Paris ou Londres ? Des Londoniens plus favorables à l’immigration mais un sentiment d’insécurité plus fort chez les femmes

SOCIETE L’université de Paris et le King’s College de Londres se sont associés avec Ipsos pour réaliser une grande enquête sur la manière dont les Parisiens et les Londoniens perçoivent leur ville, à la lumière de la pandémie

Mathilde Desgranges
— 
Tower Bridge à Londres. (Illustration)
Tower Bridge à Londres. (Illustration) — Jack Dredd//SIPA
  • Mille Londoniens et mille Parisiens ont été interrogés sur la perception de leur ville en cette période de crise sanitaire liée au Covid-19. Leurs priorités ou leurs projets d’avenir sont-ils influencés par le coronavirus ?
  • Les Londoniens sont plus favorables à l’immigration que les Parisiens. Ils ont une meilleure perception de l’impact des populations venant d’autres pays sur leur ville mais aussi des migrations internes.
  • Les comportements inappropriés ou le harcèlement envers les femmes sont plus répandus à Londres qu’à Paris, selon l’étude.

Quels regards portent les Parisiens et les Londoniens sur leur ville? L’université de Paris, le King’s College de Londres et Ipsos ont mené une enquête auprès des habitants des deux villes -des échantillons représentatifs de 1.002 habitants du Grand Paris et de 1.000 habitants de Londres, âgés de 18 ans et plus, interrogés en ligne- afin de déterminer si la crise sanitaire a changé leur perception de leur habitat et comment le Covid-19 influencé leurs priorités et leurs projets d’avenir. L’enquête, qui a duré du 26 avril au 17 mai 2021, n’en est qu’à son début : les universités partenaires et Ipsos ont prévu d’approfondir ces premiers résultats dans les mois à venir.

Confort de vie, écologie ou encore harcèlement... de nombreux sujets ont été étudié pour comprendre comment la pandémie a pu faire évoluer la manière dont les habitants perçoivent leur ville. 20 Minutes fait le point sur le ressenti des Parisiens et des Londoniens.

Deux capitales toujours attractives

On a beaucoup entendu que la crise sanitaire liée au coronavirus allait rompre le lien des habitants à leur ville et marquer la fin du modèle urbain. Au contraire, l’enquête montre que les confinements n’ont pas particulièrement affecté l’attractivité des deux capitales. 63 % des Parisiens, soit un chiffre en hausse de 7 points par rapport à 2019, se disent satisfaits de leur quartier. La même proportion de Londoniens se montre satisfaite de son cadre de vie.

Aussi, le grand exode des habitants de la capitale vers la province qui avait été imaginé se montre, finalement, plutôt faible. La part des habitants de Paris et Londres qui estime probable, voire certain, qu’ils quittent leur ville dans les années à venir n’a augmenté que de 4 points à Paris (44 %) et de 8 points à Londres (44 %) par rapport à 2019. Rappelons que, déjà avant la crise liée au Covid-19, Paris perdait des habitants.

Prise de conscience de la crise écologique

A Londres comme à Paris, la majorité des habitants se disent soucieux du changement climatique et de l’environnement. Déjà, en mai dernier, une enquête IFOP montrait que 82 % des Français perçoivent la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de la biodiversité comme des enjeux prioritaires.

Ce que montre en plus cette dernière étude. « C’est que les femmes sont plus sensibles à cet enjeu que les hommes, explique la directrice du centre des politiques de la terre à l’université de Paris, Nathalie Blanc. C’est une différence observée à l’international. Ceci ne résulte pas uniquement des différences biologiques mais aussi de la construction sociale, des rôles et relations de genres. » C’est surtout le cas des Londoniennes qui devancent les hommes de 6 à 8 points sur l’ensemble des questions concernent des enjeux écologiques.

Des positions opposées sur l’immigration

Les Londoniens sont bien plus à même d’affirmer qu’ils sont favorables à l’immigration que les habitants de Paris. Ils ont une meilleure perception de l’impact des populations venant d’autres pays sur leur ville : 61 % d’entre eux estiment qu’elle a un impact positif, contre 35 % pour les Parisiens.

La tendance se retrouve pour ce qui concerne l’immigration interne, c’est-à-dire venant d’autres parties du pays : 58 % des Londoniens estiment que son impact a été positif pour leur ville, pour seulement 40 % des Parisiens.

Les femmes se sentent moins en sécurité à Londres

La capitale anglaise est plus dangereuse pour les femmes que Paris. Les comportements inappropriés ou le harcèlement envers les femmes y sont plus répandus. A Londres, les femmes disent avoir été victimes de regards inappropriés 15,1 fois depuis qu’elles y habitent, contre 10,5 fois pour les Parisiennes. L’écart se creuse en ce qui concerne les plaisanteries ou commentaires à caractère sexuel avec, en moyenne 13,3 fois, pour les Londoniennes, contre 5 fois pour les Parisiennes.

Dans les deux villes, une grande part des femmes ne se sent pas en sécurité la nuit (41 % pour les Londoniennes et 39 % pour les Parisiennes).

Moins d’optimisme pour l’avenir chez les jeunes

Les deux capitales partagent un certain optimisme quant à la reprise économique de leur ville, à la suite de la crise sanitaire. 62 % des Parisiens et 66 % des Londoniens pensent que leur ville va rebondir. Dans les deux cas, seule une personne sur dix pense que ce rebond n’aura pas lieu. Néanmoins, l’optimisme varie particulièrement selon l’âge et le niveau d’étude des personnes interrogées. À Londres, ce sont les 35-44 ans qui sont les plus optimistes (73 %). Dans l’agglomération parisienne, la confiance monte avec l’âge : les plus de 55 ans sont les plus optimistes (65 %), contre 51 % pour les moins de 25 ans.

Jean-Paul Vanderlinden, professeur en sciences économiques à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, s’est penché sur ce phénomène. « On a beaucoup d’inégalités objectives [accès aux biens, aux services…] qui ont été créées par la crise sanitaire. En voyant les résultats, on se demande si elle ne va pas aussi créer des inégalités subjectives», notamment dans la manière de percevoir l'avenir. L’optimisme diffère considérablement selon les tranches d’âge. Or, « la capacité à se projeter dans l’avenir, c’est ce qui fait le potentiel de notre ville, autant que la capacité à générer de la richesse. »