Nice : « Ma terrasse, c’est le monde », raconte Cyril, un Mentonnais, qui a choisi de vivre toute l’année sur son bateau

C'EST LA MER QUI PREND L'HOMME Depuis un an et demi, ce Toulonnais d’origine s’est installé dans son voilier et prépare un tour du monde

Elise Martin
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Cyril Martini a choisi de vivre toute l'année sur son bateau, à Menton
Cyril Martini a choisi de vivre toute l'année sur son bateau, à Menton — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • Cyril Martini est, entre autres, propriétaire d’un centre de plongée de Menton, à la frontière italienne. Il a décidé il y a un an et demi de quitter la terre pour s’installer dans son bateau.
  • Il y habite à l’année et raconte les aléas de ce choix de vie.
  • Malgré certaines contraintes, il ne regrette rien car rien ne vaut « sa liberté ».

Dans le port de Garavan, à Menton, dans les Alpes-Maritimes, au niveau du ponton n° 7, Cyril Martini vient d’emmener sa fille de 7 ans à l’école. Il boit un café à bord de sa Goélette, un voilier de 20 mètres, qui a la particularité d’avoir deux mats identiques. Depuis un an et demi, il a décidé de « quitter la terre » et de s’installer définitivement sur son bateau.

« Le déclic, ça a été une séparation, raconte-t-il. Je venais d’acheter la Goélette donc on peut dire que c’était le bon moment. Mon bureau [il a repris le centre de plongée Palmes Beach] est au bout de l’allée, je me déplace à vélo la plupart du temps, j’ai à manger, à boire, il y a du réseau. Ma fille s’éclate. Tout est moderne. C’est génial. C’est comme un appartement mais avec la liberté. »

Cyril a toujours baigné dans l’univers marin. Autour de ses 13 ans, ses parents l’inscrivent pour prendre des cours de voile. Il continuera jusqu’à ses 18 ans avant de partir à Paris. « Chaque été, je revenais naviguer », se souvient-il. Le Toulonnais d’origine a d’abord acheté un premier bateau de 6 mètres, puis 8 mètres, « j’ai eu un 12 mètres en location et le dernier, c’était un 10 mètres. C’est la première fois que j’en ai un aussi grand et aussi magnifique. Dès que je suis monté dedans, c’était comme une évidence. »

« Attention à la carte postale »

Farm, comme le capitaine a décidé de la nommer, « parce que c’est une fille, c’est une Goélette », fait 20 mètres, elle a deux mats identiques, possède quatre cabines, un grand carré « salon très lumineux », une kitchenette, des toilettes, une salle de bains et même une climatisation et un écran plat. « Au final, c’est comme un studio, commente Cyril. Après, c’est personnel, c’est à toi de configurer comme tu le souhaites. J’ai tout refait à neuf mais j’aime beaucoup ce côté où on sent qu’il y a une âme, qu’il a vécu. C’est un bateau d’expédition, pour faire le tour du monde. Il l’a déjà fait deux fois ! » C’est d’ailleurs ce à quoi son propriétaire la prépare « d’ici cinq à dix ans ».

Cyril Martini a choisi de vivre toute l'année sur son bateau, à Menton
Cyril Martini a choisi de vivre toute l'année sur son bateau, à Menton - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Il a notamment installé une centrale électrique qui lui permet de constater sa consommation. « Le pire, c’est la machine à café ! C’est drôle mais avec ce mode de vie, tu prends conscience et ça te fait réfléchir autrement. Ta vie se résume à des batteries donc il faut forcément s’adapter, surtout si je veux partir. Et puis, chaque chose a sa place. On apprend à épurer, à être un peu minimaliste. J’ai quand même un costume au cas où pour des rendez-vous. » Côté pratique, des sanitaires et des machines à laver sont à disposition au port. Ensuite, « l’eau et l’électricité sont comprises dans le loyer qu’on paie ». Pour un 12 mètres, « c’est 800 euros par mois », indique le Mentonnais. A savoir que pour avoir une place au port, il « faut faire des demandes, il y a une liste d’attente. C’est comme ça sur la Côte d’Azur, c’est très demandé. »

Le propriétaire du centre de plongée prévient tout de même : « Attention à l’effet carte postale. Tout le monde ne peut pas vivre de cette manière. » Il ajoute : « La plupart des personnes au port vivent sur leur bateau comme une résidence secondaire. Parce que l’hiver, c’est quelque chose. Tu appréhendes. Et puis, il y a des contraintes matérielles, l’entretien annuel, les charges annexes. S’occuper de Farm pour vivre, ça demande du temps et pour voyager, encore plus. »

La liberté au bout de deux cordes

Cyril accepte ces « désagréments » parce que, finalement, « une chose vaut toutes les autres : ma terrasse, c’est le monde, sourit-il sur le pont du voilier. Je suis libre. Dès que j’ai envie, et que je le peux, j’enlève les deux bouts de cordes qui me tiennent au port, et je pars. A Cannes, en Corse, à Gênes. »

Il poursuit : « Et puis finalement, on est comme dans un petit village. Chacun respecte son voisin pour les nuisances par exemple. Il y a entre dix et trente personnes qui ont choisi ce mode de vie à Garavan. Une famille a aussi des enfants, ma petite s’amuse avec eux. Après, il y a aussi ceux de passage. Au mois d’août, c’est complètement bondé et en hiver, c’est désert ! »

A 44 ans, il ne regrette pas ce choix de vie et réfléchit à comment utiliser ce nouvel univers dans lequel il s’est plongé. Avant de mettre les voiles pour un tour du monde, le propriétaire du centre de plongée compte développer les « croisières plongées » d’une journée, d’un week-end ou la semaine pendant quatre mois dans l’année, pour le reste, il sera « n’importe où en mer ».