Marseille : Des douches publiques pour les personnes en grande précarité

SOCIAL Le local, situé dans le 4e arrondissement, est « une première pierre » d’un pôle hygiène-santé à destination des plus démunis dans une ville qui compte près de 12.000 sans abris

Alexandre Vella
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Une douche. (Illustration)
Une douche. (Illustration) — Jenny Kane/AP/SIPA
  • La ville a inauguré un point hygiène santé doté de 8 douches et sanitaires, dont deux réservés aux femmes et aux personnes à mobilités réduites.
  • Ce local se veut être la première pierre d’un maillage territorial de service et d’aide aux plus démunis.
  • Plus du quart de la population de la ville vit sous le seuil de pauvreté, et 12.000 personnes sont sans-abris.

L’ancien garage municipal de la rue Berton, dans le 4e arrondissement de Marseille, non loin de l’hôpital de la Timone, a laissé place à un point hygiène-santé. Ouvertes chaque matin du lundi au vendredi, huit douches municipales ont ici pris la suite des trois mises à disposition au gymnase Ruffi depuis le début de la crise sanitaire. « Le gymnase devait retourner aux écoliers et nous ne voulions pas avoir de rupture dans le dispositif », avance Audrey Garino adjointe aux affaires sociales et à la solidarité. Pour autant, ce local, aménagé en constructions modulaires pour s’éviter une dépollution du site, est lui-même provisoire. Dans sa version définitive, le point hygiène-santé sera situé non loin, dans le 5e arrondissement voisin et devrait ouvrir dans la première moitié de l’année 2023. Un million d’euros, dont 700.000 euros pris en charge par l’Etat, ont été budgétés.

Familles mal-logées, travailleurs précaires, le lieu n’accueille pas seulement des sans-abris

Cela dit, la municipalité part « d’extrêmement loin », sait l’adjointe, considérant les près de 12.000 sans-abris dans la ville. D’ordinaire, entre 50 et 80 personnes ont recours chaque jour à ces douches – dont deux sont réservés aux femmes ou au personnes à mobilité réduite – et sanitaires, même si leur nouvelle localisation a quelque peu réduit le nombre d’usagers depuis leur ouverture le 31 août. Une localisation nouvelle qui a aussi suscité des inquiétudes dans le voisinage. « La pauvreté peut fait peur », comprend Didier Jau, le maire de secteur qui s’est rendu aux réunions de quartier pour désamorcer cette anxiété. « Ce lieu n’est pas un problème mais une solution. Je suis fier de voir cet équipement », poursuit-il. Et contrairement aux idées reçues, ce lieu n’accueille pas tant de SDF que de familles mal-logées ou de travailleurs précaires qui vivent parfois dans leur voiture. « Les gens qui viennent ici sont rarement ceux qu’on voit dans la rue », embraye Audrey Garino.

« Un vrai moment de calme et de détente pour eux »

Kathy et Haïcha, sont les deux employées municipales en charge de l’accueil. « C’est un vrai moment de calme et de détente pour eux [les usagers] », ressent Haïcha. La municipalité fournit tout le nécessaire – serviette jetable, brosse à dents, dentifrice, savon, crème, protection périodique… – et peut même pourvoir des vêtements propres.

« Une première pierre », selon Audrey Garino, dans la politique d’aide aux plus démunis qu’a initié cette municipalité heureuse tout de même de récupérer un service municipal de samu social, situation unique en France, composé de 60 agents. C’est en s’appuyant sur celui-ci et le réseau d’associations qu’elle compte parvenir à mailler un territoire grand comme deux fois et demie Paris où plus du quart de la population est en situation de pauvreté, selon l’Insee.