Marseille : Y-a-t-il vraiment moins de grèves depuis que Benoît Payan est maire ?

DECRYPTAGE Le nouveau maire de Marseille affirme que le nombre de grèves chez les agents municipaux, au coeur des critiques d’Emmanuel Macron, serait en baisse

Mathilde Ceilles
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Des agents des écoles de Marseille lors d'une manifestation de FO
Des agents des écoles de Marseille lors d'une manifestation de FO — Nicolas TUCAT / AFP
  • Sous le joug des critiques d’Emmanuel Macron sur le sujet, Benoît Payan a affirmé que le nombre de grèves avait été divisé par deux depuis qu’il est maire.
  • Sans fournir de chiffres précis, les syndicats reconnaissent une diminution des grèves, liée notamment à l’accord qui encadre le droit de grève, voté au début de l’année.

La première pique a été portée par Emmanuel Macron, lors de sa visite au combien attendue et relayée de la cité phocéenne. « Vous avez un problème avec vos personnels municipaux et vous avez trop de grèves (…) l’absentéisme, les grèves ​perlées, c’est un sujet dont il faut se parler en toute franchise parce que l’Etat ne vient pas investir pour en quelque sorte que certains viennent prélever leur dîme », avait lancé le président de la République le 2 septembre lors du discours présentant ses « ambitions » pour la ville de Marseille.

Interrogé sur le sujet quelques jours plus tard par Emmanuel Macron sur le plateau de C à Vous, le maire de Marseille Benoît Payan s’inscrivait en faux, ajoutant même qu’il y aurait moins de grèves chez les agents municipaux depuis qu’il était aux commandes. « Il y a deux fois moins de grèves en 2020 qu’en 2019 et près de trois fois moins qu’en 2018 », abonde Olivia Fortin, adjointe au maire en charge de la modernisation, du fonctionnement, de la transparence et de la coproduction de l’action publique.

Pas de chiffres précis

Une affirmation que ni la ville de Marseille, ni les syndicats ne sont en mesure d’étayer par des chiffres précis, malgré nos demandes sur le sujet. « Mathématiquement, je ne saurais pas vous dire, mais c’est vrai qu’il y a eu moins de grèves, affirme Patrick Rué, secrétaire général du syndicat Force ouvrière des agents territoriaux de Marseille, largement majoritaire chez les agents municipaux. Il y a plusieurs raisons à cela. Il y a bien évidemment le dialogue social, mais cela n’a pas résolu tous les problèmes. Par contre, il y a une loi qui a été votée en 2019 sur la transformation de la fonction publique. Et dans cette loi est prévu un service minimum. Nous avons accepté de négocier la mise en application de ce service minimum avec comme principale contrepartie le fait que le maire ne fasse pas appel aux réquisitions. »

Au début de l’année, à l’issue de longues négociations intersyndicales et d’un âpre débat politique, y compris au sein de la majorité municipale qui s’était déchirée sur le sujet, Olivia Fortin était en effet parvenue à faire voter un accord au conseil municipal visant à limiter les grèves dans les cantines scolaires de Marseille. « Maintenant, il faut dire 48 heures avant si on fait grève, détaille Françoise Risterucci, secrétaire CGT des territoriaux de la ville de Marseille. Il y a aussi une pression sur les agents pour qu’il ne fasse pas grève ! »

« Des conditions de travail plus dégradées »

« Ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a moins de grèves, c’est qu’aussi, maintenant, si vous faites grève par heure, comme on peut le faire dans la fonction publique, vous devez commencer votre grève en début de journée, détaille Patrick Rué. Vous ne pouvez pas faire grève en milieu de journée, ce qui était le cas, notamment pendant le temps de cantines. Cela qui faisait qu’il y avait des grèves du premier jour de l’année jusqu’au dernier, avec des préavis déposés par des syndicats à l’année. »

« S’il y a plus de grèves à Marseille, c’est peut-être parce que les conditions de travail sont plus dégradées à Marseille qu’ailleurs », lance Franck Bergamini, secrétaire général de FO dans les Bouches-du-Rhône. « Le problème à Marseille, ce n’est pas les grèves, affirme Olivia Fortin. Les grèves sont un symptôme des conditions de travail de nos agents, qui ont été abandonnés pendant 25 ans. Et face à cela, aujourd’hui, nous avons mis en place un dialogue social à tous les étages, pour tout le monde. »

« Il est un peu tôt pour faire un bilan »

« Pour faire ce genre de calculs, il faut regarder à deux périodes équivalentes, tempère Franck Bergamini. Il y a eu les confinements en 2020. En 2019, on a été de toutes les batailles contre la réforme des retraites. Donc on va se laisser un peu de temps pour mesurer les différentes mobilisations sociales dans tel ou tel secteur. Je ne sais pas la méthode de calcul du maire en la matière, mais tout le monde doit être jugé sur un mandat entier. Je pense il est un peu tôt pour faire un bilan, et on est en droit d’attendre d’une municipalité de gauche qu’elle mette en place un dialogue social de haut niveau. »

En attendant, un préavis de la CGT dans les écoles, déposé dès le jour de la rentrée, est toujours en vigueur à Marseille. De son côté, FO va déposer un autre préavis de grève pour le 5 octobre, afin de protester contre la réforme des retraites.