Alpes-Maritimes : Face à la situation en Afghanistan, les associations à la frontière italienne « ne savent plus quoi faire pour aider »

REFUGIES Depuis le 16 août et la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan, « une poignée de citoyens » sont arrivés sur la Côte d’Azur

Elise Martin
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Des policiers postés à la frontière entre la France et l'Italie à Menton en 2015 (Illustration)
Des policiers postés à la frontière entre la France et l'Italie à Menton en 2015 (Illustration) — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AFP
  • Une marionnette géante représentant une jeune fille syrienne parcourt l’Europe pour symboliser les enfants qui tentent d’échapper à la guerre dans leur pays. Elle arrive à Breil-sur-Roya mardi.
  • L’occasion de rappeler que les migrants ont du mal à passer la frontière franco-italienne à cause d’une politique « de refoulement », dénoncent des associations.
  • Malgré une actualité dense en Afghanistan, « ces événements ne feront pas venir plus de réfugiés sur la Côte d’Azur », assure l’association. Ils privilégieraient l’Allemagne ou la Grande-Bretagne.

Fin juillet, une marionnette géante, Petite Amal, est partie de Turquie et traverse depuis toute l’Europe, pour arriver en Angleterre. Ce mardi, elle sera à Breil-sur-Roya, dans les Alpes-Maritimes, à la frontière avec l’Italie. Dans ce périple de 8.000 km et de 50 escales, elle représente une enfant syrienne et surtout, elle symbolise l’histoire des enfants qui tentent d’échapper à la guerre en trouvant refuge dans des pays européens. Si elle, elle peut passer les frontières, ce n’est souvent pas le cas entre l’Italie et la France, même avec une actualité très dense, notamment en Afghanistan.

Il y a deux semaines, à Montgenèvre (Hautes-Alpes), près de Briançon, deux familles afghanes ont été renvoyées. « Qu’il y ait une crise ou non, c’est la même politique de refoulement, avance Agnès Lerolle, coordinatrice sur un projet d’observation aux frontières. Ça fait des années que de nombreuses associations dénoncent cette politique de non-accueil. »

Elle ajoute : « Si certains Afghans ont réussi à partir du pays et qu’ils sont en chemin sur la route des Balkans, ils vont effectuer un voyage extrêmement difficile, très dangereux pour leur vie. Vu tout le parcours terrestre qu’il faut effectuer, il faudra énormément de temps pour voir arriver les premières personnes. Et s’ils arrivent en France, c’est pour se rendre en Angleterre ou en Allemagne. » En effet, selon elle, « la Côte d’Azur ne connaîtra pas un plus grand afflux de migrants. »

Une région « pas vraiment accueillante envers les étrangers »

Christine Poupon, relais régional personnes déracinées d’Amnesty, confirme : « Non, il ne va pas y avoir d’arrivée massive de réfugiés. Déjà, parce que le chemin est dense et compliqué et surtout, parce que ce n’est pas un lieu de prédilection pour cette population. » Selon la Cimade 06, une association qui défend les droits des étrangers, cinq primo-arrivants afghans sont arrivés sur le territoire des Alpes-Maritimes depuis janvier 2021.

Elle ajoute : « Et d’une manière générale, la région n’est pas vraiment accueillante envers les étrangers. Il est très difficile d’être hébergé, notamment avec un réel manque de logements sociaux. »

« On ne sait plus quoi faire pour les aider »

« Je ne sais pas quoi faire », lâche désespérément une bénévole de la Cimade au téléphone avec un homme qui a obtenu le statut de réfugié et qui essaie de faire venir sa femme depuis 2019. Après de multiples démarches, elle a « enfin » reçu l’autorisation le 16 août. « Elle était à Islamabad, au Pakistan pour récupérer les documents nécessaires. L’ambassade de France de Kaboul étant fermée depuis plusieurs années déjà, c’est soit là-bas que les visas sont délivrés soit à New Delhi. Mais le lendemain, elle ne pouvait plus sortir du pays. Les Talibans avaient pris le pouvoir », explique la bénévole niçoise.

Ce témoignage est un exemple parmi beaucoup d’autres. Depuis deux ans, selon les associations, il est devenu de plus en plus difficile de faire venir sa famille, malgré « ce droit international de réunification familiale lorsqu’on obtient le statut de réfugié ». « On est désespéré, confie un bénévole La situation devient urgente. On écrit au centre de crise, aux ambassades. Et on n’a pas de réponse. On ne sait plus quoi faire pour les aider. »

Tous les jours, ces associations indiquent recevoir des « appels au secours », des personnes qui demandent de « sauver [leurs] enfants » alors qu’ils font des demandes depuis 2019. Il y aurait 3.500 dossiers en attente selon Amnesty International. Sollicités la semaine dernière par 20 Minutes, les services de la préfecture des Alpes-Maritimes et du ministère de l’Intérieur n’avaient pas répondu au moment de la publication de ces lignes.