Rentrée : « Depuis ses 13 ans, elle a 30 euros par mois », « C’est selon l’âge, donc 7 ans, 7 euros »… Comment les parents fixent l’argent de poche

CONSOMMATION En ce mois de septembre, beaucoup de parents fixent les règles concernant l’argent dont leur progéniture bénéficiera chaque mois

Delphine Bancaud
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C'est en début d'année scolaire que les parents décident du montant de l'argent de poche qu'ils donneront à leurs enfants.
C'est en début d'année scolaire que les parents décident du montant de l'argent de poche qu'ils donneront à leurs enfants. — Pixabay
  • Selon le baromètre annuel « Les ados et l’argent » de Pixpay * publié en début d’année, 42 % des parents versent régulièrement de l’argent à leur ado.
  • En cette rentrée, les parents lecteurs de 20 Minutes nous expliquent à quel âge ils ont décidé d’octroyer un petit pécule à leur enfant, et comment ils ont fixé la somme.

« Maman, Papa, vous auriez 10 euros à me donner ? ». Une question fréquemment posée à la rentrée, et qui convainc souvent les parents de fixer des règles pour l’octroi d’argent de poche​ à leur progéniture. Selon le baromètre annuel « Les ados et l’argent » Pixpay* publié en janvier dernier, 42 % des parents versent régulièrement de l’argent à leur ado. En revanche, 50 % des enfants n’en reçoivent que de manière occasionnelle, et 8 % des ados n’ont jamais d’argent de poche.

Pas évident de savoir à quel âge commencer. Selon le baromètre Pixpay, l’argent de poche commence en général à 11 ans, un âge qui correspond à l’entrée au collège. C’est en tout cas ce qu’a décidé Thomas pour son enfant : « C’est à partir de l’entrée en 6e que l’on a commencé, pour lui mettre le pied à l’étrier avec de petites sommes », explique-t-il en répondant à notre appel à témoins.

« Comme ça, il se rend compte de la valeur de l’argent »

Mais certains parents démarrent beaucoup plus tôt. Comme Ania avec sa fille lorsqu’elle avait 6 ans : « Elle commençait à avoir l’envie de s’acheter des jouets, j’ai voulu lui donner des responsabilités. Elle a su attendre et économiser pour se les acheter. » Une volonté de donner une peu d’autonomie partagée par Céline : « J’ai commencé à donner 2 euros par semaine à ma fille lorsqu’elle avait 8 ans environ, dans le but de lui apprendre à gérer un budget, mais aussi à économiser. » Marine a quant à elle donné un billet à son beau-fils dès ses 9 ans : « Il met l’argent dans son porte-monnaie et quand nous faisons des sorties (zoo, parc d’attractions, fête foraine, vide-grenier), il prend son argent de poche et s’en sert comme bon lui semble. Comme ça, il se rend compte de la valeur de l’argent, et c’est très ludique de compter la monnaie. »

D’autres familles préfèrent au contraire différer au maximum… « J’ai décidé de donner de l’argent de poche à ma fille à sa rentrée en seconde, à 15 ans », confie Carole. Car au lycée, le fait d’avoir un peu de monnaie pour aller au café ou manger une pizza avec les copains s’avère important. « Elle va vouloir sortir avec ses amis, l’argent de poche commence à être nécessaire », confirme Aurore, mère d’une élève de seconde. Marie, elle, a écouté son instinct maternel pour décider du bon moment : « C’était à ses 14 ans, quand j’ai vu que mon fils avait assez de maturité pour gérer son argent. » Kristel, qui a commencé tardivement, explique ses réticences : « Mon ado avait 13 ou 14 ans. La complexité résidait dans la logistique : je ne voulais pas qu’elle ait du liquide et prenne le risque de le perdre, ne pas avoir un petit regard sur son utilisation ou pire, qu’elle se le fasse voler et soit agressée. » Pour se rassurer sur ce point, Pauline a trouvé la solution : « Je verse mensuellement une somme d’argent à mon fils sur une carte bancaire spéciale jeune. Il peut gérer son compte sans possibilité d’aller au-delà de ce que je lui permets via l’application de gestion parentale ».

« Depuis ses 13 ans, elle a 30 euros par mois »

Difficile aussi d’évaluer la somme à attribuer. Souvent, on copie les familles que l’on côtoie. En espérant que cette première expérience de la gestion se passe aux mieux pour les enfants, qu’elle leur apprenne la valeur des choses, mais aussi à se faire plaisir. Toujours selon le baromètre Pixpay, les Français donnent en moyenne entre 18 et 27 euros par mois à des collégiens, et entre 37 et 44 euros mensuels à des lycéens. Audrey, elle, a trouvé une technique imparable : « Le montant correspond à l’âge de l’enfant, donc 7 ans 7 euros, 8 ans 8 euros, et ainsi de suite… Et à l’entrée au lycée, 40 euros mensuels ». Karine fait aussi évoluer le montant avec l’âge : « Chacune reçoit l’équivalent du double de son âge (12 ans = 24 euros, 15 ans = 30 euros) par mois. Nous trouvons cela équitable. » Virginie, elle, préfère respecter un principe d’égalité entre son fils de 17 ans et sa fille de 9 ans, histoire d’éviter les jalousies : « Nous donnons 50 euros à chacun comme argent de poche, et les conseillons pour chaque achat, mais nous les laissons faire leur choix. »

Plus étonnant : certains parents font varier les sommes octroyées en fonction de critères fixés à l’avance. Comme Sandy : « L’argent n’est pas donné (sauf anniversaire, fête et Noël), mais il est gagné contre des tâches ménagères (s’occuper du lave-vaisselle, sortir les poubelles, faire de petits travaux de bricolage et de jardinage) et si les notes sont au-dessus de 14/20 ». Pour la fille de Bérengère, l’argent de poche fait office aussi de carotte : « Depuis ses 13 ans, elle a 30 euros par mois, et cela varie en fonction de ses résultats scolaires : plus de 17 de moyenne, 5 euros en plus. Cette carotte a marché très rapidement, car en décembre, elle avait plus de 17 de moyenne au trimestre », se félicite-t-elle.

« Je n’en donne pas, car on ne sait pas où l’argent part »

Si les espèces sont privilégiées avec les plus petits, les cartes de retrait ou les cartes bleues sont la norme avec les ados. Ce que confirme Karine : « Pour commencer, nous avons donné à nos filles en espèces, puis par virement sur leur compte courant à partir de 14 ans (elles ont chacune une carte bleue plafonnée). À elles de gérer. Si le 15 du mois, elles ont tout dépensé, elles devront attendre le début de mois suivant… ».

Reste que certains parents refusent le principe même de l’argent de poche, au grand dam de leurs enfants. A l’instar de Carole : « Je n’en donne pas, car on ne sait pas où l’argent part. Ça peut déraper. Et je ne veux pas que ce soit considéré comme un dû, de l’argent facile. Par contre, si mes enfants veulent se faire un ciné, un fast-food… Je donne ce qu’il faut ». Et d’autres aimeraient bien, mais ne peuvent pas, comme Cléa : « Mère célibataire et fonctionnaire de catégorie C, je n’en ai pas les moyens. Car lui octroyer de l’argent de poche implique plus d’autonomie, et donc lui permettre les erreurs de gestion, ce que je ne peux me permettre ». Loin d’être un dû, l’argent de poche reste donc un privilège.

* L’enquête a été réalisée en ligne du 4 et le 9 décembre 2020 auprès
de 1.000 parents d’adolescents scolarisés au collège et au lycée.