Rentrée scolaire 2021 : Pourquoi le vélo et la natation sont des priorités pour le sport à l’école cette année ?

EDUCATION Encore trop d'élèves ne maîtrisent pas ces compétences sportives de base à la fin du CM2

Delphine Bancaud
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Un enfant qui apprend. à nager
Un enfant qui apprend. à nager — Pixabay
  • Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer et la ministre déléguée chargée des Sports Roxana Maracineanu ont rappelé ce vendredi qu’ils voulaient booster les compétences des élèves en natation et à vélo cette année.
  • Les disparités sociales et géographiques sont fortes dans ces domaines.
  • Les ministres se sont fixés des objectifs chiffrés et ont déployé des moyens financiers importants, mais pas sûr que cela suffise.

« Nous devons être une nation de nageurs », a déclaré ce vendredi le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, qui était aux côtés de Roxana Maracineanu, la ministre déléguée chargée des Sports pour leur conférence de presse commune « Sport de rentrée ». Outre la natation, les ministres souhaitent aussi que tous les Français sachent faire du vélo et ça, dès leur plus jeune âge.

Car pour l’heure, c’est loin d’être une évidence. « La moitié des collégiens, en fin de 6e, ne savent pas bien nager », indiquait Roxana Maracineanu dans une interview au Parisien. Une étude menée par la mairie de Marseille en juillet dernier affirmait aussi que « 40 à 50 % des enfants ne savent pas nager à la fin du CM2 » dans la cité phocéenne. Et les disparités sociales dans ces domaines sont fortes, comme le soulignait une étude de l’Injep (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) parue en juin qui concernait les collégiens : « Seulement 61 % des enfants d’ouvriers non qualifiés sont de bons nageurs contre 86 % des enfants de cadres et les premiers sont aussi six fois plus nombreux que les seconds à ne pas savoir nager ». Le fait que les piscines aient été fermées au plus fort de la crise sanitaire, n’a fait qu’accroître le problème.

Seulement 6.412 bassins de natation en France

Une situation qui s’explique par le manque de piscines en France. Dans un rapport paru en 2018, la Cour des comptes relevait qu’il existait « 6.412 bassins de pratique de la natation » en 2017, mais qu’il s’agissait souvent d'« équipements vieillissants, inégalement répartis sur le territoire ». La France « dispose d’un bassin de pratique de la natation pour 10.000 habitants », soulignaient encore les Sages. Autre souci selon Véronique Moreira, présidente de l’Usep (Union sportive de l’enseignement du premier degré) : « En zone rurale, les piscines sont souvent loin des établissements, ce qui pose un problème de transport scolaire. Comme cela prend trop de temps et que cela coûte cher de véhiculer les élèves à la piscine, ils en sont parfois privés ».

Concernant la maîtrise du vélo, aucune statistique n’est disponible, mais selon Véronique Moreira, de très nombreux enfants ne sont pas des cyclistes accomplis à la fin de la primaire : « Ils savent pédaler, mais pas rouler sur une route. Et ce parce que dans les familles les plus pauvres, on n’a pas l’argent pour acheter un vélo et un casque aux enfants. En milieu urbain, l’environnement du domicile ne permet pas non plus toujours d’apprendre à rouler en toute sécurité. Par ailleurs, beaucoup d’écoles ne sont pas dotées en matériel ».

« Ils ont honte de ne pas savoir nager ou faire du vélo »

Et le fait de ne pas savoir nager et faire du vélo entraîne des conséquences évidemment néfastes pour les enfants. Tout d’abord en termes de sécurité. Selon les chiffres de Santé publique France publié en septembre, quelque 1.119 noyades accidentelles, dont 250 mortelles, sont survenues en France entre début juin et fin août. Et les noyades accidentelles ont été plus élevées chez les enfants âgés de moins de 6 ans (26 %). Les effets sur le moral des enfants sont aussi manifestes : « Ils ont honte de ne pas savoir nager ou faire du vélo. Et plus ils sont grands, plus cela est vécu comme handicap », souligne Véronique Moreira.

Du coup, le gouvernement s’est fixé comme priorités le « savoir nager et le savoir rouler ». « Nous les considérons comme de véritables savoirs fondamentaux », a insisté Jean-Michel Blanquer. Depuis 2019 le plan aisance aquatique permet à des enfants de 4 à 6 ans d’apprendre à se déplacer 10 minutes sans appui terrestre, se laisser flotter, apprendre à se mettre sur le dos pour appeler en cas de difficulté. Un dispositif qui a permis de former pour l’heure 50.000 enfants. « L’objectif est de parvenir à 90.000 enfants formés avant le 1er juillet 2022 et vers 400.000 enfants en 2024 », assure le ministre de l’Education. « Cela marquerait un progrès, mais on est encore loin d’une généralisation de cette compétence », estime Véronique Moreira.

Des objectifs encore insuffisants ?

Pour booster le nombre de bassins publics, entre 2006 et 2019, 560 piscines ont bénéficié de subventions de l’Etat pour un montant de 206 millions d’euros, auxquels se sont ajoutés 47 millions d’euros depuis 2019 pour la rénovation ou la construction de piscines.

Parallèlement, un plan « savoir rouler à vélo » a été lancé en 2009 pour les 6-11 ans. « Il est dispensé dans 93 % des départements. Et l’objectif 100 % des départements en 2022 ». Les élèves apprennent ainsi à pédaler, à reconnaître les panneaux de signalisation, savoir prendre en compte les autres usagers de la route. Pour l’heure, 65.000 enfants ont déjà obtenu leur attestation, « mais on veut atteindre le nombre de 200.000 d’ici la fin 2022 », indique Jean-Michel Blanquer. Un financement de 21 millions d’euros en trois ans doit permettre de recruter des formateurs, d’acheter des vélos…

Mais pour Véronique Moreira, l’ambition reste insuffisante : « Pour que la maîtrise du vélo et de la natation progresse réellement, un "plan Marshall" des piscines est nécessaire. Il faudrait aussi nommer dans chaque école un enseignant référent sport qui serait chargé de nouer des partenariats avec des associations sportives, de gérer l’équipement et d’organiser les créneaux de formation. Mais pour qu’il y parvienne, il faudrait le décharger de certaines heures de classe », suggère-t-elle.