Gironde : C’est quoi ces couveuses agricoles de plus en plus à la mode ?

AGRICULTURE Ces espaces permettent aux néoagriculteurs de tester leur projet avant de se lancer dans une installation

Clément Carpentier
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La couveuse agricole de Génissac accueille une néo-agricultrice.
La couveuse agricole de Génissac accueille une néo-agricultrice. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • Les couveuses agricoles se développent en France. A Génissac en Gironde, le dispositif accueille une floricultrice depuis un an et demi.
  • Ces espaces-test permettent à des personnes de tester techniquement leur projet agricole sans prendre trop de risques financiers.
  • Le réseau Reneta cherche encore à améliorer l’accompagnement auprès des néoagriculteurs et agricultrices.

Il y a de quoi faire un très beau bouquet. Cinquante variétés de fleurs sur 3.600 m². Et au milieu d’elles, Gabrielle Brault. La jeune femme de 28 ans est maintenant installée depuis un an et demi dans les jardins de Génissac, entre Bordeaux et Libourne en Gironde. Mais attention, installée de façon provisoire. Celle qui travaillait encore il y a peu dans le tourisme profite juste de la couveuse agricole mise en place en 2018 par l’association Ecosystème, une Terre pour tous dont Florence Ardouin est la coordinatrice. « Ce sont des espaces-test réservés aux néoagriculteurs et agricultrices qui expérimentent techniquement et financièrement leur projet sur une période plus ou moins courte (un à trois ans) avant un jour de se lancer dans le grand bain », explique-t-elle.

Des structures aujourd’hui « très à la mode », constate Charlotte Hubert, chargée de mission à la Chambre d’Agriculture des Landes. Elle s’occupe d’une couveuse avec quatre personnes qui a presque dix ans : « Nous étions des précurseurs, sourit-elle. En gros, c’est un excellent moyen de mettre les mains dans le cambouis avant de savoir si on est fait pour ça. » Et surtout les avantages sont très nombreux. « On leur apporte le terrain, le matériel et l’appui technique, détaille Florence Ardouin, la seule dépense à leur compte au départ ce sont les semences ». Même si elle a investi depuis elle-même dans du matériel, Gabrielle Brault reconnaît qu’elle « aurait dû investir beaucoup plus d’argent » avec une installation classique.


Un dispositif très souple pour limiter la casse

Aujourd’hui, la floricultrice, spécialisée dans la fleur bio et coupée, fait un « bilan très positif » de la couveuse agricole :

« Ça me convient parfaitement. J’ai pu avoir des équipements très vite et ça se passe très bien avec la coopérative d’activité qui porte la structure juridique du projet. Le gros avantage, c’est de se tester sans prendre trop de risques financièrement ».

Ce qui fait dire à la coordinatrice de l’association que « même si ça ne marche pas au final, il y a une sortie qu’on peut qualifier de positive car il n’y aura pas de casse », avec par exemple des personnes endettées jusqu’au cou comme cela peut arriver.

La couveuse agricole de Génissac accueille une néo-agricultrice.
La couveuse agricole de Génissac accueille une néo-agricultrice. - Clément Carpentier / 20 Minutes

Le contrat CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise) permet aussi aux néoagriculteurs de continuer à toucher le chômage ou le RSA. Annuel, il est renouvelable trois fois ce qui permet aussi d’arrêter ou sortir du dispositif plus facilement. Pour l’instant, Gabrielle Brault vend ses fleurs deux fois par semaine sur un marché d’intérêt national. Mais après s’être fait la main, elle est désormais à la recherche d’un terrain pour installer définitivement son entreprise, Fleurs d’Aquitaine.

Améliorer encore l’accompagnement

Pour les associations, mairies et autres chambres d’agriculture, cela « permet aussi de profiler les gens pour avoir des personnes qui tiennent la route », selon Florence Ardouin. Charlotte Hubert reçoit jusqu’à 300 projets d’installation par an pour au final n’en retenir que quelques-uns de vraiment solides. Avec les espaces-test, il y a par exemple très peu d’échecs : « 20 % arrêtent la première année et sur les 80 % qui s’installent derrière, 70 % ont toujours leur exploitation aujourd’hui ».


En revanche dans le réseau Reneta (Réseau national des espaces-test agricoles), ils sont plusieurs à pointer parfois le manque d’accompagnement. « Même si l’aide est importante au départ, il est hyper important d’avoir un bon accompagnement car il faut aussi savoir remettre la personne dans le bon chemin, insiste Florence Ardouin, beaucoup de gens se disent aujourd’hui intéressés par le dispositif notamment des mairies mais cela ne doit pas être une simple mise à disposition d’un terrain. Il doit y avoir tout un cadre autour de la personne dans ces couveuses ». Afin d’être accompagné du mieux possible pour prendre parfaitement son envol le jour J…