voir que dans des secteurs où il y a des publics défavorisés, les chiffres n’évoluent pas autant qu’on le souhaiterait », ajoute-t-il.

Même si le phénomène est rare, certaines familles sont clairement récalcitrantes sur le sujet : « On a pu voir des groupes de pression distribuant des tracts, une infirmière a été bousculée par des antivax dans l’académie de Bordeaux, des courriers ont été envoyés aux chefs d’établissement pour leur dire que si des maladies se déclaraient après la vaccination des élèves, les principaux et proviseurs en porteraient la responsabilité en ayant relayé la campagne », indique Bruno Bobkiewicz. « Il faudra sûrement renforcer l’information aux familles dans les zones où la vaccination patine », estime Sophie Vénétitay. « On va déployer les dispositifs vaccinaux d’abord dans les zones quartiers politique de la ville », assure le ministère de l’Education.

Quant à la pérennité de ces espaces de vaccination au sein des établissements après les vacances de la Toussaint, elle semble déjà mise en question : « Peut-être faudra-t-il abandonner les centres de vaccination internes aux établissements, pour privilégier les vaccinodromes externes », évoque Bruno Bobkiewicz.